15 décembre 2019

COP25. L'Accord de Paris pollué par l'inaction climatique

La plus longue COP de l’histoire vient de se clôturer ce dimanche 15 décembre, et c’est un sentiment de déconnexion totale qui prédomine, entre d’un côté la réalité de l’urgence climatique et la mobilisation citoyenne, et de l’autre le désengagement frappant des États. Non seulement la vaste majorité des plus gros émetteurs n’a pas confirmé son intention de revoir ses objectifs de réduction des émissions à la hausse d’ici 2020 mais pire encore, des pays comme les États-Unis, le Brésil, l'Iran ou l'Australie ont délibérément choisi de bloquer les négociations sur des sujets cruciaux : financements, droits humains...

Les pays ont manqué le rendez-vous de l'ambition

 En juin 2017, la communauté internationale était vent debout contre la décision irresponsable de l’administration Trump de se retirer de l’accord de Paris. Mais rester dans l’accord sans prendre les mesures nécessaires pour rester sous 1,5°C de réchauffement climatique est hypocrite. Or, à l’issue de cette COP25, moins de la moitié des Etats que compte la CCNUCC -80 sur 196- ont confirmé qu’ils augmenteraient leurs objectifs de réduction des émissions d’ici 2020. Mais ce groupe, principalement composé de pays en développement et de petites îles, n’est responsable que de 10,5 % des émissions de gaz à effet de serre mondiales. La vaste majorité des pays du G20, pourtant à l’origine de 80% des émissions, est restée muette. 

Seule l’Union européenne -hormis la Pologne- s’est finalement engagée à atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Mais, pour être crédibles, les chefs d’Etat et de gouvernement européens doivent retrousser leurs manches et faire passer au plus tard en juin prochain l’objectif européen de réduction des émissions de -40% à -65 % d’ici à 2030. Ce sera une condition sine qua non pour convaincre d’autres acteurs-clés comme la Chine de lui emboîter le pas.

Un véritable cynisme des pays riches vis-à-vis des pays les plus vulnérables

“Ce n’est pas la maison des pays riches qui brûle mais bien la terre des pays les plus pauvres, alors que ce sont les émissions des pays riches qui y ont mis le feu. Malheureusement, face aux cris de détresse des pays les plus vulnérables, cette COP a révélé au grand jour le cynisme des pays riches”, déplore Fanny Petitbon experte climat de l’ONG CARE. 

Les Etats-Unis et l’Australie ont notamment bloqué sans scrupule toute avancée sur la question de financements additionnels pour répondre aux pertes et dommages irréversibles. Les besoins sont immenses: 300 milliards de dollars par an pour les pays en développement d’ici 2030, et piocher dans les financements existants pour réduire les émissions et soutenir l’adaptation, déjà bien trop faibles, est illusoire. Cet enjeu est pourtant une question de survie pour des pays et îles qui sont “déjà dans le couloir de la mort” comme l’a exprimé la présidente des îles Marshall, Hilde Heine. Le groupe d’experts et le réseau de Santiago, créés à cette COP pour consolider des options de soutien plus adaptées pour les pertes et dommages, auront fort à faire pour rattraper le retard accumulé ces 6 dernières années.

Une petite lueur d'espoir sur le genre

Seule lueur d’espoir dans cette COP : l’adoption d’un plan d’action sur le genre malgré l’opposition de certains pays, notamment l’Iran, qui ont failli faire dérailler l’adoption de ce plan en remettant en cause les références aux droits humains obtenues de haute lutte dans l’accord de Paris. Ce plan visera à améliorer la participation des femmes dans les négociations internationales sur le climat mais aussi dans la définition des politiques climatiques nationales, et à faciliter l’accès des organisations locales de femmes aux financements climat. 

Le compte à rebours jusqu’à la COP26 en novembre 2020 à Glasgow est désormais enclenché. Pour répondre à l’urgence climatique et ne pas hypothéquer l’avenir des jeunes générations, les Etats doivent à tout prix annoncer des plans de réductions des émissions beaucoup plus ambitieux et ce, le plus tôt possible en 2020. Ne pas le faire serait totalement irresponsable.

Contact média

Fanny Petitbon, experte climat de CARE est disponible pour des interviews. Contactez Camille Nozières, 07 86 00 42 75, nozieres@carefrance.org