71 ONG alertent contre l’aggravation de la crise au Myanmar et appellent
à un retour volontaire et en toute sécurité des personnes aujourd’hui exilées
au Bangladesh
Un million de réfugiés Rohingyas
Deux ans après que les atrocités de masse perpétrées au Myanmar aient
forcé plus de 740 000 personnes à fuir, le gouvernement et la population du
Bangladesh continuent d’accueillir près d’un million de réfugiés rohingyas.
Alors que les agences des Nations Unies et plus de 130 ONG locales, nationales
et internationales continuent d’aider le gouvernement du Bangladesh à fournir
une assistance vitale, les personnes réfugiées ont besoin de beaucoup plus
qu’un soutien de base pour leur survie : ils ont besoin de leurs droits, de leur
sécurité et de leur dignité. Beaucoup aspirent à rentrer mais craignent de
nouvelles violences et la persécution chez eux.
Les personnes réfugiées déclarent s’être senties effrayées et inquiètes
à la suite de récents rapports faisant état d’un possible rapatriement accéléré
au Myanmar. Elles veulent être impliquées dans toutes les discussions et
décisions qui affectent leur vie. Les niveaux actuels d’engagement ne leur
donnent pas le droit de prendre des décisions éclairées concernant leur avenir,
y compris le retour volontaire.

Détérioration des conditions dans l'État de Rakhine (Myanmar)
Au Myanmar, les
politiques discriminatoires affectent toujours les communautés rohingyas de
l’État de Rakhine et ces dernières continuent à faire face à de sévères
restrictions de mouvements, ainsi qu’à un accès limité à l’éducation, aux soins
de santé et aux moyens de subsistance. Quelques 128 000 personnes déplacées
Rohingyas et autres communautés musulmanes sont restées bloquées dans des camps
confinés dans le centre de l’État de Rakhine depuis 2012, sans pouvoir rentrer
chez elles.
Depuis avril 2017, le
gouvernement du Myanmar a mis en place les mesures initiales pour une prochaine
«fermeture» de certains de ces camps de personnes déplacées dans l’État de
Rakhine. De nouvelles structures ont été construites sur ou à proximité des
sites existants, mais aucun progrès significatif en matière de liberté de
circulation ou de respect des droits de l’homme n’a été enregistré. Les
consultations avec les communautés déplacées sont limitées et ces dernières ne
peuvent toujours pas retourner dans leurs communautés d’origine ou dans un
autre lieu de leur choix.
Aussi, comme le révèle un rapport récent de l’Australian Strategic Policy Institute, non seulement les
préparatifs de retour ont été minimes, mais les autorités continuent de raser
les villages rohingyas pour faire de la place pour des bases militaires et
d’éventuels camps de rapatriement. La recrudescence récente de la violence a
aggravé la situation humanitaire déjà précaire dans le centre et le nord de
l’État de Rakhine.
En quête de dignité dans le district de Cox’s Bazar Bangladesh
Au cours des
deux dernières années, les personnes réfugiées rohingyas sont restées dépendantes
de l’aide humanitaire dans les camps de Cox’s Bazar. Malgré les efforts
collectifs de la communauté humanitaire, sous la direction du gouvernement du
Bangladesh, qui ont permis d’améliorer les conditions de vie dans les camps,
celles-ci demeurent difficiles, tout particulièrement pour les femmes et les
filles exposées à des violences et une grande insécurité. Les personnes
handicapées et atteintes de graves problèmes de santé rencontrent des
difficultés pour accéder aux services essentiels. La diminution des fonds restreignent l’accès des
réfugiés à l’éducation et à des moyens de subsistance.
Le gouvernement du Bangladesh et les habitants
de Teknaf et d’Ukhiya Upazilas à Cox’s Bazar ont été les premiers à intervenir
lorsque des réfugiés sont arrivés au Bangladesh en août 2017. Aujourd’hui,
environ 500 000 Bangladais, vivant à proximité des camps, continuent de subir
l’impact socio-économique et environnemental lié à cet afflux, au milieu des
tensions croissantes avec les réfugiés à propos de l’impact sur les ressources
de la zone et de l’accès aux services de base, toujours limité.
La communauté internationale doit réagir et se
tenir aux côtés du Bangladesh pour apporter une réponse permettant d’améliorer
les conditions de vie des réfugiés et aux communautés d’accueil de vivre dans
la dignité.
En réponse à la crise actuelle, nous, organisations
nationales et internationales au Bangladesh et au Myanmar, restons déterminées
à fournir une assistance et à protéger les droits des réfugiés, des apatrides,
des personnes déplacées et des communautés hôtes, jusqu’à ce que des solutions
appropriées, pour un rapatriement sûr et volontaire, soient trouvées pour un
retour/déplacement à l’intérieur et à l’extérieur du Myanmar.
Nous exhortons toutes les parties à:
- Assurer une participation significative des Rohingyas
aux processus de décision concernant leur avenir : Compte tenu des discussions en cours visant à accélérer les retours,
les Gouvernements du Myanmar et du Bangladesh doivent engager de manière
significative les Rohingyas dans toutes les discussions et décisions concernant
leur avenir. - Respecter les droits fondamentaux des Rohingyas au Myanmar
: le gouvernement du Myanmar doit s’attaquer
aux causes profondes de la crise dans l’État de Rakhine en créant les
conditions nécessaires pour mettre fin au déplacement des Rohingyas. Nous
exhortons la communauté internationale à soutenir ces efforts, notamment en
adoptant une résolution du Conseil de sécurité des Nations Unies condamnant les
violences passées et présentes au Myanmar et appelant le gouvernement du
Myanmar à garantir le plein respect des droits de l’homme. - Soutenir l’accès inclusif des Rohingyas à l’éducation,
aux moyens d’existence et à la protection : nous exhortons les deux gouvernements à réduire la vulnérabilité des
communautés Rohingya et communités hôtes en renforçant les systèmes de
protection et l’accès à la justice pour tous. Nous appelons la communauté
internationale à financer intégralement le plan d’intervention conjoint pour la crise humanitaire
des Rohingya de 2019 et le plan d’intervention humanitaire du Myanmar pour
2019 afin d’assurer des
services ininterrompus et essentiels à la vie des personnes déplacées, des réfugiés
et des communautés hôtes. - Identifier des solutions à moyen / long terme: nous appelons la communauté internationale à
identifier des solutions appropriées au déplacement des Rohingya au Myanmar ainsi
qu’à l’extérieur du pays, tout en continuant à soutenir le gouvernement du
Bangladesh, en mettant progressivement en œuvre les engagements du « Pacte mondial sur les réfugiés » en matière d’autonomie et de partage des responsabilités.
Les 71 organisations signataires
ACTED ; Action Against Hunger (ACF) ; ActionAid Bangladesh ; ADRA Bangladesh ; APCD ; Arts for Action & The Just Acts Consortium ; Asian Dignity Initiative ; CARE ; Caritas Bangladesh ; Catholic Relief Services (CRS) ; CBM ; CEHRDF ; Center for Natural Resource Studies (CNRS) ; Centre for Disability in Development (CDD) ; CDN/Zoa ; Christian Aid ; Center for Social Integrity (CSI) ; Community Partners International (CPI) ; DISA Bangladesh ; Danish Refugee Council (DRC); EDUCO ; Gonoshasthaya Kendra (GK) ; Good Neighbors Bangladesh ; HELVETAS Swiss Intercooperation ; HOPE Foundation ; HumaniTerra International (HTI) ; ICCO Cooperation ; International Rescue Committee (IRC) ; ISDE Bangladesh ; MAF Bangladesh ; Medair ; Médecins du Monde ; Mercy Corps ; MOAS ; Norwegian Church Aid (NCA) ; Norwegian Refugee Council ; Peace Winds Japan ; Prantic Unnayan Society ; RDRS ; RISDA Bangladesh ; Safer World; SARPV ; Save the Children ; SHED Bangladesh ; Solidarités International ; Terre des Hommes (TdH); Lutheran World Federation (LWF); United Purpose; Unite Theatre for Social Action (UTSA); Voluntary Service Overseas (VSO); Welthungerhilfe (WHH); World Concern; Young Power in Social Action (YPSA)