En Afghanistan, mariées trop tôt, mères trop jeunes
Sita avait 12 ans lorsqu’elle a été mariée de force. Trop jeune et malnutrie, dans un pays où plus d’une personne sur deux vit dans la pauvreté (1), Sita fait une fausse couche à quatre mois de grossesse.
Selon l’ONU, les grossesses précoces en Afghanistan devraient bondir de 45% d’ici la fin de l’année 2026 (2). L’Afghanistan reste l’un des pays où la mortalité maternelle est la plus élevée au monde : une femme meurt toutes les deux heures en couches.
Cette crise est accentuée par l’effacement des femmes dans l’espace public :
- L’interdiction d’accéder à l’école secondaire et à l’université limite l’accès à l’éducation
- L’interdiction des médecins hommes d’examiner des femmes limite l’accès à la santé
- Les restrictions de mouvement compliquent les trajets vers les centres de soins.
Ce qui dans le cas des grossesses précoces comporte de nombreux risques pour les jeunes mamans et la santé du futur bébé : hémorragies, infections, prééclampsie, accouchement dystocique, dépression…
À 16 ans, Sita retombe enceinte. Dans son village isolé, une clinique soutenue par CARE devient son seul accès à des soins qualifiés.
« J’étais ravie de devenir mère, mais je n’avais aucune idée de comment m’occuper d’un bébé. Maryam, la sage-femme m'a accueillie, m'a inscrite à un suivi prénatal régulier, en me demandant de venir à la clinique tous les mois. »
confie-t-elle.
CARE et son partenaire local OCCD soutiennent 12 dispensaires dans les régions de Ghazni, Hérat et Khost, financés par ECHO. Dans un système où les médecins hommes ne peuvent désormais plus soigner les femmes, la présence de personnel féminin comme la sage-femme Maryam est devenue une question de survie.
Quand le cauchemar de Sita s’est transformé en espoir
Malgré les consultations prénatales régulières, Sita s’est réveillée un matin avec de fortes douleurs. Alors que la majorité des bébés naissent entre 39 et 41 semaines. À 28 semaines, le travail de Sita commence prématurément. Maryam est restée à ses côtés tout au long de l’accouchement.
La fille de Sita, Forozan, est arrivée au monde avec des difficultés respiratoires. Maryam a aidé Sita. Sita continue d’avoir des rendez-vous réguliers pour suivre un programme de soutien à l’allaitement et à la nutrition pour adopter les bons gestes, mais aussi pour contrôler le poids de sa fille. Grace à l’expertise du personnel CARE et des cliniques, Sita et Forozan se portent aujourd’hui à merveille.
Dans un pays où les espaces de socialisation féminins disparaissent, la clinique est devenue l’un des rares lieux où les femmes peuvent encore se rassembler et s’entraider.
Le quotidien des femmes afghanes dans les villages reculés
L’histoire de Sita n’est pas une exception. Leilma, elle aussi mariée trop jeune, est arrivée en urgence dans un dispensaire soutenu par CARE. Trop jeune, elle était terrifiée par l’idée d’accoucher. A l’accouchement, les complications se multiplient. Son bébé ne respire pas et l’enfant ne survit que grâce à l’intervention immédiate de la sage-femme. Puis la jeune mère fait une chute brutale de tension. Elle est stabilisée in extremis.
« Pendant un instant, j'ai cru que j'allais mourir. La sage-femme nous a ramenés à la vie. »
se souvient Leilma.
Ces cliniques, dernier refuge des jeunes mères afghanes.
Sans ces cliniques, Sita et Leilma et tant d’autres femmes afghanes n’auraient pas connu le même destin. Un danger d’autant plus grand que 80 % des centres de santé risquent de fermer faute de financements (3), l’accès aux soins maternels risque de disparaître purement et simplement.
C’est pourquoi CARE agit. Nous sommes l’un des plus grands réseaux humanitaires au monde de lutte contre les inégalités et défense droits des femmes. Depuis 1961, CARE travaille en Afghanistan. Malgré un contexte sécuritaire et politique extrêmement difficile, nous continuons à apporter une aide humanitaire d’urgence, soutenir l’autonomisation des femmes et des filles, et la santé maternelle et primaire.
En 2025, les programmes de CARE ont soutenu 1,2 million de personnes, dont deux-tiers de femmes et de filles.
Les centres de santé soutenus par CARE sont bien plus que des structures médicales. Ce sont des espaces de survie. Parfois les seuls lieux où les femmes peuvent encore recevoir des soins qualifiés et trouver un soutien.
« Un jour, Maryam m'a montré une photo de Forozan juste après sa naissance. J'étais choquée de la voir si petite et si faible. Aujourd'hui, je souris de gratitude car elle est en bonne santé et grandit bien. Je suis profondément reconnaissante qu'une telle clinique existe dans notre village. Elle a été une véritable bouée de sauvetage pour des femmes comme moi. »
se souvient Sita.
La directrice adjointe de CARE en Afghanistan, Kristina Jovanovska témoigne : « Face à l’augmentation des besoins et à la raréfaction des financements, ces cliniques demeurent essentielles. »
CARE soutient des cliniques qui prodiguent des soins prénataux, des soutiens nutritionnels, des accouchements sécurisés ainsi que des accompagnements postnataux dans des régions où l’accès aux soins est compromis.
En Afghanistan, la violence faite aux femmes s’inscrit dans les lois, les interdictions, l’isolement organisé. Pour lutter contre ces violences faites aux femmes et ces morts évitables, CARE continue d’agir.
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