“Incapables de se rappeler ce que signifie un véritable repos” 

À l’aube d’une cinquième année de guerre à grande échelle en Ukraine, les conséquences humaines du conflit s’aggravent. En 2025, 2 514 personnes ont été tuées et 12 142 blessées dans des violences liées au conflit, soit une hausse de 31 % par rapport à l’année précédente. Les attaques de drones à courte portée se sont également multipliées, frappant habitations et infrastructures civiles. Les victimes civiles causées par ces nouvelles armes de guerre ont augmenté de 120% en 2025, faisant 577 morts et 3 288 blessés parmi les civils. 

« Après quatre années de guerre à grande échelle, les personnes nous décrivent des nuits interminables passées à moitié éveillées, à guetter les drones ou à tenter d’ignorer le bruit des explosions, incapables de se rappeler ce que signifie un véritable repos. Leur force les a portées jusqu’ici, mais le poids de la peur constante et des traumatismes devient impossible à ignorer. Nous en constatons les conséquences à travers la détresse psychologique. En outre, de nombreux cas de violences basées sur le genre sont souvent sous-déclarées »

Michael McGrath, directeur de CARE en Ukraine.

Selon une étude de l’ONG CARE, plus de 70 % des adultes vivant dans les zones les plus exposées souffrent d’anxiété, de dépression ou de stress sévère. 

“Des centaines de milliers d’Ukrainiens et Ukrainiennes retournent dans des zones dangereuses 

Le manque de revenus accentue encore les sources de stress dues aux terribles conditions de vie actuelles. Une famille sur trois déclare ne plus pouvoir couvrir ses besoins essentiels. Plus de quatre millions de personnes qui avaient quitté les zones de front commencent à revenir faute de moyens, notamment pour faire face à la hausse des prix des loyers.

A la peur s’ajoute le froid glacial, et l’absence de capacités de chauffage 

L’Ukraine traverse l’hiver le plus froid depuis le début de l’invasion en 2022 : depuis plusieurs semaines, les températures sont négatives, et ont avoisiné parfois les -20°C.  

Or, chaque centrale électrique du pays a été endommagée à un moment ou à un autre du conflit. Privées d’électricité et d’eau, des millions de personnes peinent à se chauffer par des températures glaciales, que ce soit dans des logements endommagés ou depuis des abris anti-bombardements.  

Chute de l’aide humanitaire : des projets vitaux vont devoir être arrêtés 

En 2025, les financements humanitaires ont fortement diminué — passant de 88 % de couverture des besoins en 2022 à tout juste 56 %. 

« La diminution des financements signifie que des projets vitaux doivent être arrêtés. À un moment où les besoins restent immenses et de plus en plus complexes, cela signifie que davantage de familles sont laissées sans soutien. Nous savons que lorsque les personnes fuient pour se mettre en sécurité, l’aide d’urgence seule ne suffit pas — elles ont besoin d’un accompagnement durable pour retrouver une stabilité, reconstruire leur vie et, à terme, se relever par elles-mêmes. »

Adéa Guillot, porte-parole de CARE France.

Les femmes et les filles sont particulièrement touchées par le conflit. Beaucoup ont subi des violences, notamment sexuelles, et ont besoin d’un accès aux soins, à la justice, de la protection de leurs droits et de l’assurance que les violations ne resteront pas impunies. 

“Cela exige des institutions solides et des mécanismes efficaces centrés sur les survivantes — un objectif vers lequel nous continuons de travailler »

Yaryna Voloshyn, de l’association ukrainienne des femmes juristes JurFem, partenaire de CARE.

Alors que les besoins humanitaires augmentent et que les ressources diminuent, l’écart se creuse dangereusement. Sans engagement international durable, davantage de familles seront privées de protection, d’assistance et des moyens de reconstruire leur vie

En vertu du droit international humanitaire, les populations civiles et les infrastructures civiles doivent être protégées en toutes circonstances. La normalisation des atteintes aux civils est inacceptable. 

Notes aux éditeurs

En février, CARE Ukraine a publié les résultats d’une évaluation multisectorielle des besoins. 

Parmi les principaux constats : 

  • 62 % des personnes interrogées identifient le manque d’abris anti-bombes comme l’un des principaux risques en matière de sécurité, tandis que 69 % déclarent rester chez elles et limiter leurs déplacements comme principale stratégie d’adaptation pour gérer les préoccupations liées à la sécurité. 
  • 47 % des personnes interrogées indiquent que le coût des médicaments et des services médicaux est trop élevé, tandis que 24 % supplémentaires citent la disponibilité limitée des médicaments et du personnel de santé ou les longues distances jusqu’aux structures de santé comme principaux obstacles à l’accès aux soins. 
  • 79 % des foyers sont dirigés par des femmes, ce qui met en évidence la charge émotionnelle et de soins disproportionnée assumée par les femmes après quatre années de guerre. 

CARE EN UKRAINE

Depuis 2022, l’association CARE et ses 12 partenaires locaux ont apporté une aide à 1,5 million de personnes :  

  • Distribution de nourriture, d’eau, de kits d’hygiène et de produits de première nécessité (fourniture de chauffages d’appoint, de couvertures, de vêtements chauds et de combustibles). 
  • Soutien psychologique pour accompagner les victimes de traumatismes. 
  • Accès aux soins médicaux : équipes mobiles, matériel médical, médicaments, soins de santé sexuelle et reproductive. 
  • Aide spécifique aux femmes, qui sont les premières impactées pas les crises humanitaires : lutte contre les violences, insertion professionnelle.