23 août 2021

Syrie et Irak : sécheresse et pénurie d’eau menacent plus de 12 millions de personnes

Plus de 12 millions de personnes n'ont plus accès à l'eau, à la nourriture et à l'électricité en Syrie et en Irak. En cause : la hausse des températures et de très faibles précipitations qui ont entrainé une terrible sécheresse. Les conséquences risquent d’être catastrophiques. Il faut agir rapidement alertent CARE et 10 ONG dans la région.

L'association CARE apporte une aide d'urgence en Syrie et Irak
Yassin, fermier dans le nord-est de la Syrie © Tareq Mnadili / NRC

La pire sécheresse depuis 70 ans en Syrie

La Syrie est actuellement confrontée à la pire sécheresse depuis 70 ans. Et l'Irak fait face à la deuxième saison la plus sèche en 40 ans, selon l'ONU. 

Dans toute la région, la hausse des températures, mais aussi les faibles niveaux de précipitations et la sécheresse privent les gens d'eau. Les fleuves sont asséchés, hors en Syrie plus de cinq millions de personnes en dépendent directement. En Irak, la perte d'accès à l'eau du fleuve et la sécheresse menacent au moins sept millions de personnes. Environs 400 kilomètres carrés de terres agricoles risquent une sécheresse totale. 

La sécheresse contraint la population à se déplacer

En Irak, de vastes étendues de terres agricoles, de pêche, de production d'électricité et de sources d'eau potable ont été épuisées. Dans le gouvernorat de Ninive, la production de blé devrait baisser de 70% en raison de la sécheresse, tandis que dans la région du Kurdistan d'Irak, la production devrait diminuer de 50%. De nombreux agriculteurs ont dépensé leurs économies et se sont endettés pour garder leurs animaux en vie. 

« En raison de la sécheresse, je n'ai pas pu récolter de blé. Maintenant, je suis accablé de dettes », raconte Hamid Ali habitant de Baaj, l'un des districts les plus touchés de Ninive, en Irak.

Même situation en Syrie ou cette terrible situation s’ajoute aux conflits et pousse la population à fuir : 

« Cette année, nous avons été témoins d'une vague de sécheresse intense. Nos terres n'ont produit aucune récolte et nous n'avons aucune source d'eau potable ni pour nous ni pour nos animaux. Dans ces conditions, nous allons être obligé de partir et d’abandonner nos terres », explique Abdallah, chef de village d’Al Sébat en Syrie, à 30 km de Hasakah, qui a déjà vu des dizaines de villageois partir vers d'autres régions, chassés par la sécheresse.

Il n'y a plus d'eau et plus d'électricité

Cette situation perturbe également l'accès à l’électricité car les barrages manquent d'eau : deux barrages dans le nord de la Syrie, desservant trois millions de personnes en électricité, sont menacés de fermeture imminente. Cela a un impact sur le fonctionnement d’infrastructures essentielles comme les établissements de santé alors que certaines communautés - comme à Hasakah, Alep, Raqqa et Deir ezZour, ainsi que les personnes déplacées dans les camps - témoignent d'une augmentation des épidémies liées à la salubrité de l'eau.

Les ONG se mobilisent

Carsten Hansen, directeur régional de Norwegian Refugee Council : 

« L'effondrement total de la production d'eau et de nourriture pour des millions de Syriens et d'Irakiens est imminent. Avec des centaines de milliers d'Irakiens déjà déplacés et beaucoup fuyant pour sauver leur vie en Syrie, la crise de l'eau qui se déroule deviendra bientôt une catastrophe sans précédent poussant davantage de personne au déplacement. »

Nirvana Shawky, directrice de CARE au Moyen-Orient et en Afrique du Nord :

 « La situation exige que les autorités de la région, la communauté internationale et les bailleurs agissent rapidement pour sauver des vies dans cette énième crise, qui s'ajoute au conflit, au COVID-19 et au grave déclin économique. À plus long terme, au-delà de répondre à l’urgence du manque d’eau et de nourriture, il faudra investir dans des solutions durables à la crise de l'eau. »

Gerry Garvey, directeur régional du Conseil danois pour les réfugiés pour le Moyen-Orient : 

« Cette crise de l'eau va empirer et cela risque d'aggraver les conflits dans une région déjà déstabilisée. Il n'y a pas de temps à perdre. Nous devons trouver des solutions durables pour garantir l’accès à l'eau et la nourriture aujourd'hui et pour les générations futures. » 

Signataires

ACTED, Action Contre la Faim, CARE, Mercy Corps, People in Need, Première Urgence Internationale, War Child, Help, WomenRehabilitation Organisation, VIYAN Organization, Al RakeezehFoundation for Relief and Développement.