10 décembre 2018

La COP24 était annoncée comme le « test de crédibilité de l’accord de Paris » , qu’en est-il après une semaine de négociations ? Si certains pays ont su faire preuve d’ambitions, d’autres se sont montrés inquiétants en bloquant les débats. Fanny Petitbon, experte climat de l’ONG CARE, dresse un bilan de la première semaine et décrypte les défis à relever pour la semaine qui s'ouvre.

Les ambitions climatiques menacées par le scepticisme de certains États

“2 mois après la sortie du rapport spécial du GIEC sur un monde à 1,5°C, la plupart des États semblent avoir compris l’urgence de la situation : les 48 pays les plus vulnérables et le Canada se sont engagés à revoir à la hausse leurs objectifs de lutte contre le changement climatique d’ici 2020.

Mais une minorité de sceptiques ont tenté de minimiser les conclusions des experts scientifiques. En refusant de “saluer” le rapport spécial du GIEC, pourtant commandité par les États lors de la COP21, plusieurs pays dont les États-Unis, le Koweït, la Russie et l’Arabie Saoudite font perdre un temps précieux dans les négociations. Ces pays jouent les oiseaux de mauvais augure en cette dernière semaine de COP. Pourtant, l’objectif de ces prochains jours est pour les États de démontrer, à travers leurs ministres, qu’ils sont prêts à accélérer l’action climatique pour ne pas dépasser les 1,5°C de réchauffement."

Encore trop d’options contradictoires dans le manuel d'application de l’accord de Paris

“Le succès de la COP24 dépend en partie de l’adoption d’un manuel d’application de l’accord de Paris qui permette un suivi transparent des engagements pris par les États et les amène à être toujours plus ambitieux. À l’issue de cette première semaine, le texte de négociations reste très dense et présente beaucoup d’options différentes, voire contradictoires. Il reste fort à faire aux négociateurs qui ont jusqu’à mardi soir pour trouver des solutions aux points de divergence avant que les ministres s’en saisissent."

Les droits humains supprimés des textes

“Aujourd’hui, 10 décembre, marque le 70ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Et cela tombe à pic ! C’est la journée idéale pour rappeler aux États la promesse faite lors de la COP21 de respecter et promouvoir les droits humains, l’égalité femmes-hommes, la sécurité alimentaire et autres principes fondamentaux dans leurs politiques climatiques. Une promesse qu’ils semblent avoir oublié puisque les références aux droits humains ont été tout simplement supprimé des textes en fin de semaine dernière ! Les États doivent rectifier le tir au plus vite.”

Triste anniversaire pour le Mécanisme de Varsovie

“La COP24 marque également le 5ème anniversaire du Mécanisme international de Varsovie sur les pertes et dommages irréversibles. Pourtant, il n’y a rien à célébrer ! En l’espace de cinq ans, les États les plus riches siégeant dans ce mécanisme (États-Unis, Pologne, Union européenne, Autriche, Norvège, Australie, Royaume-Uni, Russie, Japon et Allemagne) n’ont fait aucun progrès sur les sources de financements nécessaires pour répondre aux pertes et dommages qui touchent particulièrement les populations vulnérables des pays en développement. Pire, ils n’ont quasiment pas abordé la question. Dans les négociations en cours sur le manuel d’application, les États n’ont eu de cesse de mettre entre parenthèses les références aux pertes et dommages. Ce faisant, ils mettent en suspens la survie des populations qui font face aux pires impacts du changement climatique.”

La France doit se montrer à la hauteur

“Au-delà des slogans, la France doit poursuivre les efforts en poussant ses voisins européens à faire preuve d’une ambition accrue en ligne avec la limite de 1,5°C. Elle doit rappeler à l’ensemble des États que les droits humains ne sont pas négociables et aux pays riches que renforcer la solidarité envers les pays les plus vulnérables est une nécessité.

Si la France s’est montrée constructive lors des négociations durant de cette première semaine, les annonces de financement faites par Brune Poirson aujourd’hui font pâle figure face à celles d’autres États, comme l’Allemagne, qui ont été bien plus ambitieux.”

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