Bogdan a rejoint l’équipe de CARE et son partenaire SERA ROMANIA il y a 15 ans. Coordinateur projet, il agit pour améliorer les conditions de vie des enfants abandonnés en Roumanie. Malgré les avancées depuis la chute du dictateur Ceausescu en 1989, trop d’enfants grandissent encore dans des centres de placement d’État. Découvrez le quotidien de Bogdan et le fruit de son travail.

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Y a-t-il des évolutions notables de la situation des enfants abandonnés ces 15 dernières années dans le pays ?

Sous le régime de Ceausescu, les familles en Roumanie ont été incitées à faire des enfants, et si elles ne pouvaient s’en occuper, à les confier aux services de l’État. Aujourd’hui, le nombre d’enfants abandonnés dans le pays reste encore très important car si les lois ont changé, il faut du temps pour changer les mentalités. Notre rôle est d’améliorer leurs conditions de vie et de faire respecter leur droit de grandir en famille. 

Et nous voyons les évolutions. Lorsque nous partons à la rencontre des familles que nous soutenons pour éviter toute situation d’abandon, mais aussi lorsque nous nous rendons dans les structures d’accueil d’enfants abandonnés soutenues par SERA ROMANIA. Les progrès sont visibles dans tous les types de projets que nous menons. Par exemple, les anciens centres dans lesquels les enfants pris en charge par l’État étaient placés sont progressivement fermés. C’est très positif, car les conditions de vie y ont longtemps été difficiles pour ces enfants qui ont déjà beaucoup souffert.

Aujourd’hui, ce sont les maisons de types familial qui sont privilégiées. Ces structures sont limitées à 12 enfants, et les soins qui leur sont apportés sont plus adaptés à leurs besoins. 

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Quelle est aujourd’hui la situation pour les enfants abandonnés en situation de handicap ?

En 2018, 54 000 enfants étaient toujours sous la protection de l’État dont 60 % sont en situation de handicap. Il est beaucoup plus difficile de réintégrer ces enfants à besoins spéciaux dans leurs familles ou de trouver des familles d’accueil professionnelles. C’est pourquoi ils sont surreprésentés dans les centres de placement. C’est pour cela que nous créons des maisons de type familial de 12 places qui favorisent une prise en charge adaptée et une meilleure inclusion dans la communauté. CARE-SERA ROMANIA en a créé plus de 82 à travers le pays depuis 1996.

Nous développons aussi en complément des centres thérapeutiques, qui permettent aux enfants en situation de handicap de bénéficier d’un suivi par des spécialistes (kinésithérapeutes, orthophonistes, psychologues…). Plus de 64 centres de ce type ont été mis en place par CARE et SERA ROMANIA dans le pays et ils sont ensuite gérés par les autorités locales. Les soins y sont gratuits et permettent aux enfants qui le peuvent de rester dans leurs familles et de gagner en autonomie.

Nous avons à cœur bien sûr de maîtriser les coûts des projets, tout en s’adaptant aux besoins. Les salles de kinésithérapie par exemple que nous créons aujourd’hui dans ces centres thérapeutiques sont plus modernes et mieux équipées que par le passé. Le personnel est formé régulièrement et se tient informé pour améliorer ses pratiques. Tout continue d’évoluer, et ça c’est positif ! 

Les mentalités ont-elles également changé, notamment en matière de contraception ?

De nombreuses familles vivant dans les zones défavorisées en Roumanie n’ont pas accès à des mesures de contraception, faute d’informations et d’accès aux services de santé de base. Elles mettent au monde des enfants sans avoir les moyens de les élever. Certaines vivent dans des conditions de grande précarité (sans eau courante, ni électricité) et se voient obligées de placer leurs enfants sous la protection de l’État.

C’est pourquoi, CARE et son partenaire SERA ROMANIA financent la mise en place d’équipes itinérantes de planning familial. On constate effectivement que les mentalités changent notamment chez les couples plus jeunes. Maintenant, les hommes sont plus impliqués dans les questions liées au planning familial. Quand on a commencé, même si les hommes acceptaient que leur compagne utilise une méthode contraceptive, ils n’étaient jamais présents. Cela a changé, beaucoup d’hommes sont plus informés et se sentent concernés.

Nous avons dû nous adapter aussi, notamment en constatant le grand nombre de grossesses non désirées chez des mères mineures. Nous avons commencé à proposer du conseil auprès des jeunes, dans les écoles et autres institutions, sous la forme d’éducation sexuelle pour les jeunes femmes et les jeunes hommes.  

Nos actions en Roumanie

SERA (Solidarité Enfants Roumains Abandonnés) travaille en Roumanie depuis 1990 pour la protection des enfants en difficulté : abandonnés, gravement malades ou en situation de handicap. Depuis 2003, CARE a fusionné avec SERA et soutient désormais les équipes locales à garantir le respect des droits des enfants.  

Ensemble, nous avons déjà aidé plus de 85 000 enfants vulnérables.