11 avril 2020

Coronavirus au Liban : « Nous avons toujours été pauvres mais aujourd’hui nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts. »

Au Liban, l’impact du Coronavirus exacerbe la terrible crise économique qui affecte tout le pays. Suite aux mesures de confinement, beaucoup de Libanais ont perdu leurs sources de revenus. Découvrez le bouleversant témoignage d’Amina qui fait partie de ces millions de Libanais aujourd’hui menacés par la faim. Aidez-nous à poursuivre nos actions d’urgence au Liban !

Amina a 55 ans et vit dans le sud du Liban. Mariée et mère de trois enfants entre 12 et 17 ans, elle témoigne des difficultés grandissantes de sa famille depuis l’arrivée du Coronavirus dans son pays.

Fin février (au début de la crise du Coronavirus) : « Tout est devenu si cher pour nous, si cher. »

Depuis le début de la crise [économique en octobre 2019], mon mari a perdu un tiers de son salaire. Il gagne aujourd’hui 200 000 livres - soit 120€ par mois- pour nourrir une famille de cinq personnes. Nous avons toujours été pauvres mais aujourd’hui nous n’arrivons plus à joindre les deux bouts.

Tout est devenu si cher pour nous, si cher. Faire la cuisine est un casse-tête. Je vais au marché mais je n'ai pas assez d'argent pour acheter de la nourriture. Un jour, je suis allée voir ma voisine pour lui demander un peu de nourriture,mais je n'ai pas eu le courage de le faire.

Début mars : « Je suis en retard sur tous les paiements des factures, de plusieurs mois. »

Je suis en retard sur tous les paiements des factures, de plusieurs mois. Nous avons un million de livres de dettes (600€) pour le générateur et je ne sais pas comment nous allons faire. Pour l'électricité, nous essayons de payer une fois tous les deux mois. Mais toutes ces choses ne paraissent même pas nécessaires à côté de l'essentiel, comme la nourriture pour mes enfants, leur école ou aller chez le médecin. Je ne suis pas allée chez le dentiste depuis un an. J'ai perdu beaucoup de dents et ça me fait mal mais je ne peux pas me permettre d'y aller.

Cela fait deux jours que je ne sors pas la maison par peur du virus. Je n'ai pas d'argent et nous n’avons rien à manger. Je ne sais pas quoi faire. Heureusement, ce soir, une amie m'a envoyé de la nourriture. 

Mi-mars (au début du confinement) : « Je ne sais pas comment nous allons nous tenir le coup. »

Nous essayons de survivre jour après jour. Je ne peux plus aller à l'épicerie et demander un crédit pour acheter de la nourriture. Nous sommes déjà lourdement endettés. J'essaie donc de réduire au maximum ce que je cuisine. Aujourd'hui, des gens sont venus, ils nous ont donné un peu de nourriture. Ce soir, je pourrais donner à manger à mes enfants.

Nous restons à la maison et je pense que je suis un peu déprimée. Nous avons peur de sortir et de ce qui va se passer. S'ils empêchent les gens de travailler, que ferons-nous ? Certains employés du garage où travaille mon mari ont été licenciés aujourd'hui. Si mon mari perd son travail, je ne sais pas comment nous allons nous tenir le coup.

C'est insupportable. Je ne sais pas comment et quand ce virus disparaîtra. J'espère que tout le monde sera protégé.

Fin mars : « Mon mari a perdu son emploi. J’ai l’impression d’étouffer. »

Mon mari a perdu son emploi. Nous avons une famille, nous ne savons pas ce que nous allons faire. J'ai l'impression d'étouffer.

Il y a des jours où je ne cuisine pas, parce que nous n’avons rien. Certains jours, nous ne mangeons que des sandwichs au thym ou au labné (fromage blanc). Certaines personnes ont de l'argent, elles peuvent acheter à manger même si elles ne travaillent pas. Pas nous. Je me sens complètement inutile, détruite de l'intérieur. Je ne peux pas nourrir mes enfants.

Soutenez nos actions d’urgence au Liban. Faites un don !

Au Liban, CARE mène des distributions d’urgence de nourriture et de produits d’hygiène, ainsi que des programmes d’accès à l’eau pour les réfugiés syriens et les populations libanaises les plus vulnérables, telle que la famille d’Amina. À plus long terme, nous soutiendrons la relance économique en poursuivant nos programmes de génération de revenus.

« Le confinement décrété mi-mars a aggravé les difficultés économiques dans un pays qui était déjà proche de l’effondrement. En 2020, 45% de la population libanaise vivra sous le seuil de la pauvreté et 22% dans l’extrême pauvreté, selon les statistiques officielles. Des dizaines de milliers de travailleurs ne toucheront pas leurs salaires au cours des prochaines semaines. Les petites et moyennes entreprises déjà en difficulté font faillite et il n’y a aucune mesure de protection sociale pour les populations. Si rien n’est fait, plus de la moitié de la population pourrait rapidement ne plus avoir les moyens de se procurer de la nourriture ou des produits de première nécessité, selon nos confrères d’Human Rights Watch. Dans ce contexte économique catastrophique, nous sommes aussi très préoccupés par le potentiel de propagation rapide du Coronavirus. Le concept de distanciation sociale n’est tout simplement pas une option dans les logements précaires surpeuplés des populations les plus pauvres libanaises et réfugiées syriennes ou dans les camps de réfugiés palestiniens. Et ces populations sont souvent confrontées à des pénuries d’eau nécessaires pour prévenir la maladie », alerte Bujar Hoxha, directeur de CARE au Liban. 

Alliance urgences : CARE unit ses forces avec 5 autres ONG pour répondre à l’urgence Coronavirus.

Dans le monde, CARE unit ses forces avec 5 autres ONG pour répondre à l’urgence Coronavirus en France tout comme dans les zones les plus vulnérables de la planète. Ensemble, nous sommes plus forts et complémentaires : Action Contre la Faim, CARE France, Handicap International, Médecins du Monde, Plan International et Solidarités International