Comme cinq millions de
Syriens, Hanan a fui la guerre qui déchire son pays. Elle assume seule sa
famille réfugiée en Jordanie. L’ONG CARE lui apporte une aide financière mais
cela ne suffit pas à couvrir tous ses besoins. Aujourd’hui, Hanan regrette sa
vie en Syrie mais garde espoir de pouvoir offrir un meilleur avenir à ses
enfants.

« J’essaie de ne pas
oublier notre vie en Syrie. »
J’essaie de ne pas
oublier notre vie en Syrie. Avec mes enfants, nous aimons discuter de notre
ancienne vie. Ils se souviennent du houmous que nous mangions. Je me souviens
de leurs jeux dans notre maison
familiale, du commerce de leur père. Il était mécanicien, un homme très habile
de ses mains. Un mois après notre arrivée en Jordanie, j’ai entendu qu’il avait
été arrêté. Il a passé 17 mois en prison puis a disparu peu de temps après
avoir été relâché. Je n’ai aucune nouvelle de lui depuis deux ans.
En Syrie, nous vivions à
Homs, au centre du pays. Nous avons fui les bombardements en 2013. C’était
devenu trop dangereux. Nous avons fait ce voyage avec mes cinq enfants, mes
sœurs et l’un de mes oncles. À la frontière jordanienne, seuls mon oncle et ma
sœur, malade, furent autorisés à traverser. Pendant un mois, nous nous sommes réfugiés
dans la ville syrienne de Dara’a. Je me sentais comme une étrangère là-bas. Puis
finalement, nous avons pu passer la frontière jordanienne.
« Nous vivons des temps difficiles. »
Ici, en Jordanie, j’assume
seule les besoins de notre famille. J’aimerais trouver du travail car nous
avons peu d’argent. Chaque mois, CARE nous donne une aide financière de 250
dinars jordaniens (environ 310 euros), dont plus de la moitié est consacrée à
payer notre loyer. Il nous reste peu de choses pour couvrir nos autres
dépenses. Nous vivons des temps difficiles.
Les membres de notre famille ne
sont pas en mesure de nous aider, ils ont leurs propres factures à régler. Malgré
tout, j’ai de bonnes relations avec mes voisins. Cela m’aide à faire face à
toutes ces difficultés.
« Je veux que mes enfants poursuivent leurs études. »
Ma fille aînée aussi a eu du mal à s’adapter à notre nouvelle vie. En Syrie, elle était une étudiante brillante, mais ici elle n’arrivait pas à retourner à l’école. Elle a 18 ans et vient de se fiancer à un jeune homme qui a également fui la guerre en Syrie. J’avais 23 ans quand je me suis fiancée et, plus tard, je me suis rendu compte que c’était beaucoup trop tôt. Je ne veux pas que mes autres filles se fiancent si jeunes. J’aurais préféré que mon aînée continue ses études mais elle est assez mûre pour construire sa propre vie. Et je dois reconnaître que ça sera plus facile pour nous si j’ai une personne de moins à ma charge.
J’ai arrêté l’école après la seconde, car je devais m’occuper de mes frères et sœurs. Je veux que mes enfants poursuivent leurs études. J’aimerais pouvoir payer un professeur à domicile pour les aider mais c’est très cher. Je réfléchis à l’éventualité de partir à l’étranger afin de leur offrir une meilleure éducation. Mais ce serait difficile, nous ne connaissons personne dans d’autres pays.
« Tout est une question d’espoir et de patience. »
Comme les enfants du
monde entier, les miens ont des rêves. Batul, 9 ans, aimerait aller en
Amérique. Elle veut devenir médecin. Quand sa tante s’est fait opérer, elle est
allée lui rendre visite et posait des tas de questions ! Mon plus jeune fils,
Moutaf, a 6 ans. Il n’a pas encore décidé ce qu’il ferait plus tard. Il veut
juste s’occuper de moi…
Je vis dans l’espoir de
voir mon mari et toute la famille à nouveau réunis, comme avant. Tout est une
question d’espoir et de patience : je dois être plus forte que cette épreuve.
CARE soutient les réfugiés syriens
CARE et ses partenaires locaux ont fourni une aide humanitaire à plus de 2,5 millions de personnes en Syrie et dans les pays voisins.
Ce texte a été publié par le Journal du Dimanche