De nombreux bailleurs reconnaissent que l'efficacité des projets mis en place par les ONG repose sur leur expertise, et exigent de ces dernières un grand professionnalisme. Pourtant beaucoup d'entre eux refusent encore de financer les frais de fonctionnement des Sièges, qu'ils opposent aux coûts liés à la mise en œuvre du projet sur le terrain.

Or, les frais de fonctionnement font bel et bien partie du projet, ils sont le moyen même de réalisation des missions de l'association et la garantie de la bonne mise en œuvre du projet.

Eric Berseth et Vincent Mudry, respectivement Directeur Exécutif et Responsable des opérations chez Philanthropie Advisors, qualifient de contre productif le choix des donateurs de ne pas financer ces frais. Dans un article publié sur Youphil, ces derniers démontrent la nécessité, en terme d'efficacité et d'impact du projet, de participer au financement des frais de fonctionnement des associations. (Retrouvez ici l'article Pourquoi les donateurs doivent aussi financer les frais de fonctionnement des ONG)

Ces frais de fonctionnement couvrent notamment les salaires des personnes qui apportent aux projets de l'association un appui technique, qui assurent le suivi financier, la communication ou la recherche de fonds. Ces dépenses, incompressibles pour toutes organisations, semblent évidentes pour le bon fonctionnement des entreprises privées, mais sont malheureusement remises en cause lorsqu'il s'agit d'ONG.

Derrière cette réticence à financer les frais de fonctionnement, se cache le souhait du financeur de «maximiser» l'impact du don, l'idée fausse selon laquelle «seul un don qui va 100% sur le terrain est bien utilisé». Or ce raisonnement ne tient pas et s'avère même contre-productif dans bien des cas.

Dan Pallotta, entrepreuneur et humanitaire américain, explique en quelques points les conséquences, pour les ONG, d'une course aux frais de fonctionnement toujours plus faibles (intervention sur le plateau de TED «The way we think about charity is dead wrong»)

Il nous démontre que des frais de fonctionnement faibles ne riment pas avec efficacité, mais empêchent au contraire l'organisation de développer l'impact de son action, puisque celle-ci ne peut :

  • Embaucher et/ou maintenir du personnel compétent
  • Communiquer sur les actions de l'association, sensibiliser et éventuellement attirer de nouveaux donateurs
  • Prendre des risques pour développer de nouveaux canaux de collecte, et ainsi multiplier les ressources disponibles pour les projets
  • Innover, car cela implique non seulement des ressources financières et humaines mais aussi du temps avant d'apporter des résultats.

Loin de diminuer l'efficacité et « l'impact » du don, les frais de fonctionnement apportent aux ONG des moyens pour réaliser un travail de qualité et pérenne, rester innovantes et se développer.

Si certains bailleurs privés sont encore réticents à les financer, d'autres considèrent qu'ils reflètent au contraire le professionnalisme des ONG.

Myriam Bincaille, Déléguée Générale du Fonds SUEZ ENVIRONNEMENT Initiatives, précise à ce sujet :

« Quand nous décidons de participer à un projet par un co-financement et par du mécénat de compétences, nous sommes attentifs à la bonne utilisation des subventions mais aussi à l'impact tant technique que social du projet.

Nous savons que réaliser un projet ne peut se faire sans frais de fonctionnement et c'est pourquoi, nous sommes attentifs à l'équilibre budgétaire global du projet. Il ne s'agit pas de savoir à quoi vont être précisément employés les euros de la seule subvention du Fonds SUEZ ENVIRONNEMENT Initiatives, mais de savoir comment sera utilisé et réparti le budget total dans sa globalité.

De notre point de vue, les indicateurs de réussite sont la pérennité des résultats, l'amélioration durable des conditions de vie des populations qui sont parties prenantes du projet, leur autonomie à la fin du projet.
Un autre indicateur concerne la capitalisation que l'association fera de ses bonnes pratiques mais aussi de ses échecs.

Soulignons également que participer de façon mesurée aux frais de structure d'un projet permet aussi à l'association d'oser et de pouvoir initier des projets innovants qui permettraient d'atteindre plus rapidement encore les Objectifs du Millénaire pour le Développement».

Fonds SUEZ Environnement Initiatives