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Inondations : pourquoi les femmes sont-elles plus durement touchées ?

Lors des inondations, les femmes et les filles ont plus de risque d‘être affectées. Plusieurs facteurs sociaux aggravent leur vulnérabilité face aux catastrophes naturelles. Pourquoi ces inégalités persistent-elles ? Et comment mieux protéger les populations ? Décryptage avec l’ONG CARE. 

Pourquoi les femmes sont-elles davantage exposées aux inondations ?

Une inondation peut tuer, elle ne représente pas le même danger pour tout le monde. Lors d’inondations, les femmes et les filles sont plus susceptibles d’être touchées. 

En voici les raisons :  

  • Un accès limité aux alertes. Dans certaines parties du monde, les femmes ne possèdent pas toujours de téléphone portable ou n’en contrôlent pas l’utilisation. Elles risquent de recevoir trop tard les alertes annonçant une inondation.  
  • Des possibilités de déplacement réduites et plus de contraintes à quitter sa maison rapidement. Les responsabilités familiales, la prise en charge des enfants, des personnes âgées ou des personnes en situation de handicap peuvent retarder leur évacuation.  
  • Un accès inégal à l’apprentissage de la natation. Dans certaines communautés, les filles ont moins d’occasions d’apprendre à nager. Des normes sociales et vestimentaires peuvent également limiter leur mobilité dans une situation d’urgence. En conséquence, dans certains cas, les femmes sont plus nombreuses à mourir : lors du cyclone Nargis en 2008, les femmes représentaient 61 % des victimes (1). 
  • Une participation insuffisante aux décisions. Traditionnellement exclue ou moins présentes dans les institutions locales et politiques, les plans d’urgence ne prennent pas toujours en compte les besoins spécifiques des femmes. L’accessibilité des abris, le choix des itinéraires d’évacuation, les horaires de diffusion des alertes, la prise en compte des personnes à charge sont autant de facteurs qui peuvent influencer l’efficacité des mesures de protection. 
  • Facteurs économiques. En moyenne, les familles dirigées par des femmes subissent 3 % de pertes supplémentaires dues aux inondations par rapport aux familles dirigés par des hommes. Cela se traduit par une perte de 16 milliards de dollars par habitant dans l’ensemble des pays à revenu faible et intermédiaire (2). Lors des inondations, quand elles ont tout perdu, les femmes n’ont souvent pas les ressources pour rebondir. 

Le danger ne vient donc pas seulement de la montée des eaux. Si l’intensité de la catastrophe compte, les inégalités sociales et économiques influencent aussi les chances de survie. 

Anticiper les inondations : agir avant la catastrophe sauve des vies

Il y a de plus en plus de catastrophes climatiques : au cours des deux dernières décennies, le changement climatique a provoqué plus de 7 000 catastrophes, touchant 4,2 milliards de personnes et entraînant des coûts s’élevant à 2 900 milliards de dollars. (3)

Lorsqu’une inondation survient, les équipes de secours et d’organisations humanitaires répondent à l’urgence.  

Mais pour limiter les effets dévastateurs ; il est aussi possible d’agir avant que la catastrophe arrive.

Concrètement, voici les étapes de l’approche anticipatoire mise en place par CARE :  

  • Prévoir le danger. Les données météorologiques et les prévisions des niveaux d’eau permettent d’identifier les zones susceptibles d’être inondées.  
  • Alerter les populations à temps. Les informations sont diffusées par téléphone, messages vocaux, radio, haut-parleurs ou relais communautaires, notamment des groupes de femmes soutenues par CARE, en tenant compte des langues et des moyens de communication disponibles.  
  • Préparer les mesures de protection. Les communautés et les autorités définissent à l’avance les actions à mener : organiser les évacuations, mettre les récoltes et le bétail à l’abri, protéger les réserves alimentaires, préparer les abris.  
  • Déclencher les actions et les financements. Lorsque les seuils d’alerte prévus sont atteints, les moyens prévus sont mobilisés sans attendre que la crise soit pleinement installée.  

 Et c’est efficace :  

  • En Papouasie-Nouvelle-Guinée, 97 % des personnes soutenues par CARE ont estimé que le système d’alerte précoce et les exercices de simulation avaient atténué leur peur et leur avaient permis de mieux comprendre comment réagir quand de graves inondations avec sérénité se reproduiront. (4)
  • outre les vies sauvées, chaque dollar investi dans la préparation aux catastrophes a généré entre 4 à 7 dollars de bénéfices grâce aux pertes évitées. Agir avant une catastrophe peut aussi présenter des avantages économiques.  

C’est pourquoi CARE plaide pour une transformation dans le système humanitaire et finance d’ores et déjà l’anticipation des crises et catastrophes, comme nous le faisons en cette fin 2026, notamment à Madagascar, au Malawi et en Somalie avant que les pires conséquences d’El Nino couplées au réchauffement climatique ne se fassent sentir. 

Comment CARE agit-elle pour mieux protéger les femmes face aux inondations ?

CARE est l’un des plus grands réseaux humanitaires au monde. Depuis de nombreuses années, nous développons des approches de prévention des risques et de résilience climatique en lien avec les communautés locales, des associations locales partenaires et les autorités.

Voici trois exemples d’actions menées : 

  • Au Bangladesh, des alertes aux inondations jusqu’à 15 jours à l’avance : En travaillant avec les services météorologiques, les organismes chargés des prévisions de crues, les autorités locales et les communautés, CARE a réussit à faire augmenter le délai des prévisions de crues de 7 à 15 jours.Autant de temps supplémentaire pour les familles et aux autorités pour se préparer. Et pour une réponse qui prend en compte tout le monde : les femmes ont participé à la définition des plans d’urgence. Pour faciliter leur accès à l’information, les alertes sont diffusées sous forme de messages vocaux et plus souvent le soir, lorsque les téléphones des familles sont accessibles aussi bien par les femmes que les hommes. (projet Supporting Flood Forecast-based Action and Learning -SUFAL) 
  • Au Népal, placer les femmes au cœur de la préparation aux inondations : dans les districts de Bardiya et Rautahat, le projet Sajag Samaj de CARE au Népal a renforcé six comités communautaires de gestion des catastrophes dirigés par des femmes. Formées aux alertes précoces, aux premiers secours psychosociaux et à la protection contre les violences liées au genre, ces femmes ont notamment coordonné les évacuations et la distribution de l’aide : aucune victime n’a été recensée lors des récentes inondations dans les communautés concernées. 
« Ce qui n’était au départ qu’une simple formation a marqué un tournant dans ma vie. Cela a renforcé ma confiance en moi, ma voix et mon rôle de leader communautaire »
Chinta Devi
  • Au Timor-Leste, préparer une réponse inclusive :  Avec nos partenaires, nous croisons les prévisions météorologiques, les niveaux d’eau et les données sur la vulnérabilité des communautés pour mieux anticiper les inondations. Les capacités des comités locaux et des autorités de protection civile sont renforcées et des partenariats avec des organisations de personnes en situation de handicap permettent de prévoir des mesures de protection adaptées. 
  • Aux Philippines, renforcer la résilience des communautés urbaines : pour renforcer la résilience des populations urbaines de Mindanao, un large dispositif a été mis en place : solutions d’hébergement temporaire, protection des moyens de subsistance et dispositifs de protection sociale notamment pour les populations les plus pauvres et discriminées, à savoir les  femmes, les personnes en situation de handicap et les peuples autochtones. (projet MOVE UP 5 Philippines) 

Nous menons aussi des projets de réduction des effets des catastrophes climatiques dans d’autres des 120 pays où nous intervenons comme au Niger, au Ghana et au Kenya.

Pourquoi la participation des femmes est-elle essentielle pour limiter les dommages liés aux inondations ?

Les femmes ne sont pas seulement des personnes à protéger : elles sont aussi des actrices essentielles de la prévention.  

Leur connaissance des besoins familiaux, des contraintes de déplacement et des ressources disponibles permet de repérer des obstacles qui pourraient autrement passer inaperçus. Leur participation contribue à concevoir des systèmes d’alerte, des itinéraires d’évacuation et des abris mieux adaptés aux réalités de chaque communauté. 

Pour que les femmes puissent participer aux plans d’urgence, il faut notamment :  

  • Faire participer les femmes aux comités locaux de gestion des risques, notamment en organisant les réunions et les formations à des horaires compatibles avec leurs responsabilités familiales et quotidiennes ;  
  • Soutenir les réseaux et les groupes de femmes qui peuvent relayer les informations et organiser la mise en place d’actions de solidarité ;  
  • Garantir un accès équitable aux alertes, aux financements et aux dispositifs de protection, en accordant une attention particulière aux personnes les plus marginalisées.

Face à l’intensification des risques climatiques, la prévention des inondations ne peut pas se limiter à la réponse d’urgence. Elle doit commencer avant la montée des eaux, en tenant compte des inégalités qui rendent certaines personnes plus vulnérables. CARE est reconnue pour son action à faire évoluer les systèmes vers plus d’inclusivité. Car après 80 ans d’existence, notre expérience montre que l’anticipation fonctionne mieux lorsqu’elle s’appuie sur les connaissances des populations, des prévisions compréhensibles, des moyens de communication accessibles et une coordination étroite avec les autorités locales. 

Mieux anticiper les catastrophes climatiques, c’est protéger tout le monde.

L’association CARE défend les droits des femmes et lutte contre les violences sexistes

Défense des droits des femmes

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