26 octobre 2021

Afghanistan. Aggravation de la faim à l’approche de l’hiver

L’Afghanistan s'enfonce dans la crise alimentaire. Désormais, 18,8 millions de personnes - soit près de la moitié de la population - sont confrontées à une faim aiguë. C’est 30 % de plus que l’an dernier. Voici des témoignages de la population collectées par les équipes de l’association CARE.

Si cela continue, nous serons obligés de marier notre fille de 10 ans

"Nous avons dû marier notre fille de 16 ans à un homme qui a déjà une autre femme. Elle pleurait chaque semaine, mais disait qu'elle savait qu'elle était mariée pour sauver la vie des autres membres de la famille. Cela a démoli l'avenir de notre fille mais le prix de la nourriture a tellement augmenté que nous n'avons plus rien à manger. C’était notre seule option. Et si la situation continue de la sorte, nous serons obligés de marier notre fille de 10 ans...", témoigne Zainab, 45 ans. 

L'augmentation spectaculaire de 28 % du prix du blé entre juin et septembre met la nourriture hors de portée de tant de personnes. Et la crise alimentaire devrait encore s'aggraver entre novembre et mars 2022 : près de 23 millions de personnes, soit 55 % de la population, devraient être confrontées à une faim aiguë. Cette situation est exacerbée par l'augmentation des déplacements, la hausse des prix des denrées alimentaires, le déclin économique, la pandémie de covid-19 et la sécheresse. Le changement climatique est un facteur à prendre en compte : l'Afghanistan est l'un des pays les plus vulnérables au changement climatique et l'un des moins bien équipés pour en gérer les impacts.  

La population est confrontée à des choix impossibles

"Dans de nombreuses régions d'Afghanistan, les gens ont recours à des mesures extrêmes pour mettre de la nourriture sur la table : ils vendent les quelques biens qu'ils possèdent, doivent choisir qui manquera un repas au sein de la famille, certains marient même leurs filles à un jeune âge pour qu'il y ait une bouche de moins à nourrir”, alerte Victor Moses, directeur de CARE en Afghanistan. 

"Je suis sûre que l'hiver va tuer mes enfants"

Les équipes afghanes de CARE craignent que les fortes chutes de neige ne bloquent l’accès aux zones reculées dont les habitants seraient alors confrontés à des pénuries alimentaires catastrophiques sans aucune protection contre le froid hivernal. 

"Je suis sûre que l'hiver va tuer mes enfants. Je n'ai aucun plan pour l'hiver et je sais que cette année sera plus froide. Sans nourriture et avec des prix de plus en plus élevés, les gens pauvres comme nous ne pourrons jamais survivre”, témoigne Zakia, 52 ans. 

“Nous sommes profondément inquiets de ce qui attend les Afghans les plus vulnérables. Il faut que la communauté internationale se mobilise d’urgence pour sauver des vies”, alerte Victor Moses. 

Contact médias

Des porte-paroles sont disponibles. Contactez Camille Nozières : nozieres@carefrance.org, 07 86 00 42 75

Notes aux rédactions

Entre juin et juillet dernier, CARE a évalué l'impact de la sécheresse sur les femmes en Afghanistan. Les conclusions mettent en avant le faire qu’elles sont les premières victimes de cette terrible situation :  

  • Les femmes et les filles ont trois fois plus de risque que les hommes de ne pas avoir une alimentation équilibrée. Elles consomment notamment beaucoup moins de produits laitiers et de viande.  
  • Les violences sexistes, en particulier au sein des couples mais aussi les mariages précoces et forcés, ont augmenté depuis le début de la sécheresse. "L'incertitude, le désespoir et le stress causés par la sécheresse et la faim peuvent conduire à une augmentation de la violence et ce sont les femmes et les filles qui en sont les premières victimes", analyse Victor Moses, directeur de CARE en Afghanistan. 
L'action de CARE

CARE travaille en Afghanistan depuis 1961 et fournit une aide vitale à travers :  

  • Une assistance financière qui permet aux familles de décider elles-mêmes de ce dont elles ont le plus besoin, tout en soutenant l'économie locale.  
  • En soutenant la reprise d’activités génératrices de revenus aux personnes les plus touchées par la grave sécheresse.  
  • La fourniture d'articles de première nécessité tels que des kits de cuisine, des couvertures et du savon.