Les bailleurs et les gouvernements, qui se réuniront mardi
et mercredi prochains pour la conférence de Bruxelles II, doivent saisir
l’opportunité de changer concrètement la vie de millions de Syriens en Syrie
ainsi que dans les pays voisins. CARE et sept ONG exigent le respect de leurs
engagements antérieurs en termes de financements humanitaires et de protection
des civils.

Manque de financements et d’accès pour les acteurs
humanitaires
L’année 2017 est l’une des pires que la Syrie ait connues en
sept ans de guerre, d’autant plus que moins de 20% des besoins humanitaires ont
été financés en 2017. Les ONG alertent aujourd’hui sur le fait qu’elles seront
bientôt incapables de répondre à ces besoins grandissants.
L’accès des populations à l’aide humanitaire a été quasi
systématiquement compromis ou refusé par les parties au conflit causant des
dommages délibérés aux civils et faisant des travailleurs humanitaires des
cibles. En 2017, seulement 47 des 172 demandes de convois de l’ONU (27,3%) ont été
approuvées par le gouvernement syrien, soit une baisse significative par
rapport à 2016 où 117 demandes ont été approuvées sur 258 (45,3%).
« Le
financement de la réponse humanitaire est une question critique. Sans cela
encore plus de vies seront mises en danger. Mais le manque de financement n’est
qu’une partie du problème : le blocage systématique et délibéré de l’aide
en Syrie doit cesser. Les travailleurs humanitaires doivent avoir un accès sans
entrave aux civils. Les humanitaires syriens devraient bénéficier d’un statut
spécial », explique Joelle Bassoul, porte-parole de CARE pour la crise
syrienne.
« Les Syriens
sont confrontés à une violence quotidienne terrifiante. Il est honteux que les
dirigeants politiques se contentent de venir à Bruxelles pour dire » c’est
le mieux que nous puissions faire ». Les associations d’aide humanitaire
syriennes sont composées de civils qui sauvent d’autres civils quotidiennement.
Ce sont des partenaires clés pour toutes les ONG internationales et une bouée
de sauvetage pour leurs communautés. Ils ont besoin de notre soutien »,
explique Arnaud Quemin, directeur de Mercy Corps pour la Syrie.
Les attaques contre les civils se poursuivent
Depuis le début de l’année 2018, les violences et les
attaques qui continuent envers les civils et les infrastructures publiques
comme les écoles et les hôpitaux, ont contraint près de 700 000 Syriens à fuir
dans d’autres régions du pays.
Et c’est dans ce contexte, que des centaines de milliers de
Syriens risquent un retour forcé en Syrie, dans des zones dangereuses où des
combats sont encore en cours, dévastées par la guerre et les bombardements,
sans aucun service de base.
« Les
conséquences de l’utilisation d’armes explosives dans les zones peuplées sont
dévastatrices. Les besoins liés à la rééducation physique, la santé mentale et
les besoins socio-économiques des Syriens sont immenses. Les acteurs du
déminage humanitaire devraient pouvoir intervenir en Syrie afin de permettre
aux communautés de vivre dans la sécurité et la dignité », déclare
Florence Daunis, directrice générale adjointe de Handicap International.
« Pour chaque
Syrien retourné chez lui en 2017, on compte trois nouveaux déplacés par les
violences. Actuellement, la Syrie n’est pas un pays sûr et n’est pas préparée
au retour des réfugiés. Il faut que les États le reconnaissent lors de cette conférence et qu’ils s’engagent en
faveur des droits des réfugiés mais aussi auprès des pays voisins de la Syrie
qui ont déjà tant fait en accueillant 5,6 millions de personnes »,
déclare Mark Schnellbaecher, directeur régional pour le Moyen-Orient chez
International Rescue Committee.
L'absence de protection juridique pour des millions de
Syriens
Dans toute la région, 2,7 millions d’enfants syriens ne sont
pas scolarisés. L’absence de protection juridique pour des millions de Syriens,
à l’intérieur et à l’extérieur du pays, continue d’affaiblir les engagements en
matière d’aide, d’éducation et de création d’emplois.
« Les dernières
données du terrain montrent que, malgré les décisions prisent lors de la
conférence précédente, un enfant syrien sur trois se voit refuser l’accès à
l’éducation. Il est nécessaire de fournir des efforts supplémentaires afin de
concrétiser les engagements politiques et financiers : ceux-ci doivent
être significatifs pour se traduire en changements réels pour les enfants sur
le terrain », déclare Tom Krift, directeur régional de Save the
Children.
« L’un des
problèmes grandissants auquel nous sommes confrontés dans la région est le
nombre de réfugiés syriens sans aucun statut juridique ou papier. Cela les
empêche d’avoir accès aux services d’aide, de santé, à l’éduction ou encore
d’obtenir un emploi. Certes, il y a eu des progrès suite à la première
conférence de Bruxelles, mais ce n’est pas suffisant. Il reste encore beaucoup
à faire. Il faut cesser de parler et passer à l’action », estime Carsten
Hansen, directeur régional du Norwegian Refugee Council.
« Les politiciens font
beaucoup de promesses mais ne se hâtent pas vraiment pour les mettre en œuvre.
La conférence de Bruxelles de l’année dernière avait estimé la réinstallation
des réfugiés les plus vulnérables comme une priorité, or moins de 3% des
réfugiés syriens ont été accueillis dans des pays à revenu élevé. Les
États-Unis ont accueilli seulement 11 réfugiés syriens cette année. Ce n’est
pas acceptable », conclut Martha Lorenzo, directrice régionale
d’Oxfam.
Contacts médias
Nos équipes sur le terrain et à Bruxelles sont disponibles
pour tout commentaire :
- HI :
Melody Lacouture, 04 26 68 76 88 / n.blin@hi.org - CARE : Camille Nozières, 07 86 00 42 75 / nozieres@carefrance.org
- Oxfam : Caroline Prak, 06 31 25 94 74 / cprak@oxfamfrance.org
Notes aux rédactions
- Liste des
ONG signataires : Christian Aid,
CARE International, International Rescue Committee, Norwegian Refugee Council,
Oxfam, Mercy Corps, Handicap International - Le montant des financements nécessaires a été calculé sur la
base des appels de l’ONU pour la réponse en Syrie (plan régional de réfugiés et
de résilience en Syrie, et plan d’intervention humanitaire en Syrie 2018),
accessibles depuis le 18 avril. - Pour plus d’informations sur les recommandations des ONG
pour la conférence de Bruxelles, lire le rapport Des promesses aux actes : Respecter les engagements pour soutenir
l’avenir de la Syrie et de la région : https://reliefweb.int/sites/reliefweb.int/files/resources/Promise%20to%
20Practice_Online.pdf