09 avril 2021

Roumanie : « Il y a de vrais changements aujourd’hui pour les enfants dans le pays. »

En Roumanie, CARE et son partenaire SERA ROMANIA se mobilisent contre l’abandon d’enfants. Ce phénomène, autrefois encouragé par l’État sous la dictature de Ceausescu, persiste du fait de la situation de pauvreté dans laquelle vivent de nombreuses familles. Malgré les difficultés, les évolutions sont perceptibles pour les enfants. Catalin, membre de nos équipes sur place, témoigne.  

L'association CARE et son partenaire SERA luttent contre l'abandon d'enfants en Roumanie.
© CARE

Pourquoi la Roumanie est-elle aussi impactée par ce phénomène d’abandon d’enfants ?

Jusqu’à la fin des années 80, l’abandon d’enfants était encouragé par l’État roumain. Un réseau de plus de 600 orphelinats avait été mis en place, et les enfants y vivaient dans des conditions dramatiques. Ce système a été progressivement démantelé, mais le phénomène persiste. 

La Roumanie est un pays très contrasté, avec des populations rurales parfois très isolées. Elles manquent de tout : d'infrastructures et même de services de base tels que l'électricité ou l'eau courante. Pour ces familles, se nourrir et subvenir aux besoins les plus élémentaires des enfants est une épreuve. Face à ces difficultés, certaines familles les confient aux services de l’État dans l’espoir de leur offrir un meilleur avenir.  

Quel est le rôle de CARE-SERA face à ce phénomène ?

Chaque enfant devrait grandir entouré de la bienveillance et de l’amour de sa famille. 

C’est pourquoi nous mettons en place des projets de prévention de l’abandon et de réintégration des enfants placés au sein de leurs familles biologiques. Et ça fonctionne. Plus de 1300 familles ont été soutenues à ce jour via ce programme. 

Nous continuons nos efforts pour que chaque enfant puisse grandir dans sa famille, ou en tous cas dans un environnement le plus proche possible d’une famille. En 2020, 49 765 enfants étaient encore sous tutelle de l’État. 

Quelles sont les évolutions concrètes ces 10 dernières années ?

Il y a 10 ans, il y avait encore un gros travail à faire concernant les centres dans lesquels sont placés les enfants confiés aux services de l’État roumain. Ils étaient vétustes et pas adaptés à une bonne prise en charge des enfants et à leur bien-être. Depuis, il y a eu une vraie prise de conscience dans le pays. Et la fin de ces grands centres de placement est prévue pour 2021. C’est inscrit dans la loi. C’est une grande victoire pour CARE et SERA qui ont milité activement auprès des autorités pour un vrai changement. 

La solution de placement des maisons de type familial qui offre de meilleures conditions aux enfants est celle qui sera encouragée à l’avenir. C'est une alternative qu'on a contribué à développer.

Mais surtout, on considère aujourd’hui que les vraies solutions sont de lutter concrètement contre l’abandon grâce à des programmes de prévention et de réintégration dans les familles biologiques. Jusqu’à récemment, ce n’était pas le cas. CARE-SERA a grandement contribué à ce changement. Nous menons un travail de longue haleine pour faire changer les mentalités, en synergie avec les autorités locales et nationales.  

Comment vois-tu l’avenir ?

Le chemin est encore long, car malgré les évolutions de la loi, trop peu de moyens sont mis à disposition des autorités locales. Mais nous sommes là pour soutenir ces changements.

Dès que la situation sanitaire le permettra, nous allons étendre les projets de prévention des abandons et de réintégration des enfants dans leur famille, aujourd’hui mis en place dans huit départements, à d’autres localités ! Grâce au travail de CARE-SERA et au soutien de tous nos donateurs et donatrices, nous contribuons peu à peu à changer les choses et à maintenir de plus en plus de familles unies. Et à voir sur place, jour après jour, c’est formidable !  

Il y a 30 ans, le monde entier découvrait les orphelinats roumains, de véritables mouroirs où 120 000 enfants vivaient dans un dénuement extrême. Certains restaient attachés à leur lit toute la journée. En 1989, l’abandon était devenu un acte banal soutenu par l’État. Ce système n'a été abrogé qu'en 1997, mais reste aujourd'hui entretenu par un contexte économique difficile

Depuis 1990, SERA - qui a ensuite fusionné avec CARE - oeuvre pour faire respecter le droit de chaque enfant à grandir dans une famille. Nous développons des programmes d’inclusion sociale, de prévention de l’abandon, de fermeture des centres de placements vétustes, d’alternatives à l’institutionnalisation. L'ensemble de ces différents projets ont déjà aidé plus de 85 000 enfants vulnérables.