26 octobre 2018

Balkans : des clubs pour comprendre ce qu'être un vrai homme

« Que signifie être un homme ? » C’est la question que s’est posée Agon lorsqu’il était adolescent. Dans les Balkans, dans des sociétés d’après-guerre, beaucoup de jeunes abordent une attitude violente et machiste. C’est pourquoi, CARE a mis en place des clubs dans les écoles pour promouvoir l’égalité et la tolérance. Agon raconte comment cela a bouleversé sa vision du monde et sa vie. 

L'association CARE sensibilise les jeunes garçons au respect des femmes
CARE

Être un jeune homme dans une société d’après-guerre

« Que signifie réellement être un homme ? », s'est demandé Agon quand il a vu des jeunes de son lycée avec des t-shirts portant l’inscription "Be a Man". Curieux, il a discuté avec ces jeunes et a vite réalisé que c'était tout le contraire de ce qu'il pensait.

C'était il y a cinq ans, juste avant qu'il rejoigne l’un des clubs "Be a Man" mis en place par CARE au Kosovo. Ces clubs existent dans de nombreuses écoles des Balkans. Ils proposent une approche innovante pour promouvoir l’égalité entre les filles et les garçons ainsi que pour réduire la violence entre les différentes communautés.

 « Il y avait beaucoup de problèmes dans mon école. Ma génération a grandi dans une société d’après-guerre où la violence était toujours très visible. Beaucoup d'élèves étaient allés en prison. Les garçons se droguaient et avaient toujours un couteau sur eux. Je n’étais pas à l'aise avec ça mais j'essayais de m'intégrer. J'ai commencé à me comporter comme eux. J’étais ignorant et je ne traitais pas les filles avec le respect qu'elles méritent », explique Agon.

Des émissions de cuisine pour les hommes pour déconstruire les stéréotypes

Depuis plus de dix ans, CARE travaille avec des filles et garçons âgés de 13 à 19 ans pour changer ce climat de violence.

« Nous discutons de ce qu’est un homme et comment traiter les femmes de manière équitable. Les clubs organisent aussi des séances d’informations sur la violence, les drogues ou les maladies sexuellement transmissibles. Grâce aux clubs, nos comportements ont changé », explique Agon.

Agon a également participé à de nombreuses activités pour sensibiliser les jeunes et la population de sa ville. Il a organisé des sensibilisations dans les rues pour la journée internationale des femmes, il a participé à des émissions de cuisine ainsi qu’à des campagnes sur le thème : "Soyez un homme, changez les couches de votre enfant."

Le message de ces clubs est clair et se résume dans le logo qu’ils partagent en Serbie, Bosnie-Herzégovine, Croatie, Kosovo et Monténégro : un biceps avec un cerveau dessiné à l'intérieur, pour montrer que les vrais hommes ne comptent pas exclusivement sur leur force physique mais se servent également de leur tête.

L’engagement d’Agon pour l’égalité se poursuit.

Agon, adolescent membre des clubs de sensibilisation de CARE
Agon poursuit son engagement pour l'égalité et la paix dans une radio locale de Kosovo. © CARE

À la fin de sa scolarité, Agon a continué de s’engager auprès de son club. Embauché à temps partiel par CARE, il a été formé pour dispenser des séances d’informations. Il s’est rendu dans des écoles pour animer des ateliers sur le genre et la violence, notamment lors de soirées cinéma.

Il a également participé à une pièce de théâtre pour déconstruire les stéréotypes de genre. 

« J'ai toujours été très timide. La pièce de théâtre m'a vraiment forcée à sortir de ma zone de confort. C’était irréel, mais à ce moment-là, j'ai réalisé combien de personnes je pouvais atteindre et c'est ce qui m'a motivé à davantage prendre la parole », raconte Agon.

Avec une confiance accrue, Agon travaille désormais dans une radio locale : 

« C’est tellement inspirant de savoir que tout le Kosovo peut maintenant entendre ma voix. Ce club a changé ma vie et celle de mes amis pour toujours. »

Pour aller plus loin

Plus de 30 000 garçons ont déjà participé aux clubs "Be a man" mis en place par CARE. Dans certaines régions, ces clubs ont désormais été inscrits au programme officiel des écoles. 

Découvrez également le témoignage de l'écrivaine Irène Frain qui a rencontré ces jeunes en 2015.