Le Sahel : des crises multiples passées sous silence

La région africaine du Sahel* est le théâtre de crises multiples et la région s’enlise dans la crise au fil des années.  De nombreux indicateurs ont basculé dans le rouge ces dernières années, et les ONG locales comme internationales ne cessent de tirer la sonnette d’alarme. 

L’insécurité a en effet entraîné une détérioration rapide de la situation humanitaire, qui était déjà fragile. Près de 4,5 millions de personnes étaient en situation de déplacement forcé en décembre 2021, soit 1,3 millions de plus qu’en mai 2020. L’insécurité alimentaire aiguë touche un nombre croissant de populations, le nombre d’écoles fermées et d’enfants non scolarisés est en forte augmentation, et l’accès aux services sociaux de base – notamment de santé, d’éducation, d’eau, d’hygiène et d’assainissement – est profondément affecté. 

Par ailleurs, les déplacements et les restrictions d’accès aux champs et aux pâturages, imposées aux agriculteur.ices et aux éleveur.ses en raison de l’insécurité, affectent les moyens de subsistance des populations et entraînent une augmentation des tensions communautaires, dans un contexte de concurrence pour les ressources qui se raréfient sous l’effet du changement climatique. 

En 2022 la France doit revoir sa copie

Le Sahel connaît une crise multidimensionnelle, de nature certes sécuritaire, mais aussi politique, sociale, humanitaire et climatique. A cette situation, la France a opposé une réponse essentiellement basée sur le tout-militaire. En 2013, l’opération Serval était lancée pour endiguer l’avancée des groupes dits terroristes vers le sud du Mali. L’année suivante, l’opération Barkhane prenait le relais avec l’objectif de « lutter contre le terrorisme » dans l’ensemble du Sahel, en partenariat avec les armées nationales. 

Neuf ans après le début de l’opération Serval, alors que plusieurs milliards d’euros ont été dépensés en réponse militaire, et que plus de cinquante soldats français ont été tués, l’intervention française n’a pas permis de mettre fin à l’insécurité grandissante dans la région. Au contraire, la situation s’est dégradée : initialement circonscrite au Mali, l’insécurité s’est étendue et touche désormais le Burkina Faso, le Niger mais également le Bénin, et menace d’autres pays d’Afrique de l’Ouest. Trois pays accompagnés ont fait l’objet de coups d’Etat militaires en un an : le Tchad, le Mali et le Burkina Faso sont désormais gouvernés par des autorités militaires. C’est dans ce contexte qu’après près de dix ans d’engagement militaire, la France a annoncé en février la fin de l’opération Barkhane au Mali et le retrait des troupes françaises. 

En 2022, un changement de paradigme est absolument fondamental. Dans son approche en “3 D” (défense, diplomatie, développement), la France doit rééquilibrer ses priorités pour ne plus faire peser l’essentiel de son implication sur le levier militaire. A titre d’exemple, les financements français alloués aux opérations militaires au Sahel, de l’ordre d’un milliard d’euros annuel, sont deux fois plus importants que les budgets de l’aide bilatérale dédiée à la stabilisation et au développement. 

Première étape : ouvrir le dialogue

Intensifier l’aide humanitaire vers les populations les plus vulnérables, soutenir les organisations locales en première ligne des crises, lutter contre l’impunité et les lacunes de gouvernance, mener des enquêtes sur les potentielles violations du droit humanitaire international… Les pistes ne manquent pas pour assainir les relations de la France avec la région. Mais ce chantier devrait commencer par l’ouverture de consultations publiques sur ce sujet en France même.  

Avec une implication militaire de près de dix ans, l’évolution des opérations extérieures au Sahel a donné l’impression d’être réglée entre les quatre murs de l’Elysée. Le contre-pouvoir du Parlement n’a pas pleinement pu jouer son rôle, et les organisations de la société civile française qui travaillent sur le sujet, dont les diasporas, ont été insuffisamment consultées.  

Avec la prise de poste de la nouvelle ministre de l’Europe et des affaires étrangères Catherine Colonna, plusieurs voix s’élèvent pour demander que l’enjeu du Sahel soit une priorité de son début de mandat. Le Gouvernement et le Parlement pourraient s’unir pour organiser un grand dialogue national d’ici la fin de l’année, unissant parlementaires français et sahéliens, chercheur.ses, journalistes, diasporas, ONG, mais aussi les sociétés civiles sahéliennes. Il y a urgence à ce que les nouvelles autorités françaises tirent un bilan honnête et objectif de l’implication française, pour faire émerger de ce débat public une feuille de route renouvelée de la politique dans la région. Ce nouveau mandat offre l’opportunité à la France de rebattre les cartes de sa politique au Sahel, en mettant les besoins et aspirations des populations locales au cœur de son action. 

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* La bande sahélienne est ici entendue comme l’ensemble de cinq pays : la Mauritanie, le Mali, le Niger, le Burkina Faso et le Tchad. 

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