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Syrie. Une journée avec une sage-femme dans la région d’Alep

Khawla vit dans la région d’Alep. Elle est sage-femme dans l’un des centres de santé soutenus par CARE. Khawla nous raconte son quotidien et dénonce les difficultés d’accès aux soins auxquelles les populations syriennes sont confrontées.

6h30 du matin

Je m’appelle Khawla. J’ai 40 ans. J’habite dans un village dans la
région d’Alep. Le matin, je me lève tôt, vers 6h30. Après m’être habillée, je
prépare le petit-déjeuner pour mon mari et nos enfants qui vont à l’école. Quand
nous avons de l’électricité, je peux m’occuper des tâches ménagères avant
de partir travailler : je fais la lessive et je nettoie la maison.

Vers 7h30, je quitte la maison. Je mets 15 minutes pour me rendre au
centre de santé, dans un village voisin.

8h

Ma journée de travail débute à 8h. Je suis sage-femme depuis 20 ans et
je travaille dans un petit centre de santé. Notre équipe se compose d’un
médecin généraliste, d’un pédiatre, d’une sage-femme et d’une infirmière. Nous devons
faire beaucoup avec peu.

Aujourd’hui, j’ai examiné une femme dans un état grave. Elle souffrait
d’importants saignements suite à des complications chirurgicales. J’ai dû vider
le sang qui se trouvait dans son utérus. Je lui ai donné un traitement et je la
rappellerai dans quelques jours pour m’assurer que tout va bien. 

Normalement,
nous référons les cas les plus compliqués à un hôpital, à 15 kilomètres du centre,
mais certaines personnes ont peur de s’y rendre. Beaucoup de structures de
santé ont été lourdement bombardées. A tel point que certaines femmes préfèrent accoucher chez elles, que de risquer de mourir
dans une attaque contre un hôpital.

11h

A cette heure-ci, le centre est bondé. Nous recevons des femmes de la
région mais aussi beaucoup de femmes déplacées. Plus de la moitié des Syriens
ont été déplacés par les combats au cours de ces six dernières années. Beaucoup
ont perdu leur maison et tous leurs biens.

Quand une patiente arrive, je prends le temps de parler avec elle et de
comprendre comment je peux l’aider. Ce matin, j’ai vu plusieurs patientes qui
souhaitent des moyens de contraceptions. Je distribue des pilules
contraceptives ou je pose des dispositifs intra-utérins. Ce sont mes
interventions les plus courantes.

Nous suivons aussi des femmes enceintes. Beaucoup sont stressées par la
guerre. Parfois, elles n’ont pas accès aux produits d’hygiène de base ou n’ont
pas une alimentation suffisante.
La précarité de leur quotidien multiplie les
risques de complications. Ce ne sont pas de bonnes conditions pour mettre un
enfant au monde. 

13h

Le nombre de patients diminue à partir de 13h car le centre de santé
ferme normalement en début d’après-midi. Mais parfois, nous restons beaucoup
plus tard afin de pouvoir traiter tous les patients qui attendent.

Je vois en moyenne 20 femmes par jour. Comme les autres centres de
santé et hôpitaux en Syrie, nous avons appris à travailler avec peu de
matériels et des coupures de courant régulières. 
Seule la moitié des structures de santé
existant avant le début de la guerre sont totalement opérationnelles.

On manque aussi de personnel. Trop de médecins et infirmiers syriens
ont été tués au cours de ces dernières années. Et la moitié du personnel de santé,
soit plus de 15 000 personnes, ont fui le pays. Dans la partie orientale
d’Alep, par exemple, il ne reste plus qu’un médecin pour 7 000 habitants. En
2010, il y en avait un pour 800 personnes. A cause de cela, de moins en moins
de Syriens ont accès à des soins de santé spécialisés. 

16h

Dans l’après-midi, mes enfants m’aident à m’occuper de la maison et je
prépare le repas du soir. Aujourd’hui, nous avons une salade épicée aux
aubergines. Il y a souvent des coupures électriques. Nous partageons un
générateur avec nos voisins, mais cela ne nous fournit de l’électricité que six
à sept heures par jour.
Nous ne pouvons rien conserver dans le réfrigérateur, c’est
la raison pour laquelle je ne peux pas préparer plusieurs repas à l’avance.
Nous vivons au jour le jour.

18h

Je vérifie aussi les devoirs des enfants. C’est important qu’ils aient
une bonne éducation.

D’ailleurs, moi aussi je suis en train de suivre une nouvelle formation
afin de pouvoir assurer un soutien psychologique à nos patientes. Quand la
connexion internet que nous partageons avec nos voisins est assez bonne, je
peux échanger avec mon formateur sur Whatsapp. 

Je suis contente d’acquérir de
nouvelles compétences et de pouvoir aider mes patientes autrement. C’est
important qu’elles aient quelqu’un à qui se confier, surtout après six ans de
guerre. Les civils restent les premières victimes du conflit. Ces dernières
années ont été marquées par la grande souffrance de la population syrienne. Beaucoup
de nos blessures sont émotionnelles : anxiété, troubles dépressifs,
syndrome de stress post-traumatique.

20h

Quand j’ai un peu de temps libre en fin de journée, je rends visite à
notre famille ou je prends le thé avec mes voisins. 

Mais parfois, je reçois un
appel d’urgence pour une consultation ou un accouchement. Cela me fait toujours
peur car je suis obligée de sortir le soir et de prendre beaucoup de risques à
cause des violences.

22h

Je me couche tôt pour bien débuter la journée du lendemain. Mais souvent,
nous avons du mal à dormir… 

L'action de CARE

CARE et ses partenaires locaux ont fourni une aide humanitaire à plus de 2,5 millions de personnes en Syrie et dans les pays voisins. 

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