08 mars 2020

#PinkJersey : le football contre les clichés sexistes

En réaction notamment à l’étude choquante - 9 personnes sur 10 ont des préjugés sexistes dans le monde - publiée ce vendredi par l’ONU, le football s’engage contre les stéréotypes de genre à l’appel de l’association CARE. Ce dimanche, 8 mars, le footballeur croate Franko Andrijasevic a joué avec les clichés : il est entré sur le terrain d’un des matchs les plus importants de sa saison en portant un maillot teint en rose. Ce #PinkJersey n’est pas qu’une simple erreur de lessive mais alerte sur les clichés au plus proche de nous. Il dénonce aussi l’impact trop souvent sous-évalué de la répartition sexiste et inégale des tâches domestiques.

Pourquoi un maillot rose ?

« Atteindre l’égalité entre les hommes et les femmes demande beaucoup de pratique. Continuons. » C’est le slogan porté par le footballeur croate Franko Andrijasevic et l’association CARE. 

Le 8 mars prochain, en Croatie se jouera un match de football très attendu : Rijeka contre l’Hajduk Split. Alors que tous les joueurs de l’équipe de Rijeka porteront le maillot blanc officiel et réglementaire, Franko Andrijasevic le joueur vedette prendra tout le monde de court en entrant sur le terrain avec le maillot teint en rose. Que fait-il avec un maillot rose ? 

Franko Andrijasevic en dévoilera la raison à la mi-temps dans un message vidéo diffusé dans le stade et sur les réseaux sociaux du club et du joueur: on découvre alors Franko, chez lui, sortant ses vêtements de sa machine à laver… Surprise, son maillot blanc est devenu rose… Il fouille dans le fond de la machine de blanc et sort une malheureuse chaussette rouge. Si Franko et sa femme se répartissent désormais les tâches ménagères, il n’est visiblement pas encore au point !

Pourtant, cette petite erreur de débutant est la preuve qu’on peut toutes et tous agir contre les inégalités de genre. Car l’égalité commence au plus proche de chacun et chacune d’entre nous, notamment dans la sphère familiale où les clichés ont la vie dure : partout dans le monde, les tâches domestiques restent le travail des femmes.

« Le football est connu comme un secteur très machiste. Et dans les Balkans, nos sociétés sont également sclérosées par l’héritage d’années de guerre et des tas de clichés : les femmes doivent avant tout s’occuper de la maison et les hommes doivent avoir des comportements virils et violents. J'espère que cette action, qui sera vue par des millions de personnes devant leur télé, va lancer des débats au sein des familles et encourager des gens à se libérer des stéréotypes qui nous enferment », explique Franko Andrijasevic.  

Ces stéréotypes ont de lourdes conséquences sur les femmes

La lessive est l’un des symboles des inégalités femmes-hommes. Les tâches ménagères restent l’un des secteurs où les inégalités persistent le plus avec des conséquences qu’il ne faut pas minimiser : en plus d’entretenir une image d’infériorité des femmes, le travail domestique étant considéré comme moins important alors qu’il est vital pour leur famille et leur communauté, cela cultive la marginalisation économique et sociale des femmes. 

  • En 2018, 79% des Européennes déclarent s’occuper de la cuisine et /ou des tâches ménagères chaque jour. Beaucoup assument une double journée de travail : à leur emploi et à la maison.

  • En Bosnie-Herzégovine, seules 11% des femmes déclarent que leur compagnon fait la lessive, selon une étude de CARE.  

  • En Inde, les femmes passent chaque jour 577% plus de temps que les hommes à effectuer les tâches domestiques : faire la lessive, à manger, s’occuper des enfants et des personnes âgées. L’ampleur des tâches domestiques empêchent ainsi des millions d'Indiennes d’avoir un emploi et de participer à la vie de leur communauté. En effet, comment participer aux décisions de la communauté quand on passe des heures à marcher pour chercher de l’eau ?

Et il est difficile de se débarrasser ces stéréotypes liés au travail domestique. Ils sont tellement ancrés dans les inconscients collectifs que les transgresser peut avoir de graves conséquences. 

  • En Inde, 41% des personnes pensent qu’il est normal qu’une femme soit battue si elle n’a pas préparé le repas pour sa famille.  

  • En France, 43% des hommes pensent qu’ils ont moins de dispositions naturelles que les femmes pour les tâches ménagères

  • Et les hommes qui décident de participer aux tâches ménagères sont aussi pointés du doigt : “Quand les gens me voient aller chercher de l'eau, ils disent que j'ai été ensorcelé”, témoigne l’un des bénéficiaires des sessions d’égalité menées par CARE au Rwanda. 

Les hommes sont des acteurs incontournables pour mettre fin aux stéréotypes de genre

Défendre l’égalité et lutter contre les stéréotypes, c’est donc le double objectif de cette action de sensibilisation de CARE, conçue en pro bono par l’agence BBDO, et qui sera relayée par de nombreuses personnalités en France comme en Croatie. C’est aussi la mission de CARE sur le terrain : l’association mène des projets qui promeuvent l’égalité de genre et luttent contre les violences en promouvant la masculinité positive dans le monde entier. 

Les Balkans, et notamment la Croatie, sont le lieu d’un des programmes les plus emblématiques de CARE :  plus de 100 000 garçons et filles de 13 à 19 ans ont déjà participé aux clubs ‘Be a Man’de CARE désormais intégrés dans les cursus scolaires. Le mot d’ordre : « Devenir un homme, c’est muscler ses neurones plus que ses biceps. Mettons fin aux stéréotypes. » 

« Neuf personnes sur dix ont des préjugés sexistes dans le monde, selon la dernière étude de l’ONU sortie ce vendredi. C’est un rappel brutal de tout ce que nous voyons sur le terrain au quotidien. C’est ce que nous contribuons à changer par nos programmes de défense des droits des femmes grâce notamment à l’implication des hommes », explique Philippe Lévêque, directeur de l’association CARE France. « Les hommes sont des acteurs incontournables pour mettre fin aux stéréotypes de genre. Comme Franko Andrijasevic, beaucoup s’engagent déjà, mais tous doivent rejoindre le combat mené par les filles et de femmes pour le respect de leurs droits dans le monde. L’exemple de la lessive peut sembler anodin mais a des impacts extrêmement négatifs - souvent insoupçonnés - sur les droits sociaux et économiques des femmes. Et nous n’arriverons pas à atteindre l’égalité sans une modification profonde de nos comportements à tous et toutes. Il faut des changements structurels à tous les niveaux de la société : de la maison aux lois nationales. »

Contact médias

Pour toute demande d'interview, contactez Camille Nozières, CARE France : 07 86 00 42 75 ; nozieres@carefrance.org

Notes aux rédactions
À propos de CARE

Fondé en 1945, CARE est l’un des plus grands réseaux d’aide humanitaire au monde, apolitique et non confessionnel. CARE s’attaque aux causes profondes de l’extrême pauvreté en défendant l’égalité des droits pour toutes et tous.Dans ses programmes, CARE lutte contre les injustices et discriminationsfaites aux femmes (violences faites aux femmes, restrictions d’accès aux ressources, aux services essentiels tels que la santé et l’éducation...) en impliquant les hommes et l’ensemble de la sociétéEn 2019, CARE a aidé 68 millions de personnes dans 100 pays. En savoir plus : www.carefrance.org.