Interview de Nour Kassab, coordinatrice genre et protection, et Jinane Homayra, responsable eau, hygiène et abris de CARE au Liban. 

Quel est l’impact du conflit sur les femmes et les filles au Liban ?

Hier, pendant nos distributions d’urgence, nous avons rencontré une femme qui avait accouché par césarienne seulement quatre jours auparavant. Elle était allongée sur un trottoir à Beyrouth, avec son nouveau-né. Cette mère devrait pouvoir se reposer dans un endroit sûr. Mais la réalité est toute autre. Elle dort dehors et souffre encore de son opération, sans pouvoir soigner correctement ses plaies. 

Ça restera longtemps gravée dans nos mémoires. Aucune femme ne devrait vivre de telles conditions à un moment aussi vulnérable de sa vie.  

Et cette histoire n’est malheureusement pas isolée. Cette femme fait partie des 500 000 personnes qui ont fui leur maison en urgence en une semaine pour fuir les bombardements. « Lorsque les frappes aériennes ont commencé, je n’ai eu que quelques minutes pour réveiller mes enfants et fuir », nous a raconté Aya*, mère de cinq enfants. « Nous sommes partis avec seulement les vêtements que nous portions. J’ai laissé derrière moi notre maison, nos photos, nos souvenirs… tout ce que nous avions construit. » 

*Le prénom a été changé 

Quelles sont les conditions de vie des femmes déplacées ?

« Depuis notre arrivée à Beyrouth, nous n’avons pas pris un vrai repas ni pu nous doucher. »

nous a raconté Aya.

De nombreuses femmes et filles vivent aujourd’hui dans des abris surpeuplés, des écoles transformées en refuges ou des espaces temporaires offrant très peu d’intimité et des installations sanitaires limitées. 

La peur constante des frappes aériennes et des déplacements a également un lourd impact psychologique : de nombreuses femmes nous confient que chaque explosion leur rappelle les guerres passées et les traumatismes qu’elles pensaient avoir commencé à surmonter.  

L'ONG CARE est présente au Liban après les récentes attaques.
© CARE
© AFP

Quel est l’impact sur les enfants ?

Les cinq enfants de cette mère n’arrêtaient pas de lui demander quand ils rentreront à la maison. « Je me sens impuissante car je ne sais pas quoi leur répondre », nous a dit Aya. « Chaque bruit fort les fait sursauter leur rappelant les bombes. À chaque fois, j’ai l’impression que mon cœur est arraché de ma poitrine. Tout ce que je peux faire, c’est les serrer dans mes bras et prier pour leur sécurité. »

La semaine dernière, nous avons distribué de l’eau dans une école qui héberge des centaines de familles déplacées. Beaucoup de personnes étaient assoiffées après de longues heures de route et des jours de peur et d’incertitude. Certains enfants étaient agités, couraient partout, se disputaient, essayant de libérer la peur et la tension qu’ils ressentaient depuis le début des frappes aériennes.  

Pendant ce temps, les mères cherchent désespérément de la nourriture, des produits d’hygiène et des solutions pour protéger leurs enfants. L’éducation des filles et des garçons est également gravement perturbée : les écoles sont fermées ou utilisées comme abris. 

Quelle était la situation des femmes avant même l’escalade du conflit ?

Avant même l’intensification du conflit, les femmes et les filles au Liban faisaient déjà face à une situation extrêmement fragile. De nombreuses familles avaient déjà perdu leurs économies et leurs moyens de subsistance. 

La crise économique qui frappe le pays depuis plusieurs années a aggravé les inégalités : augmentation des violences basées sur le genre et des mariages précoces, accès limité à l’emploi et à l’éducation, services publics (santé, électricité ou protection sociale) affaiblis.  

Quels sont les nouveaux dangers auxquels les femmes et les filles sont confrontées à cause du conflit ?

Dans les situations de conflit, les inégalités existantes se renforcent. Et les femmes et les filles sont souvent les plus exposées. Aujourd’hui, beaucoup sont confrontées à des risques accrus de harcèlement, d’exploitation et de violences sexistes, notamment dans les abris surpeuplés où la sécurité et l’intimité sont limitées. 

L’accès aux services essentiels est également fortement perturbé : difficulté d’accès aux soins de santé reproductive, manque de médicaments, accès limité au soutien psychosocial, transports sûrs devenus rares. Pour de nombreuses femmes, se rendre à un centre de santé ou accéder à un service de protection est devenu extrêmement difficile. 

Quels sont les besoins urgents des femmes et les filles ?

Ces derniers jours, les équipes de CARE ont vu arriver des familles qui ont tout perdu. En tant que mère, voir des jeunes filles sans chaussures et étourdies par la déshydratation est déchirant.  Les femmes et filles libanaises ont besoin avant tout des produits de première nécessité : serviettes hygiéniques, savon et shampoing, vêtements propres, matelas, eau potable, nourriture.  

Au-delà de l’aide matérielle, les femmes et les filles ont aussi besoin de sécurité et de dignité, avec des espaces sûrs où elles peuvent se sentir protégées. 

Que fait CARE pour leur apporter de l’aide ?

 

CARE est l’une des plus grandes ONG humanitaires mondiales – créée après la Seconde Guerre mondiale – de lutte contre l’extrême pauvreté et les violences dans 121 pays, avec un engagement particulier pour les droits des femmes et des filles. 

Au Liban, les équipes de CARE et nos partenaires – six associations libanaises – travaillent sans relâche pour répondre à l’urgence : 

  • distribution de produits de première nécessité 
  • accès à l’eau et à l’hygiène 
  • soutien psychosocial 
  • services de protection pour les femmes et les filles 

Mais la situation reste extrêmement critique. Les refuges continuent de se remplir de familles déplacées, et les besoins augmentent d’heure en heure. 

 

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