Sudhakar, 40 ans, travaille pour CARE au cœur de l’Inde. Agent
de terrain pour le projet Where The Rain Falls, il se rend dans les villages
reculés à la rencontre des minorités ethniques. Il aide ces populations d’agriculteurs,
souvent très pauvres, à s’adapter au changement climatique.

d'agricultrices dans le village de Pirei, en Inde
5h30 – Je me réveille
tôt, cela me laisse le temps de me préparer et de méditer. J’appelle ensuite ma
femme et mes enfants qui vivent à 15 heures de transport d’ici, ça me fait du
bien d’entendre leurs voix. C’est ma façon de préparer mon esprit et mon corps
pour une journée bien remplie.
6h30 – Je me coordonne
avec mes équipes et nos partenaires locaux pour organiser ma journée de
travail qui débute. Je lis les travaux de nos experts techniques sur les
techniques agroécologiques, la mobilisation communautaire, etc… Cela me donne
de nouvelles idées sur la façon d’accomplir mon travail.
9h30 – La journée sera
longue, j’ai mangé un bon repas ce matin car je sais que je n’aurai probablement
pas le temps de manger avant ce soir. J’enfourche ma petite moto, équipé de mon
imperméable, indispensable en saison des pluies. J’ai 40 km à parcourir pour me
rendre au village de Jabla afin de coordonner une réunion du comité de
développement du village, mis en place avec l’aide de CARE. Les villageois
discutent ensemble de leurs problèmes, de leurs besoins et essayent
d’identifier des solutions durables en mettant à profit les connaissances et
ressources de chacun.
Les plus anciens parlent des tendances
et des événements climatiques passés. Les
plus instruits peuvent rédiger une note pour solliciter des subventions du
gouvernement local. Ceux qui peuvent investissent dans de nouvelles variétés de
riz, écologiques et plus résistantes aux chocs climatiques. Mon rôle est
d’organiser et de faciliter les échanges, mais aussi de fournir des
informations ou des connaissances techniques qui peuvent les aider à prendre
des décisions. C’est ce que nous appelons l’adaptation communautaire : donner
aux gens la capacité de s’aider eux-mêmes.
11h00 – J’arrive enfin au village de Jabla ! J’ai dû rouler très lentement, car les routes non goudronnées sont devenues boueuses et glissantes à cause de la pluie tombée durant la nuit. Je salue le chef du village et je rejoins Sureshram, coordinateur d’une association locale partenaire du projet, qui m’aidera à animer la réunion. Sureshram a grandi dans un des hameaux du village et connaît tout le monde ici.

centre à gauche), pendant le comité de développement du village de Jabla.
Onze villageois, dont six femmes,
participent à la réunion aujourd’hui. Ensemble, nous passons en revue et
classons par ordre de priorité le plan d’action élaboré le mois dernier : creuser
un étang, démarrer une petite entreprise de pêche, organiser une séance de
partage des connaissances sur la préparation et l’utilisation des engrais
organiques, réaliser un audit sur l’eau du village pour économiser cette
ressource, mettre sur pied une banque de semences communautaires, etc.
« Dans notre village, alors que les femmes travaillent dans les champs,
tout comme les hommes, elles sont
généralement laissées à l’écart des décisions. Les choses ont changé pour moi
depuis que j’ai rejoint le comité de développement du village. J’ai le
sentiment d’avoir enfin mon mot à dire sur mon destin et celui de ma communauté », déclare Manju Kujur, membre du comité de
développement du village.
13h00 – La réunion est terminée, je
remonte sur ma moto. Pas de pause déjeuner pour moi aujourd’hui, car j’ai
rendez-vous avec le ministère de l’Agriculture. Nous devons discuter de la
façon dont le gouvernement peut aider les communautés. Ensemble, nous prévoyons
d’organiser une foire aux semences pour que les agriculteurs aient accès à plus
de variétés adaptées à la région et plus résistantes aux phénomènes climatiques
extrêmes.
17h00 – J’arrive à la maison. Après un diner
rapide, il est temps d’organiser les notes prises dans la journée et d’appeler
le chef de projet pour débriefer.
21h00 – Je suis fatigué de cette longue journée,
mais j’ai du mal à cesser de penser à toutes les personnes rencontrées
aujourd’hui, et comment je pourrais mieux les aider. J’adore mon travail et chaque
jour je suis étonné par l’incroyable résilience des populations et leur joie de
vivre même dans les moments difficiles.
Where The Rain Falls
CARE
a mis en place plusieurs projets d’adaptation au changement climatique en Inde,
Thaïlande, Tanzanie, Bangladesh et Pérou, suite à une étude réalisée en partenariat
avec l’Université des Nations unies en 2011. L’étude indiquait que les populations les plus
vulnérables, dépendant de l’agriculture et n’ayant pas accès à l’éducation,
n’ont aucune option pour s’adapter aux variations de précipitations.