Hun Keophouhong cultive le café depuis des années. Elle connaît ses arbres, son sol, les saisons. Mais aujourd’hui, ces repères disparaissent. 

« Ces dernières années, le changement climatique a bouleversé notre agriculture. Les précipitations sont irrégulières, les sécheresses plus fréquentes, et les insectes ravagent les caféiers. Notre productivité a chuté, et avec elle, nos revenus.»

Hun Keophouhong, agricultrice au Laos

Son témoignage n’est pas isolé. À travers le monde, le changement climatique modifie en profondeur l’agriculture. Entre 8 et 30 % des terres agricoles actuelles pourraient devenir climatiquement inexploitables d’ici 2100 (1). Les pertes de production céréalière mondiale ont déjà atteint 9 à 10 % entre 1981 et 2010 (1). Pour des familles qui dépendent de la terre pour se nourrir et survivre, ces chiffres ne sont pas abstraits. Ils se traduisent en repas manquants, en dettes, en avenir incertain. 

Culture du café au Laos
© CARE
La récolte de café au Laos
© CARE

Les agricultrices en première ligne pour l’adaptation au changement climatique

Dans le district de Lao Ngarm, comme dans une grande partie du monde rural, ce sont les femmes qui portent l’agriculture à bout de bras. Elles plantent, récoltent, gèrent l’eau, entretiennent les forêts, nourrissent leurs familles. Pourtant, leur rôle reste largement méconnu. Leur accès à la terre, à la formation et aux ressources demeure limité. Et le changement climatique ne fait qu’aggraver ces inégalités, en alourdissant leurs charges tout en réduisant leurs marges de manœuvre. 

« Ma famille dépend du café, d'un potager et de quelques poulets. Ces cultures nous donnent à la fois un revenu et de quoi manger. Mais les maintenir devient chaque jour plus difficile. »

  Nat Xaypaserth, agricultrice.

Agriculture durable : apprendre ensemble, dans les champs grâce aux écoles d’agroécologie

C’est pour répondre à cette réalité que l’ONG CARE France a lancé She Grows the Future (trad : elles font pousser le futur) avec le soutien de la Fondation L’Oréal et de l’Agence Française de Développement. Fort de plus de 80 ans d’expérience à travers le monde, le réseau CARE a une conviction profonde : l’adaptation climatique ne peut être durable que si elle est portée par celles et ceux qui vivent sur le terrain. 

Dans 12 villages de Lao Ngarm, le projet accompagne directement 780 personnes, dont 540 femmes, issues pour beaucoup de communautés ethniques vivant dans des zones montagneuses reculées, particulièrement vulnérables aux changements climatiques et souvent exclues des dispositifs d’aide classiques. 

Au cœur de la formation : les écoles d’agroécologie. Pas des salles de classe, mais des espaces d’apprentissage à ciel ouvert, directement dans les champs. Les agricultrices y expérimentent, auprès de nos équipes d’agronomes, le compostage, les bio-engrais, les répulsifs naturels à base de plantes. Elles apprennent à restaurer la fertilité des sols, à conserver l’eau, à diversifier leurs cultures et à mettre fin à leur dépendance aux intrants chimiques coûteux et polluants. 

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Agricultrices au Laos qui cultivent la terre
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« J'ai appris à fabriquer du compost et des répulsifs à base de plantes. Mon sol s'est amélioré, mes cultures sont plus robustes. J'ai réduit mes coûts et je produis des aliments plus sains. »

Khemphet Souanemany, participant à la formation.  

L’apprentissage est collectif. Il ne s’agit pas d’importer des solutions venues d’ailleurs, mais de faire germer, localement, des réponses adaptées à la réalité du terrain. 

D’agricultrices à leaders dans leur village : au Laos, les femmes dirigent la résilience climatique

Les femmes de Lao Ngarm ne restent pas cantonnées à leurs champs. Ce qu’elles apprennent, elles le transmettent. Ce qu’elles observent, elles le partagent. Et peu à peu, leur voix commence à compter là où les décisions se prennent. 

Concrètement, cela prend plusieurs formes. Certaines rejoignent des groupes d’épargne collectifs, qui leur permettent de faire face ensemble aux mauvaises saisons sans s’endetter. D’autres participent à des réunions communautaires où, pour la première fois, elles prennent la parole pour décrire ce qu’elles voient sur le terrain : les sols qui s’appauvrissent, les pluies qui changent de rythme, les forêts qui reculent. Ces observations, issues de leur expérience quotidienne, servent de base à des plans d’adaptation concrets, pensés par la communauté pour résister aux impacts du changement climatique. 

Le résultat ? Des solutions qui durent.

« Le leadership des femmes est crucial. Quand elles dirigent l'adaptation climatique, les solutions sont plus efficaces et plus durables. Les savoirs se diffusent au-delà des villages cibles, et des milliers d'autres agriculteurs et agricultrices en bénéficient. »

Sonphet Phetdala, chargé de projet chez CARE Laos.  

Un modèle d’agriculture durable qui s’étend bien au-delà du Laos 

 

L’expérience de Lao Ngarm ne reste pas confinée au Laos. Elle s’inscrit dans une dynamique mondiale portée par l’ONG CARE, notamment au Vietnam, au Pérou et en Équateur. Au Pérou, les femmes autochtones intègrent leurs savoirs ancestraux pour développer une gestion de l’eau adaptée aux systèmes d’élevage et préserver la biodiversité des semences natives. Partout, la même conviction guide l’action : l’adaptation climatique passe par les savoirs locaux ancestraux et par les femmes placées au cœur des solutions. 

 

 

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