Les pertes et dommages ne sont pas de la science fiction

Qu’arrive-t-il aux personnes qui survivent aux cyclones mais dont les maisons sont détruites et dont les terres ne sont plus cultivables ? Très souvent, elles n’ont d’autre choix que de partir. Qui les aide alors à se reloger dans des conditions décentes ? Qu’en est-il de la perte de leur patrimoine culturel, de leur langue ? C’est la question soulevée de nouveau à Bonn par les pays les plus vulnérables au changement climatique qui réclament – en vain – des financements pour faire face aux conséquences irréversibles du changement climatique, aussi appelées “pertes et dommages”.   

A la COP26, plus de 130 pays, représentant 6 habitants sur 7 sur la planète, avaient demandé la mise en place d’une facilité financière pour les aider à faire face à ces impacts inévitables dont ils ne sont pourtant pas responsables. Mais les pays riches avaient balayé cette proposition du revers de la main. Pourtant, loin d’être de la science-fiction, les pertes et dommages sont un phénomène bien réel résultant de l’échec de l’action climatique de ces 30 dernières années.  

Les pays riches sonnent comme un disque rayé

Le dialogue de Glasgow sur les pertes et dommages, lot de consolation décidé à la COP26, s’ouvrait donc pour la première fois à Bonn. Or, au lieu de faire progresser la discussion, les pays riches ont sonné comme un disque rayé. Ils ont de nouveau mis l’accent sur l’aide humanitaire débloquée suite aux catastrophes climatiques en omettant de reconnaître que le système humanitaire est dépassé face à la multiplication des crises, liées ou non au climat. Ils ont rappelé le développement de systèmes d’alerte précoce pour réduire les risques de catastrophes, en oubliant de dire que ceux-ci sont inefficaces face aux phénomènes à occurrence lente comme la montée du niveau des mers. Répondre aux besoins vitaux post-catastrophes et épargner des vies humaines est évidemment nécessaire mais aucune aide n’existe pour aider les populations touchées à retomber sur leurs pieds, à retrouver leurs vies d’avant.

A 5 mois de la COP27, les pays riches restent en majorité opposés à la création d’une facilité financière dédiée aux pertes et dommages d’ici à la COP27, et bloquent l’inclusion d’un point spécifique à l’agenda sur la finance pour les pertes et dommages. Depuis la COP26, quelques fissures étaient pourtant apparues au sein des pays riches : après les toutes premières promesses de financement par l’Écosse et la Wallonie, le Danemark a notamment lancé un appel conjoint avec le Bangladesh pour sortir de l’impasse les négociations climatiques de l’ONU sur les pertes et dommages, suivi par le Canada fin mai. Pendant les négociations à Bonn, la Nouvelle-Zélande a demandé à ce que les pertes et dommages soient inclus dans la définition du prochain objectif de financement climat, en plus de la réduction des émissions et l’adaptation. Les lignes bougent mais l’Union européenne, actuellement sous présidence française, elle, reste impassible et de plus en plus isolée. L’UE qui pendant trop longtemps s’est cachée derrière les pays, en particulier les Etats-Unis, qui bloquent sans complexe, la question du financement des pertes et dommages, ne dupe plus personne.

Ces financements ne sont pas de la charité

Pourtant, la CCNUCC et les pays en particulier ont la responsabilité d’aider ces pays à faire face à ces impacts climatiques irréversibles et d’aider ces personnes à se remettre sur pied, à reconstruire leur vie et leurs moyens de subsistance. Ces financements ne sont pas de la charité, mais la réparation d’une dette historique. En effet, les pays du sud sont en première ligne d’un réchauffement climatique dont les pays développés sont historiquement responsables. Pour rappel : la moitié la plus pauvre de la population mondiale est responsable de seulement 7 % des émissions de CO2 au cours des 25 dernières années. Sur la même période les 10% des personnes les plus riches de la planète sont responsables de plus de la moitié des émissions de CO2.    

Notre message aux pays riches, et en particulier à l’Union Européenne, ne pourrait être plus clair : fini le bla-bla, le financement des pertes et dommages maintenant !