Un pays sur quatre faisait déjà état d’un recul des droits des femmes en 2024 (1). En Afghanistan, États-Unis, Iran, Pologne : le droit à disposer de son corps est contesté, les libertés sont restreintes, les violences augmentent. On parle de baklash, de recul des droits des femmes. En plus de ces politiques conservatrices, les conflits armés et le changement climatique aggravent encore les inégalités sexistes. Car quand tout vacille, ce sont presque toujours les femmes et les filles qui paient le prix le plus lourd.
Et pourtant. Partout dans le monde, des femmes s’organisent, se regroupent, agissent. Depuis plus de 80 ans, CARE lutte contre les injustices et défend les droits des femmes. Le combat de ces femmes, notre combat commun montrent une chose essentielle : l’action collective fonctionne. Voici cinq histoires fortes, cinq exemples soutenus par CARE au cours de ces dernières années.
Fernanda en Équateur : abusée à 12 ans par son employeur, elle crée un syndicat
À 12 ans, Fernanda commence à travailler comme employée de maison.
“La nuit, mon employeur se faufilait dans ma chambre. Plus tard, un autre se masturbait devant moi. Je ne savais pas si je devais faire semblant de dormir ou lui montrer que j'étais réveillée ? Quelle était la meilleure façon d'éviter ça ?”
Exploitée, agressée sexuellement, elle ne pensait avoir aucun recours. Elle a même pensé au suicide. “J’ai été sauvée en découvrant une association de travailleuses domestiques.” Ensemble, elles comprennent que ce qu’elles subissent est une injustice. “Je voulais encore plus d’actions, plus de résultats, alors avec 100 femmes j’ai créé ma propre association.” Aujourd’hui, c’est devenu un syndicat national est soutenu par CARE à travers des formations et un appui technique.
Le combat de Fernanda contribue à des avancées majeures : en 2013, l’Équateur ratifie la Convention 189 de l’OIT, reconnaissant enfin des droits aux travailleuses domestiques.
“Il reste beaucoup à faire pour que les lois soient pleinement respectées, mais notre voix collective a rappelé aux politiques que 300 000 travailleuses domestiques vivent et travaillent en Équateur, que cela représente beaucoup de votes, que nous comptons.”
Quand les femmes s’unissent, même les femmes les plus invisibilisés deviennent visibles.
Amal en Syrie : employée des femmes seules et briser les barrières sexistes
“On m’a dit que ce travail était réservé aux hommes. Que ma place était à la maison. Je n’ai pas écouté.”
Amal a dû quitter l’école à 14 ans car ses parents n’avaient pas assez d’argent pour sa scolarité. “J’étais la meilleure élève du village, j’aimais apprendre.” Adulte, elle a voulu reprendre ses études mais la guerre est arrivée. Alors elle cherche une autre voie pour continuer d’apprendre, d’agir. Dans une société patriarcale et un pays en conflit, une femme cheffe d’entreprise semblait impossible.
Avec le soutien de CARE, Amal a reçu une aide financière et a lancé son exploitation agricole. Aujourd’hui, elle emploie 15 femmes – veuves, divorcées, célibataires, isolées. “Certaines sont arrivées brisées. Aujourd’hui, elles se tiennent debout et sont indépendantes.”
Ensemble, elles produisent une alimentation locale, moins chère dans une région qui a vécu plusieurs périodes de siège armé et d’instabilité.
Et grâce à elles, le regard de leur communauté a changé sur ces femmes qui travaillent.
Sheshmati au Népal : dire non aux mariages forcés.
Au Népal, 1,3 million de filles ont été mariées avant 15 ans (2).
“Certaines de mes amies sont mariées à 10 ou 12 ans. Quand elles tombent enceintes si jeunes, ça met leur santé et vie en danger.”
Sheshmati, adolescente engagée, se bat contre cette pratique qui perdure malgré son interdiction par la loi.
Avec d’autres adolescentes et le soutien de CARE, Sheshmati crée un Forum des droits des filles. Elles sensibilisent les familles, collaborent avec les autorités locales, alertent les écoles, empêchent des mariages. Ce n’est pas toujours facile : “Les parents qui veulent marier leur fille font parfois pression, ils se plaignent de nous à notre famille, à notre école, menace notre éducation.” Et elles ne gagnent pas toujours. Mais elles persistent. “’Chaque échec a renforcé ma détermination.”
Avec d’autres filles, elle anime un Forum des droits des filles, soutenu par CARE. Ensemble, elles sensibilisent les familles, alertent les autorités et empêchent des mariages forcés. En 2022, leur mobilisation aboutit à une victoire historique : plusieurs municipalités votent, pour la première fois, un budget public dédié aux droits des adolescentes.
“Nous devons connaître nos droits, rester concentrées et continuer à avancer. À tout prix.”
Même jeunes, les filles peuvent faire évoluer les pratiques sexistes.
Ana, Cecilia... en Équateur : les femmes résistent contre le changement climatique dans une région oubliée de tous
Au pied du volcan Chimborazo, dans les Andes, le climat est devenu imprévisible : sécheresses, gel, pluies violentes. Et les récoltes agricoles en souffrent, sont détruites. “Quand la terre ne donne plus, c’est sur les épaules des femmes que cela retombe. Les hommes partent chercher du travail ailleurs. Nous, nous restons.”
Ana, Cecilia et Fabiola ne renoncent pas, elles s’organisent. Avec CARE, elles relancent la culture de variétés ancestrales de pommes de terre, plus résistantes aux dérèglements climatiques et plus nourrissantes. Elles utilisent des pratiques d’agroécologie durables, respectueuses de l’environnement et de la santé. Et elles transmettent ce savoir aux autres agricultrices et agriculteurs.
“Avant, les femmes ne parlaient pas en public. Aujourd’hui, nous dirigeons les réunions communautaires. Nous menons les mingas, ces travaux collectifs où tout le village s’unit. Aujourd’hui, il y a des femmes dirigeantes, des femmes professionnelles.”
Aujourd’hui, elles partagent leurs savoirs, protègent les sols et transmettent ces connaissances.
Kahsa en Éthiopie : les femmes se relaient pour sauver des mères et se faire entendre
“Quand une femme accouche, il n’y a pas d’ambulance. Alors avec d’autres femmes, je cours. Je prends deux longs bâtons en bois, ceux qui servaient autrefois à transporter des sacs d’engrais. Je les attache avec de vieux tissus. C’est sur cette civière improvisée que nous transportons les femmes enceintes jusqu’à la clinique. À pied. Il faut environ trente minutes.”
Avant le conflit qui a frappé notre région, presque toutes les femmes recevaient un suivi médical pendant leur grossesse, et la majorité accouchaient avec du personnel qualifié. Dans le Tigray, région d’Éthiopie, à cause de la guerre, seuls 3 % des établissements de santé du Tigré sont pleinement opérationnels (3). Les ambulances ont disparu. Alors Kahsa, 34 ans, mère de trois enfants, agit car elle connait l’importance de recevoir des soins médicaux. “Mon premier enfant est né à la maison. Je saignais beaucoup et ne pouvais pas me lever pendant des jours. Mon second est né dans une clinique. J’ai eu une opération d’urgence. Cela nous a sauvés, lui et moi.”
Aujourd’hui, avec 25 autres femmes de son village, elles ont créé un groupe soutenu par CARE pour agir. Elles s’accordent sur les mesures à prendre contre les violences faites aux femmes, le soutien à apporter aux femmes qui lancent leurs entreprises. “Avant, nous n’étions pas représentées dans la société. Nos maris étaient les chefs. Aujourd’hui, nous participons aux prises de décision, nous nous exprimons haut et fort.”
Face aux attaques contre les droits des femmes, la force du collectif
Ces cinq histoires sont différentes. Les contextes, les atteintes aux droits des femmes et les combats ne sont pas les mêmes. Mais un point les relie toutes : aucune de ces femmes n’est restée seule.
Le 8 mars nous rappelle une chose essentielle : les droits des femmes ne sont jamais acquis.
Face au backlash mondial contre les droits des femmes, l’action collective reste l’arme la plus puissante : se regrouper, se former, revendiquer, transformer l’indignation et la peur en changement durable.
Sources : (1) ONU Femmes, 2025 ; (2) UNICEF, 2019 ; (3) Médecins Sans Frontières, 2022
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