25 février 2021

Si la baisse des financements humanitaires se poursuit, une catastrophe menace le Yémen, alertent 12 ONG.

La prochaine conférence des bailleurs pour le Yémen, qui se tiendra le 1er mars, et les financements de l’aide décideront de la vie et la mort pour 400 000 enfants. Le Yémen est considéré comme la plus grande crise humanitaire du monde. Cinq millions de personnes sont actuellement au bord de la famine et plus des deux tiers de la population du pays ont besoin d’une aide humanitaire ou d’une protection. 

Nous sautons des repas pour nous assurer que nos enfants ne vont pas dormir le ventre vide

La baisse sévère de l’engagement des États et du financement de l'aide ont aggravé les souffrances des Yéménites : 9 millions de personnes ont vu leur aide alimentaire divisée par deux et 6 millions de personnes, dont 3 millions d'enfants, sont privés d'eau potable et de services d'assainissement en pleine pandémie mondiale. Les programmes humanitaires ont aidé à fournir de l'eau, de la nourriture, des services de santé et des abris vitaux aux familles chassées de leurs maisons ou vivant dans des villages et des villes ravagées par la guerre. Mais l'année dernière, les pays donateurs n'ont donné que 1,35 milliard USD, soit à peine la moitié du montant promis en 2019. Des chiffres récents montrent que 2,3 millions d'enfants de moins de cinq ans souffriront de la faim cette année si un financement adéquat n'est pas assuré. Environ 400 000 d'entre eux mourront de malnutrition aiguë sévère s'ils ne reçoivent pas de traitement d'urgence. 

« Tous les mois, je recevais de l’aide alimentaire, ça permettait de couvrir une grande partie de nos besoins alimentaires. Mais, depuis avril dernier, nous ne recevons plus qu’un panier tous les deux mois. Je ne sais pas pourquoi nos rations ont été réduites de moitié. Nous sautons des repas pour nous assurer que nos enfants ne vont pas dormir le ventre vide », explique Mohammed Nasser, père de quatre enfants vivant dans un camp pour personnes déplacées près de Sana’a. 

En raison des coupures d’électricité, les réseaux d'approvisionnement en eau ne fonctionnent plus ou moins : 15 grandes villes ne reçoivent plus que la moitié de leur approvisionnement normal en eau. Et à travers le pays, tous les Yéménites manquent dangereusement d'eau. 

Je me réveille chaque matin en me demandant comment nourrir mes enfants

Yahya Mohammed Balush est l'une des centaines de milliers de personnes à avoir fui les combats pour s'abriter dans le district d'Abs. Il n'y avait pas d'eau dans son camp jusqu'à ce que le puits voisin soit réparé par un projet humanitaire. Cela a permis d’acheminer de l’eau vers près de 500 familles. Mais un quart de million de personnes dans le district d’Abs n'ont toujours pas suffisamment d'eau potable.  

« Nous rencontrons des gens qui boivent de l'eau contaminée ou qui dépensent de l'argent pour avoir de l’eau alors qu'ils ont à peine de quoi manger », explique Anas al-Kahlani, travailleur humanitaire. 

Rien qu'en 2020, la guerre a contraint plus de 172 000 personnes à fuir et 22 200 ont perdu les moyens de subvenir à leurs besoins. Aziza, 38 ans, mère de dix enfants vit dans le gouvernorat de Hodeïda, l'une des zones les plus durement touchées par le conflit : 

« Depuis que le conflit s'est intensifié à Hodeïda, je me réveille chaque matin en me demandant comment nourrir mes enfants. Mon mari est ouvrier mais la plupart du temps, il ne trouve ni travail ni argent pour subvenir à nos besoins. Heureusement, les six derniers mois ont été moins difficiles pour ma famille car nous avons reçu une aide financière chaque mois, ce qui nous a permis d'acheter suffisamment de nourriture. J'ai pu préparer des repas nutritifs pour mes enfants pour la première fois. L'argent nous a aidés à survivre pendant la période la plus difficile de la crise de Covid-19 et du conflit. Je me demande comment nous réussirons à vivre quand nous ne recevrons plus cette aide. » 

Si la communauté internationale et les gouvernements n'interviennent pas, n'engagent pas suffisamment de financements, les enfants, les femmes et les hommes au Yémen continueront de souffrir et de mourir. Toutes les parties au conflit doivent également s'engager en faveur d'un cessez-le-feu national et s'engager dans un processus politique inclusif pour ramener la paix au Yémen. 

Liste des signataires :

Save the Children; ACTED Yemen; Oxfam; ZOA Yemen; Danish Refugee Council; Action contre la Faim; Norwegian Refugee Council; Handicap International; International Medical Corps; Search for Common Ground; CARE International; Islamic Relief Worldwid