Cinq expertes des pays du Sud, aux côtés du Réseau Action Climat, CARE France, Women Engage for a Common Future  et Les Impactrices ont porté 3 messages principaux du Women 7, qui réunit 300 organisations féministes dans plus de 60 pays, à destination des ministres réunis à Paris en avril, ainsi qu’envers les cheffes et chefs d’Etat à Evian en juin :

  • Transformer la finance climatique en garantissant des financements accessibles, flexibles et en subventions plutôt qu’en prêt vers les acteurs locaux, notamment les organisations féministes.
  • Garantir une participation réelle : ouvrir les espaces de décision aux communautés en première ligne à toutes les échelles.
  • Instaurer la redevabilité : mesurer, suivre et traduire les engagements en actions concrètes.

La société civile se mobilise cette semaine pour faire reconnaître le rôle central des organisations féministes dans le portage des messages et la mise en œuvre des solutions face aux crises climatique, environnementale, de biodiversité et aux inégalités de genre.

Elle demande que l’égalité de genre soit pleinement intégrée dans les engagements climat et biodiversité, avec des mécanismes concrets de suivi et de redevabilité.

Le Women 7 a sollicité le Ministère de l’Environnement français, le Ministère des Affaires Étrangères et l’Élysée pour que la présidence française donne une place au sujet genre lors de cette session d’avril, notamment via une rencontre avec des expertes du Sud Global pour mieux comprendre comment relier climat, biodiversité et égalité de genre. 

Malheureusement, la France n’a pas répondu favorablement à cette demande de rencontre de haut niveau, en tournant le dos non seulement à la société civile, mais aussi à plusieurs membres du G7, intéressés par un tel évènement. Nous espérons que la France saura rectifier le tir lors d’autres sessions ministérielles, ou lors du sommet des cheffes et chefs d’État en juin.

Cinq expertes. Cinq pays. Cinq réalités de terrain

Malgré le refus du gouvernement français de rencontrer cinq femmes expertes, 4 d’entre elles se sont rendues sur le territoire français pour nommer les réalités climatiques et les inégalités qu’elles expérimentent et pour porter leurs solutions, auprès des médias mais aussi d’institutions françaises, de parlementaires etc. La cinquième n’a pas pu entrer en Europe en raison des barrières imposées dans l’accès à un visa, même de courte durée.

Le lien entre changement climatique et égalité de genre ne sera pas abordé dans leurs discussions, alors même qu’il est largement établi que le dérèglement climatique touche de manière disproportionnée les femmes et les minorités, en particulier dans les pays du Sud, où elles se trouvent en première ligne face aux crises environnementales. De la part de la France, pays doté d’une stratégie de diplomatie féministe, et qui fut en 2019 le premier hôte du G7 à inscrire l’égalité de genre à l’agenda, ce silence est une occasion manquée de faire valoir ces engagements.

Pourquoi parler Genre et Environnement au G7 ?

Le changement climatique et la perte de biodiversité ont un impact majeur sur les inégalités de genre.

Selon le Gender Snapshot 2025 d’ONU Femmes, jusqu’à 158,3 millions de femmes et de filles supplémentaires pourraient basculer dans l’extrême pauvreté d’ici 2050 si le dérèglement climatique devait rester non maîtrisé — soit 16 millions de plus que les hommes. Dans les pays d’Afrique subsaharienne, 52 % des femmes vivant dans des zones arides ont été mariées avant 18 ans, contre 36 % dans les zones humides. Ces réalités concernent également la France, à Mayotte par exemple, les femmes ont une espérance de vie de 77 ans contre 86 en hexagone (INSEE 2022) cité dans Les Impactrices.

Cette réalité doit être nommée et expliquée. 

Les femmes sont loin d’être des victimes attentistes. Elles assurent la grande majorité de la production et de la transformation alimentaire à l’échelle locale. Elles sont gardiennes des savoirs sur les écosystèmes, actrices de la résilience communautaire, porteuses de solutions d’atténuation et d’adaptation éprouvées.

Elles sont pourtant systématiquement exclues des instances de décision climatique et des circuits de financement international. Tant que ce lien entre inégalités de genre et changement climatique ne sera pas reconnu et traité comme une priorité politique, aucune réponse climatique ne pourra être pleinement efficace.

Le G7 aurait été un espace intéressant pour le faire, réunissant 7 puissances mondiales dont 4 ont lancé une stratégie de diplomatie féministe. Mais aussi 7 pays qui sont responsables historiques de la crise climatique. Leur rôle disproportionné dans la crise climatique ainsi que dans la mise en place de structures coloniales ayant durablement affecté la capacité de résilience des pays du Sud auraient fait du G7 un endroit privilégié pour que ses membres s’alignent sur leurs responsabilités.

Lors d’une conférence de presse tenue le 20 avril à Paris, les expertes d’Équateur, Madagascar, Vietnam, Sénégal et République démocratique du Congo ont développé l’importance de la perspective de genre pour affronter la crise climatique

"Sur un an, nous pouvons avoir 8 mois d'été. Nous perdons l'accès à l'eau sur nos terres. Des rivières disparaissent. Des guerres risquent d'exploser autour du manque d'eau. Pendant ce temps, les dirigeants donnent de plus en plus d'autorisations minières. Nous, les femmes autochtones, sommes en train d'unir nos forces — de mettre en commun nos idées et nos moyens pour nous nourrir. Nous avons créé des écoles d'agroécologie pour retrouver nos graines ancestrales, qui nous permettent de nous nourrir nous-mêmes avec une production bio. Nous espérons produire plus que nos besoins pour alimenter l'agriculture locale. Nous demandons aux gouvernements de tous les pays du monde à être des moteurs pour que nous soyons entendues."

Gladys Yolanda Guamán Casillas (Équateur) — présidente de l’OMICSE, spécialiste en agroécologie, accompagne les femmes rurales et autochtones dans la souveraineté alimentaire et la résilience climatique.

“Nous observons que ce sont surtout des leaders féminins qui travaillent sur la restauration des paysages forestiers, dans le reboisement, le compostage, l’agroforesterie ou encore la réduction des déchets plastiques.”

Augustine Rasomahafaly (Madagascar) — biologiste et leader reconnue, elle forme sur le genre, le climat et la biodiversité et représente la société civile africaine dans des réseaux internationaux.

© CARE
© CARE
“Les femmes ne sont pas seulement en première ligne du changement climatique. Si on les soutient, elles peuvent devenir des actrices du changement."

Dr. Hoang Thi Ngoc Ha (Vietnam) — chercheuse spécialisée dans les solutions fondées sur la nature et l’intégration du genre dans l’adaptation climatique.

"À peine 12 % des femmes sont propriétaires des terres qu'elles travaillent alors qu’elles représentent 70% de la main d’oeuvre agricole en RDC. C'est un blocage profond — culturel autant que juridique. Nous avons engagé des actions concrètes dans le cadre d’une stratégie allant de l’échelle locale à nationale : former les femmes à la compréhension de leurs droits, améliorer le dialogue avec les dignitaires locaux et obtenir des actes de reconnaissance de propriété foncière pour plus de 100 agricultrices, transformer la loi aux niveaux provincial et national. Aujourd’hui la nouvelle loi foncière promulguée en décembre 2025 comporte 3 articles reconnaissant explicitement l’égalité de genre dans l'accès à la tenure foncière et la responsabilité de l’Etat et des collectivités locales pour garantir cette égalité de droits. Maintenant, nous attendons que les gouvernements honorent leurs engagements — à commencer par ceux qu'ils ont pris au nom de leur diplomatie féministe."

Dorothée Lisenga (République Démocratique du Congo) — coordinatrice nationale de la CFLEDD, elle mène le plaidoyer pour les droits fonciers des femmes et la gouvernance forestière inclusive, avec un impact direct sur les politiques nationales.

© CARE
© CARE
“Au Sénégal les femmes jouent un rôle central dans le delta du Saloum pour la préservation et régénération de la mangrove et de sa biodiversité, notamment en poussant des pratiques de pêche durables. Aujourd’hui elles s’impliquent dans la transition énergétique de leur process de production alimentaire. Le travail de quelque 700 000 femmes dans la transformation de coquillages et de sardinelles permet de fournir 80% des apports en protéines des populations sénégalaises, en particulier en milieu rural. Mon engagement associatif de plus de trente ans a consisté à structurer des dizaines de milliers d’entrepreneures locales en réseaux et plateformes territoriales et sectorielles qui défendent leurs droits et leurs priorités auprès des instances politiques nationales. Je suis à Paris aujourd’hui pour dire aux ministres du G7 qu’investir dans la justice de genre n’est pas secondaire. Ce doit être un élément central des politiques climatiques et économiques."

Fatou Ndoye (Sénégal) — sociologue et fondatrice de Suxali Jigeen, elle agit à l’interface entre sécurité alimentaire, climat et autonomisation économique des femmes.

Laisser pour compte la question de l’égalité de genre, c’est baisser les bras pour plus de la moitié de la population mondiale

En période de crise, il est bien connu que les personnes les plus vulnérables, marginalisées voient leurs droits reculer, voire être violés en toute impunité. Cela concerne les femmes, les filles et les minorités de genre : chaque sommet international, chaque déclaration politique défendant leurs droits et libertés les plus fondamentales est cruciale. 

La France est l’un des rares pays en mesure de porter la question de l’égalité de genre en haut de l’agenda international. Elle a d’ailleurs accueilli la dernière conférence internationale sur les diplomaties féministes il y a à peine 6 mois, et lors du dernier G7 à Biarritz, l’égalité de genre prenait sous l’influence française une forte place dans le sommet. Il est donc très décevant que la France ne fasse pas de l’égalité de genre une priorité abandonne le sujet dans son propre G7 cette année pour éviter de froisser d’autres pays membres. La division ne devrait pas empêcher la discussion.

Nous ne demandons pas à la France un simple geste symbolique : l’égalité de genre est un sujet stratégique, l’une des clés fondamentales pour mener à bien la transition écologique ainsi que la protection de nos écosystèmes.

Nous demandons donc à la France de respecter ses propres valeurs et engagements, mais aussi d’être juste, stratégique et efficace lorsqu’il s’agit de mettre en place la transition écologique.

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