16 février 2021

Roumanie. INTERVIEW : Catalin, coordinateur des programmes SERA

En Roumanie, le nombre d’enfants sous la protection de l’État est symboliquement passé sous la barre des 50 000 en 2020. Mais ils sont encore nombreux à grandir sans leur famille biologique. CARE et son partenaire SERA luttent contre ce phénomène. Découvrez comment, à travers le témoignage de Catalin, qui fait partie de nos équipes sur place.

© CARE

En quoi consiste l’action de CARE et son partenaire SERA en Roumanie ?

Nous continuons notre travail pour que chaque enfant puisse grandir aux côtés de sa famille. 

Le phénomène d’abandon d’enfants, longtemps encouragé en Roumanie par les services de l’État sous la dictature de Ceausescu, persiste encore. 

En cause, un contexte économique très difficile : dans le pays, beaucoup de parents vivent dans une situation de pauvreté extrême. Pour les plus démunis qui parviennent à peine à survivre, confier leurs enfants aux services de l’État est parfois la seule solution pour leur offrir des conditions de vie décentes. C’est très triste et c’est ce contre quoi nous nous battons.  

Quel est ton rôle au sein de l’équipe sur place ?

J’ai intégré l’équipe CARE-SERA il y a maintenant 15 ans. Mon rôle est notamment de développer et de piloter les projets de « prévention-réintégration ». Ces projets visent à prévenir les abandons en apportant notamment aux familles un soutien psychologique et social. 

Les familles qui présentent des risques d’abandon sont souvent des familles isolées et en crise. Nos équipes les écoutent et les aident à trouver des solutions à leurs problématiques, à trouver un travail par exemple, ou à régler des conflits. 

Lorsque c’est nécessaire, nous les soutenons également matériellement pour qu’elles améliorent leur environnement de vie et qu’elles puissent élever leurs enfants. Dans certains cas, on réintègre aussi les enfants qui ont déjà été placés dans leurs familles. Une mission qui a vraiment du sens pour moi !

Comment le COVID a-t-il impacté les projets ?

La pandémie de COVID-19 a beaucoup changé le contexte de nos projets. Les équipes ont l’habitude de se déplacer sur le terrain, de partir à la rencontre des familles soutenues. C’est indispensable à la réussite de nos projets. Alors nous avons dû nous adapter à ces nouvelles contraintes et parfois proposer un soutien à distance. Nous avons également dû décaler certains projets. 

Malgré tout, CARE-SERA ne perd pas de vue ses objectifs. Nos programmes de prévention-réintégration par exemple, sont aujourd’hui mis en place dans huit départements de Roumanie. Plus de 1300 enfants et familles ont pu en bénéficier ! C’est une belle victoire. 

Mais nous ne comptons pas nous arrêter là : lorsque la situation le permettra, nous prévoyons de le mettre en place progressivement dans d’autres localités, pour soutenir toujours plus de familles.  

Y a-t-il une rencontre qui t’a beaucoup marqué récemment ?

Je suis toujours très touché par toutes les familles que je rencontre. C’est l’un des aspects passionnants de mon métier.

Mais récemment, une histoire m’a particulièrement ému. Nous avons rencontré une jeune femme en situation de handicap. Sa famille avait très peu de moyens et leur seule source de revenu régulière était l’allocation qu’elle percevait du fait de son handicap. Du coup, les membres de sa famille s'opposaient à une opération qui lui aurait pourtant permis de vivre en bien meilleure santé. Nous ne pouvions rester sans rien faire. 

Nous sommes donc intervenus pour que la jeune femme puisse vivre hors de ce contexte, et pour permettre cette opération à Bucarest.  

Il y a 30 ans, le monde entier découvrait les orphelinats roumains, de véritables mouroirs où 120 000 enfants vivaient dans un dénuement extrême. Certains restaient attachés à leur lit toute la journée. En 1989, l’abandon était devenu un acte banal soutenu par l’État. Ce système n'a été abrogé qu'en 1997, mais reste aujourd'hui entretenu par un contexte économique difficile

Depuis 1990, SERA - qui a ensuite fusionné avec CARE - oeuvre pour faire respecter le droit de chaque enfant à grandir dans une famille. Nous développons des programmes d’inclusion sociale, de prévention de l’abandon, de fermeture des centres de placements vétustes, d’alternatives à l’institutionnalisation. L'ensemble de ces différents projets ont déjà aidé plus de 85 000 enfants vulnérables.