07 décembre 2018

« Si nous n’agissons pas pour rétablir la paix au Yémen, nous devenons complices de chaque décès chaque jour qui passe. »

Depuis trois ans, le Yémen est ravagé par la guerre. Des pourparlers de paix ont lieu jusqu’à demain dans l’espoir de mettre fin à cette catastrophe humanitaire mais il y a peu d’avancées pour le moment. Il y a un an, plus de 8 millions de personnes étaient menacées de famine. Un an plus tard, le nombre s'élève à 14 millions. Combien seront-elles en 2019 ? C’est la question que se pose Johan Mooij, directeur de l’ONG internationale CARE au Yémen.

Une catastrophe humanitaire d’une ampleur qui dépasse l’entendement.

Une femme crie du plus profond de son âme. Elle n’a pas mangé depuis deux jours, se privant pour nourrir son enfant, mais maintenant, elle n’a plus rien à lui donner. La faim et le désespoir, c’est ce qui la fait hurler de douleur juste sous mes yeux.

Le Yémen est un pays en guerre. Il s’y joue une catastrophe humanitaire d’une ampleur qui dépasse l’entendement. Le pays est aujourd’hui au bord de la famine, au sens officiel du terme, car ces critères abstraits ne peuvent pas rendre justice à la réalité des estomacs vides et des corps épuisés. La faim fait déjà de nombreuses victimes… 

La guerre a entrainé une inflation des prix sans précédent, et les gens ne peuvent simplement plus se permettre de se nourrir correctement. Imaginez-vous, le prix de l’huile a augmenté de plus de 200%. Certaines familles achètent une cuillère d’huile à la fois. 

Ces blocus font partie d‘une véritable tactique de guerre meurtrière.

Aujourd’hui, 14 millions de personnes sont menacées par la famine. Chaque personne qui compose ce nombre insensé résonne comme une mise en accusation des parties au conflit et de la communauté internationale. La faim, la souffrance, la mort au Yémen, tout cela est causé par l’humain. Ces drames sont la conséquence mortelle des jeux de pouvoir politiques et de l’absence de pression internationale sur les parties au conflit.

Pour CARE et les autres organisations humanitaires qui sont toujours sur place, c’est l’un des pays les plus dangereux et les plus complexes dans lequel travailler. Le Yémen subit le blocage de ses principaux ports et aéroports, alors que le pays est tributaire des importations pour 90% des produits alimentaires et du carburant. Ces blocus font partie d‘une véritable tactique de guerre meurtrière.

Acheminer une aide vitale aux populations est également très dangereux : il faut conduire pendant des jours sur des routes de montagne escarpées, presque infranchissables. Et même lorsque nous parvenons à organiser des distributions, nous n’obtenons souvent pas les garanties de sécurité nécessaires de la part des parties au conflit pour faire notre travail. Nos équipes peuvent être attaquées à n’importe quel moment. La protection des civils et des humanitaires est la base du droit humanitaire internationale. Mais ce principe est délibérément enfreint tous les jours au Yémen. La population et les infrastructures civiles sont fréquemment la cible d’attaques.

La communauté internationale continue de faire l’autruche

Pendant ce temps, la communauté internationale continue de faire l’autruche. La France, l'Union européenne et les membres du Conseil de sécurité de l’ONU disposent de moyens diplomatiques et économiques pour faire pression en faveur d'un cessez-le-feu immédiat. Des pourparlers de paix ont lieu jusqu'à demain sous l’égide de l’ONU mais pour l’instant ils n'ont pas permis d'aplanir les divergences entre les parties au conflit, notamment sur un cessez-le-feu à Hodeïda, principal port du pays, ou sur la réouverture de l'aéroport de Sanaa.Il faut pourtant agir immédiatement. 

Si la fin des combats ne se produit pas, nous devenons complices de chaque décès chaque jour qui passe. Tout le monde sait qu'il n'y a pas de solution militaire à la guerre au Yémen alors qu’attendons-nous ? 

La situation de sa mère et son désespoir hante mon esprit. Je suis humanitaire depuis plus des années, j’ai été confronté de nombreuses fois à la misère et au désespoir. Mais la colère que je ressens aujourd’hui face à la souffrance au Yémen, cette colère me semble tout sauf habituelle.

L'action de CARE

CARE travaille au Yémen depuis 1992 et continue d’apporter une aide humanitaire dans les circonstances actuelles, extrêmement difficiles. CARE apporte une aide d'urgence à la population : accès à l'eau potable, réhabilitation de latrine, distribution de kits d’hygiène et de nourriture. CARE soutient également les femmes dans les domaines de la protection et de la violence sexiste.

CARE aide actuellement un million de personnes tous les mois notamment à travers des distributions de nourriture et un soutien financier.