19 août 2020

La Syrie reste l’endroit le plus meurtriers pour les humanitaires

Déjà l'année 2019 avait marqué un record de violences contre les travailleurs humanitaires. La situation est toujours aussi préoccupante en 2020 : 74 travailleurs humanitaires ont perdu la vie dans le monde, contre 57 l’an dernier à la même époque. Alors que la Syrie a connu le plus grand nombre de morts, le Soudan du Sud a enregistré le plus d'attaques contre les travailleurs humanitaires. Les équipes de CARE sur le terrain témoignent des difficultés croissantes à faire leur travail dans les zones à risques.

La Syrie reste l’endroit le plus meurtrier pour les humanitaires.

« Il est très inquiétant de voir à nouveau la Syrie en tête de la liste des endroits les plus dangereux pour un travailleur humanitaire, et ce pour la quatrième année consécutive. Les besoins humanitaires, en particulier dans le nord-est du pays, n’ont cessé d’augmenter au cours des derniers mois. En même temps, les attaques contre les humanitaires continuent et la fermeture des frontières rend leur travail encore plus difficile. Non seulement, les travailleurs humanitaires syriens avec qui nous travaillons souffrent eux-mêmes de la crise humanitaire aux côtés des populations qu'ils aident, mais en plus de cela, ils sont ciblés pour le travail qu'ils accomplissent. C'est inacceptable », dénonce Nirvana Shawky, directrice régionale de CARE pour le Moyen-Orient.

 « La poursuite de l’aide humanitaire est une source d’espoir majeure pour des centaines de milliers de personnes déplacées dans le nord-ouest de la Syrie. Le fait de continuer à nous cibler en tant que travailleurs humanitaires, c’est comme tuer leur espoir et leur volonté de vivre. Nous pouvons et sommes prêts à faire face à la pandémie pour délivrer de l’aide, mais pas au ciblage délibéré qui a entraîné la mort de nombreux collègues dans l'exercice de leurs fonctions », déplore Hiba *, ingénieur assainissement pour CARE dans le nord-ouest de la Syrie.

* Le prénom a été changé pour des raisons de sécurité

Les humanitaires locaux sont les plus exposés aux violences.

 « Fournir de l’aide humanitaire au Soudan du Sud est dangereux et l'a toujours été. Je ne peux même pas compter le nombre de travailleurs humanitaires qui ont été victimes de harcèlement, de détentions illégales et de toute sortes d’autres agressions au cours de leur travail. Les ONG ne devraient pas être poussées à choisir entre la sécurité de leurs équipes et délivrer de l’aide aux populations dont la survie en dépend », exhorte Mercy Laker, directrice adjointe des programmes pour CARE au Soudan du Sud.

Les travailleurs humanitaires locaux sont les plus exposés à la violence par rapport à leurs collègues internationaux, selon le dernier rapport Humanitarian Outcomes (une organisation de recherche indépendante qui fournit des données mondiales sur la sécurité des travailleurs humanitaires). Chez CARE, 87% de nos équipes sont des employés locaux issus des pays en développement et travaillant avec un dévouement incroyable pour aider leurs compatriotes.

  • Sur les huit premiers mois de 2020, on recense 109 attaques contre des travailleurs humanitaires qui pnt fait 203 victimes (chiffres exacts au 10 août 2020) dans 18 pays. 74 travailleurs humanitaires ont été tués, contre 57 à la même époque l'année dernière. La grande majorité - plus de 93% (189 cas) - de ces attaques visaient des humanitaires locaux. 

  • Le Soudan du Sud arrive en tête de liste du nombre d'attaques contre des humanitaires : 35 faisant 45 victimes en 2020, dont 14 morts. Tandis que la Syrie compte actuellement le plus grand nombre de décès de travailleurs humanitaires au monde. La moitié - 20 - des attaques se terminant par des morts, ce qui en fait également l'endroit le plus meurtrier pour être un travailleur humanitaire.

  • L'analyse a été effectuée à partir des données de Aid Worker Security Database qui recensent les actes de violence délibérés affectant les travailleurs humanitaires, tels que des meurtres, des enlèvements et des attaques entraînant des blessures graves.