Quelle est la situation humanitaire au Soudan ?
"Nous ne nous demandons plus ce que nous allons manger, mais qui va manger le peu que nous trouvons."
Une femme au Darfour du Nord
Dans certaines régions du Soudan, la famine est déjà une réalité. Et elle continue de s’étendre. Aujourd’hui, 28,9 millions de personnes souffrent de la faim dans le pays, soit plus d’une personne sur deux (1).
Dans les deux régions les plus durement touchées par le conflit – le Darfour du Nord et le Kordofan du Sud –, les familles sont contraintes de sauter des repas pendant plusieurs jours, réduire drastiquement les portions de nourriture, choisir qui va manger, et trop souvent consommer des feuilles d’arbres, des coquilles de cacahuètes ou d’autres aliments non comestibles.
Dans cette crise, les familles dirigées par des femmes sont particulièrement touchées : elles sont trois fois plus exposées à l’insécurité alimentaire.
Pourquoi cette crise alimentaire de grande ampleur ?
"Nous avons semé en sachant que nous risquions d'être tués. Mais ne pas semer, c'était aussi la mort."
Un agriculteur, Kordofan du Sud
Plus de la moitié des 400 agricultrices et agriculteurs interrogés par CARE au Darfour et au Kordofan du Sud en 2025 n’ont pas pu assurer leur récolte en toute sécurité en raison du conflit (2).
Champs détruits, marchés attaqués ou fermés, routes pour y accéder coupées ou contrôlées : toute la chaine alimentaire est devenue dangereuse. « D’autres régions ont de quoi se nourrir, mais les commerçants ne peuvent pas venir jusqu’à nous car les routes ne sont pas sûres », explique une femme au Darfour du Nord.
"Les commerçants ont peur de la route. Ils se font frapper, voler ou extorquer sous la menace d'une arme, alors ils apportent moins de nourriture ou ne viennent plus du tout."
Un commerçant, Kordofan du Sud
La faim est donc directement liée au conflit. La faim est utilisée comme arme de guerre. Les populations et infrastructures civiles – comme les marchés – sont délibérément attaquées, en violation totale du droit international humanitaire (2). Le siège d’El Fasher au Dafour-Nord qui a causé déplacements, faim puis des exactions de masse en est le triste exemple. En 2024, il y a eu une augmentation de 2 040% des attaques contre les villages et les fermes environnantes. Aujourd’hui, d’autres villes sont encerclées, comme Kadugli dans le Kordofan-Sud.
Malgré tout cela, les communautés s’organisent et tentent de maintenir un système alimentaire fragile, comme les 484 marchés qui continuent de fonctionner au Darfour et Kordofan. Et puis il y a des systèmes informels.
"Les gens vendaient de la nourriture en cachette, de porte à porte, car transporter de grandes quantités est trop dangereux."
Un leader communautaire au Darfour du Nord
Mais ces mécanismes s’essoufflent. Les cuisines communautaires, l’un des derniers filets de sécurité, ferment progressivement faute de financements humanitaires internationaux. « Avant, nous cuisinions tous les jours. Maintenant, seulement une à deux fois par semaine quand la nourriture arrive », témoigne un volontaire dans une cuisine communautaire.
Quelles conséquences ?
"Je suis mère. Je laisse mes enfants à la maison. Je sors au milieu des tirs. Je risque ma vie juste pour leur apporter quelque chose à manger."
Une femme déplacée à l’intérieur du pays, Darfour du Nord
Les conséquences de la faim pour les familles soudanaises sont dramatiques :
- Des enfants trop faibles pour se lever
- Des malnutrition aiguë sévère
- Des maladies liées à la faim
Kochoro Moure, agent de santé de CARE dans un centre accueillant les populations réfugiées soudanaises au Soudan du Sud, témoigne : « Depuis des mois, je vois arriver des enfants avec l’estomac vide, des visages silencieux, des corps épuisés. Nous sommes le seul centre de santé en activité dans la région. Il n’y a personne d’autre pour soigner ces gens. »
Quelles solutions ?
Cinq organisations humanitaires – Action contre la Faim (ACF), CARE, l’International Rescue Committee (IRC), Mercy Corps et le Conseil norvégien pour les réfugiés (NRC) – appellent toutes les parties au conflit à mettre immédiatement fin aux actions qui aggravent la famine et violent le droit international humanitaire, notamment les restrictions d’accès à l’aide humanitaire et les attaques visant les civiles et civils. Une action urgente est nécessaire pour protéger le système alimentaire soudanais, garantir la libre circulation des personnes et des marchandises, et soutenir les marchés locaux et la production alimentaire.
Sans une intervention immédiate et soutenue, la crise alimentaire au Soudan continuera de s’aggraver dans les zones touchées par le conflit.
"Tous les matins, les enfants demandaient à manger, mais je n'avais rien. Mon fils a été sauvé dans une clinique de CARE."
Hanan, mère de famille de Kadugli
Face à l’insupportable, des millions de personnes n’ont aujorud’hui pas d’autre choix que de fuir. Hanan, mère de famille, raconte : « Nous devions partir de Kadugli, sinon nous serions morts, soit de faim, soit sous les bombes. Les cinq derniers jours de marche ont été les plus durs. Je pensais que nous allions mourir. Tous les matins, les enfants demandaient à manger, mais je n’avais rien. Je portais ma fille de 2 ans sur le dos et mon fils de 4 ans devant moi. Il ne pouvait plus marcher ni parler. Il a été sauvé de justesse dans une clinique de CARE. »
Comme Hanan, des millions de personnes sont épuisées, sans ressources, et totalement dépendantes de l’aide pour survivre.
Quelle est l’aide apportée par CARE ?
CARE est l’un des plus grands réseaux humanitaires au monde. Depuis 80 ans, nous intervenons dans les pires conflits pour apporter une aide. Face à l’urgence au Soudan, nos équipes et partenaires – des associations soudanaises – sont mobilisées pour :
- soutenir les agricultrices et agriculteurs
- distribuer de la nourriture et de l’eau
- assurer des soins médicaux d’urgence et soigner les personnes souffrant de malnutrition via les 95 centres de santé et les 7 cliniques mobiles que nous soutenons
En 2025, CARE a aidé plus de 2 millions de personnes dans 9 États du Soudan. Mais aujourd’hui, ces programmes sont en danger : des centres de santé risquent de fermer, les stocks alimentaires diminuent.
Plus que jamais, l’aide humanitaire est essentielle pour éviter le pire.
Sources : (1) Food Security Cluster, 2026 ; (2) ACF, CARE, IRC, Mercy Corps, NRC, 2026 ; (3) ONU, 2025
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Grâce à notre fonds dédié aux urgences, CARE peut agir partout dans le monde, comme au Soudan. Nos actions :
- Mobiliser immédiatement nos équipes locales lorsqu’une urgence frappe
- Aider les familles à se relever et redémarrer leur vie : réhabilitation des écoles et des hôpitaux, accompagnement psychosocial, soutien à l’entreprenariat…
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