Près de 8 ans après le début du conflit syrien, le Liban est le pays qui accueille le plus de nombre le plus élevé de réfugié.es proportionnellement à sa population: une personne sur cinq est un réfugié syrien. Dans son nouveau rapport, CARE met en évidence les solutions à développer au Liban afin d’améliorer le développement économique et la stabilité sociale du pays, en impliquant réfugiés syriens et communautés-hôtes libanaises.

Bâtir des ponts entre les
communautés
Les communautés syrienne et
libanaise cohabitent au quotidien – dans les commerces, sur les marchés, dans
la rue – et pourtant, dans la majorité des cas, cela reste des interactions
« en surface » qui renforcent les clichés et maintiennent un dangereux
fossé. En revanche, quand les deux
communautés ont l’opportunité d’apprendre à se connaître, de partager leurs
préoccupations du quotidien et de trouver des solutions ensemble, les tensions s’apaisent
et des relations plus durables se créent. Souligner ce qui les rassemble porte
ses fruits, comme CARE a pu le constater dans le cadre de son projet avec des
pères syriens, libanais et irakiens sur la paternité positive.
« C’était un endroit pour moi et les autres pour
partager nos opinions et nos combats. Ecouter les témoignages d’autres pères m’a
donné des pistes sur comment rebondir si je me retrouve dans la même situation.
La vie est une grande leçon ! » Kamal, 40 ans, père libanais de
deux filles et participant du projet.
A Tripoli dans le Nord du pays,
l’approche « voisinage » a
elle aussi contribué à un rapprochement des communautés. Le principe est simple :
CARE et l’association partenaire Akkarouna se rendent dans un quartier et en collaboration
avec les habitants qu’ils soient réfugiés ou libanais et effectuent un diagnostic
conjoint des conditions de vie (état du logement, accès à l’eau potable et à
des toilettes protégeant l’intimité, revenus et sécurité des personnes).
Les foyers syriens et libanais les
plus vulnérables ont bénéficié de travaux de rénovation de leur logement, ont
été raccordés aux services d’approvisionnement en eau potable mais aussi
d’aménagement et de sécurisation d’espaces publics (aires de jeu, placettes
avec des bancs, installation de poteaux luminaires alimentés par panneaux
solaires). 4 ans après le lancement du projet, les membres des comités de
protection communautaires- femmes et hommes, syriens et libanais, jeunes ou
plus âgés- échangent et travaillent en bonne intelligence, et font valoir les
droits des habitant.es du quartier. Certains d’entre eux ont même été élus à
des fonctions municipales.
Miser sur les secteurs créateurs d’emplois et le micro-entrepreneuriat
La liste des obstacles auxquels
sont confrontés les réfugiés syriens pour obtenir un travail salarié est longue :
difficultés d’obtention d’un titre de séjour, identification d’un sponsor
libanais qui soutienne leur demande, champ d’activité réduit à trois secteurs (la
construction, l’agriculture et les services de nettoyage et de collecte de
déchets). Au total, seul 0,5% des réfugiés en âge de travailler ont un permis
de travail libanais. Mais en pratique, les réfugiés syriens sont actifs dans
une plus grande variété de secteurs, pour améliorer leurs revenus et ceux de
leurs familles.
Comment favoriser leur meilleure
intégration sur le marché du travail libanais tout en limitant la compétition
avec la population libanaise ? Pour CARE, il est essentiel de réaliser des études de marché pour
identifier les secteurs avec le plus de potentiel de création d’emplois (transformation
de produits agricoles, tourisme, les services à la personne, collecte et mise
en valeur des déchets) et les besoins en
compétence, comme cela a été fait dans le projet LEADERS. Cela permet de
développer des offres de formation professionnelle adaptées mais il faut aller
plus loin, par exemple en créant une ligne téléphonique d’assistance, comme
cela a été fait par une association locale à Akkar, qui met en lien employeurs
potentiels et personnes formées.
Favoriser l’auto-entreprenariat des réfugiés syriens offre des
opportunités intéressantes à la fois en termes de développement économique mais
aussi de lien social entre les communautés. Souvent, c’est la mise initiale
d’investissement qui leur fait défaut et un coup de pouce peut faire la
différence, comme l’a indiqué l’ONG locale Makhzoumi :
« Une ONG a accordé des subventions à
des entrepreneurs avec pour condition qu’un libanais et un syrien feraient
équipe pour développer un plan d’affaires. Ainsi, deux pêcheurs libanais et
syrien ont reçu de l’argent pour acheter un bateau ensemble, et 5 ans après le
début du projet, ils travaillent toujours ensemble. »
En savoir plus
– Le rapport (en
anglais) avec la liste complète des recommandations est disponible sur le site
de CARE France : “Syrian Refugees in Lebanon, Eight
Years on: What Works and Why that Matters for the Future”.
– Ce rapport est le fruit d’un travail
conjoint entre le bureau-pays, CARE France et le bureau bruxellois du
Secrétariat de CARE International, avec l’appui de l’équipe régionale de CARE
travaillant sur la crise syrienne.
– Il résulte d’une mission de 10
jours réalisée en mai et juin 2018 dans les localités de Tripoli, Akkar et
Beyrouth, complétée par une recherche documentaire. Les femmes et les hommes
interviewées dans le cadre de cette recherche sont d’origine et de milieux très
variés : personnes réfugiées syriennes, communautés-hôtes libanaises,
maires, ONG locales et internationales, entreprises, bailleurs de fonds et
agences onusiennes.