Les expertes de l’ONG CARE France commentent cette nouvelle journée des négociations entre ministres. Au programme : droits humains ? Vous avez dit droits humains ? ; les pertes et dommages : les pays dévoilent officiellement leur ligne rouge ; limitation du réchauffement climatique : nous sommes à 20 mois du point de non-retour.
Droits humains ? Vous avez dit droits humains ?
Par Fanny Petitbon,
responsable Plaidoyer
La question de la place des droits humains dans
l’accord reste floue à moins de 15h de la sortie de la première version
officielle du texte. Rien n’a encore été annoncé concernant le processus de
discussion de l’article 2, qui définit l’objectif de l’accord. L’enjeu est de
confirmer, dans cet article, la mention du respect des droits humains, de
l’égalité de genre et la pleine et entière participation des femmes, de la
sécurité alimentaire, de la transition juste et le travail décent, de la
résilience et l’intégrité des écosystèmes, de l’équité entre générations, des
droits des peuples autochtones.
Quand les ministres pensent-ils avoir le temps de
négocier cet article ? Plus les discussions tardent, plus il y a de risques que
la question soit éludée et cette mention retirée.
Les discussions sur le préambule ont débuté
ce soir. Si la mention des droits humains est confirmée dans ce texte, nous
craignons que les Etats se contentent de cette seule référence. Or, la portée de l’article 2 est
plus forte. Chapeau de la partie opérationnelle de l’accord, son contenu
s’applique aux articles suivants, dont celui sur la réduction des émissions de
gaz à effet de serre et celui sur l’adaptation.
Lors d’un entretien avec L.Fabius cet après-midi, les
ONG internationales ont de nouveau demandé à la présidence française de créer
un espace de dialogue sur l’article 2. Nous le rappelons, le temps nous est
compté.
Les Etats ne peuvent pas se contenter d’une approche
purement environnementaliste. Ils doivent garantir que les actions de
protection de l’environnement n’aient pas de conséquences négatives sur les
populations. Aujourd’hui, nous observons des déplacements forcés provoqués par
la construction de certains barrages hydroélectriques. La mise en place de
forêts protégées peut aussi priver certaines populations de leur accès à des
ressources en eau ou nourriture. A l’ouverture de la COP, le président Hollande
avait appelé les Etats à agir au nom de la justice climatique. La base serait
que toute action de lutte contre le changement climatique respecte les droits
humains.
Les pertes et dommages : les pays dévoilent officiellement leur ligne
rouge
Par Aurélie Ceinos, responsable
Climat
Aujourd’hui, les Etats-Unis, le Canada, la Suisse, la
Nouvelle-Zélande, la Norvège et l’Union européenne ont annoncé clairement
qu’ils ne voulaient pas de mention de « compensation » ou « responsabilité »
dans l’article sur les pertes et dommages. Certains souhaitent même aller plus
loin en supprimant les références implicites à ces notions ou en demandant une
exclusion explicite des compensations. C’est pourtant une des lignes rouges des
pays en développement. Tout l’enjeu des prochaines heures sera donc de trouver
un compromis.
Les Etats développés craignent les obligations
juridiques et financières qu’entraînerait la reconnaissance des pertes et
dommages. Ils ne veulent pas aboutir à un accord qui équivaudrait à signer un
chèque en blanc pour compenser les dégâts causés par les catastrophes
climatiques.
Un autre risque serait que la partie sur les pertes et
dommages soit finalement intégrée dans l’article sur l’adaptation. Le
Bangladesh et la Chine se sont aujourd’hui clairement opposés à cette
option qui minimiserait la portée de cette question. Les Etats doivent
reconnaître que les pertes et dommages sont un des piliers de la lutte contre
le changement climatique. Mitigation, adaptation, pertes et dommages font
partie de la même équation.
Limitation du réchauffement climatique : nous sommes à 20 mois du point
de non-retour
Par Aurélie Ceinos,
responsable Climat
Malgré la pression conjointe des pays les
plus vulnérables et de la société civile, cette journée ne nous a apporté
aucune assurance sur la possibilité d’atteindre un consensus sur une limitation
du réchauffement climatique à 1,5°C. Un groupe de pays bloque toujours
l’avancée des discussions.
Cette limite doit être acceptée dès demain
pour s’attaquer au fond du problème : les moyens pour limiter le réchauffement
climatique. Le mécanisme de revue des contributions à la hausse tous les 5 ans,
qui démarrerait avant 2020, n’a toujours pas été confirmé. Faut-il rappeler
encore une fois aux pays que nous ne pouvons pas rester sous les 1,5°C sans
sortir des énergies fossiles d’ici 2050 ?
Alors que nous nous rapprochons de la fin
des négociations, l’ambition annoncée par les Chefs d’Etats à l’ouverture de la
COP peine à se concrétiser.
Les Etats doivent s’engager dès maintenant
pour limiter les impacts des dérèglements climatiques. A Copenhague, les
scientifiques déterminaient un point de non-retour entre 2017 et 2020. Nous
sommes désormais à 80 mois des 100 qu’ils avaient annoncés comme échéance pour
réduire drastiquement les émissions mondiales. Les Etats ont eu 6 ans pour se
préparer. Il faut maintenant agir.
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A propos de CARE :
CARE
est un réseau humanitaire international crée il y 70 ans. CARE s’attaque aux causes
profondes de l’extrême pauvreté et aux conséquences du changement climatique,
dans des situations d’urgence ou de développement à long terme. En 2014, CARE
était présent dans 90 pays.
- CARE soutient les populations affectées par des chocs climatiques ponctuels (tempêtes, inondations) ou de long terme (variabilité des saisons et des précipitations).
- CARE met également en place des programmes d’adaptation : soutien agricole aux communautés péruviennes qui souffrent de la disparition des glaciers ; mise en place de réseaux d’accès à l’eau en Inde ; projets de plantation de mangroves et de restauration de systèmes de défense côtiers dans certaines régions d’Indonésie, de Thaïlande et du Vietnam.
- CARE participe aux négociations internationales sur le climat.