28 juin 2017

Yémen : « Nous traitons plus de 150 cas de choléra par jour. »

Au Yémen, les populations affectées par deux ans de guerre et par la menace de la famine sont désormais confrontées à une sévère épidémie de choléra. CARE soutient les populations du gouvernorat d’Hajja, le plus touché par cette maladie. Voici les témoignages de familles totalement démunies face à cette nouvelle crise. 

L'association CARE lutte contre l'épidémie de choléra au Yémen
Au Yémen, les équipes de CARE purifient des sources d'eau pour lutter contre l'épidémie de choléra. © 2017 / CARE

« Tous les jours, de nombreuses personnes tombent malades dans notre village. » : Jedda, 9 ans

 « Tous les jours, de nombreuses personnes tombent malades dans notre village. Il y a un mois, j’ai été prise de vomissements et de diarhhées puis mon état s’est amélioré. Mais maintenant, je suis à nouveau malade, » raconte Jehad, 9 ans. C’est la deuxième fois que la fillette est admise à l’hôpital à cause du choléra. 

Le docteur Numan Sahib, responsable de l’unité où est traitée Jehad, témoigne de la gravité de cette épidémie :

« Ici, nous recevons plus de 150 cas de choléra par jour, la majorité proviennent du district de Mabyan, d’où Jehad est originaire. De nombreux habitants de ce district ont été déplacés par les combats. Ils sont pauvres et vivent dans des conditions très difficiles qui favorisent la propagation de maladies, telles que le choléra. »

Dans sa famille, Jehad est en charge de récupèrer de l’eau de pluie qui s’est accumulée dans de petites mares. Elle utilise cette eau pour laver les vêtements de sa famille mais aussi pour boire et faire la cuisine.

« Je pensais que ma famille ne craignait rien à consommer cette eau. » : une jeune mère

L'association CARE aide les populations victimes de l'épidémie de choléra
Amal, deux ans, souffre du choléra. Sa mère l'a amenée à l'hôpital. © 2017 / CARE

« Il y a deux jours, Amal a commencé à vomir et à souffrir de diarrhées sévères. J’ai essayé de la soigner mais elle était faible et déshydratée. C’est pour ça que je l’ai amenée à l’hopital », explique la mère d’Amal, une fillette de deux ans. « J’achète de l’eau à des camions citernes pour 12 000 rials (environ 30 euros). Je pensais que ma famille ne craignait rien à consommer cette eau. »

Aujourd’hui, au Yémen, 14,5 millions de personnes n’ont accès ni à l’eau potable ni aux services d’assainissement. Dans la ville où vit Amal, la plupart des sources d’eau publiques sont contaminées par le choléra. L’eau acheminée par des entreprises privées est une alternative très onéreuse et peu sûre.

« Il y a eu de nombreuses campagnes de sensibilisation mais c’est toujours insuffisant : les réservoirs des camions sont souvent découverts et les vendeurs ne traitent pas forcément l’eau avec des tablettes de chlore avant d’approvisionner les familles, ce qui augmente d’autant plus le risque de contamination», explique Wael Ibrahim, directeur du bureau CARE au Yémen. 

« Les tablettes de purification de l’eau sont des produits de luxe pour nous. » : Layla, mère de trois enfants

« Dès que j’ai commencé à me sentir mal, j’ai su qu’il s’agissait du choléra. J’écoute la radio : tous les jours, on nous parle des symptômes provoqués par cette maladie. »

Mère de trois enfants, Layla a 22 ans. Malgré ses connaissances sur le choléra, elle n’a pas réussi à s’en prémunir.

« Nous avons à peine de quoi manger. Les tablettes de purification de l’eau sont des produits de luxe pour nous. Mon mari est fonctionnaire. Et comme beaucoup de personnes de la fonction publique, il n’a pas été payé depuis huit mois. Notre quotidien est devenu très difficile. »

Le Yémen est un pays qui s'effondre, a averti l'ONU fin mai. Guerre, faim et choléra menacent les populations civiles. Plus de 200 000 cas suspects de choléra ont déjà été recensés et 1 300 personnes sont mortes, victimes de cette épidémie. Au total, 18,8 millions de personnes ont besoin d’une aide humanitaire d’urgence au Yémen.

Les équipes de CARE restent mobilisées

Nos équipes ont déjà soutenu 2 millions de personnes. CARE soutient des centres de santé pour pallier l’effondrement des infrastructures médicales et sanitaires. Nos équipes mettent également en place des accès à de l’eau potable et à des infrastructures d’assainissement.