Une crise climatique qui s’accélère : pourquoi il n’y a plus de temps à perdre
Le changement climatique est devenu une urgence mondiale. Les onze dernières années (2015-2025) ont été les plus chaudes jamais enregistrées (1). Cette année, des inondations meurtrières ont frappé le Népal, des incendies massifs ont ravagé l’Europe, l’Amérique du Nord et l’Asie, le Soudan du Sud vit son année la plus sèche jamais enregistrée.
Le monde s’est déjà réchauffé de 1,4 °C. Et les politiques actuelles nous amènent vers un réchauffement de 2,8 °C d’ici 2100, loin du seuil de 1,5 °C recommandé par les scientifiques et indiqué dans l’Accord de Paris (2).
Revenir sous 1,5 °C reste possible, mais exige de réduire les émissions mondiales de 18 % d’ici 2030 et de 45 % d’ici 2035. Le problème ? Les États y sont bien loin. La France en est l’exemple : la baisse de 2,1 % des émissions nationales en 2025 reste loin des 5 % par an annoncés par le gouvernement (3). Les énergies fossiles, principales responsables des émissions, pèsent encore plus de 57 % de la consommation d’énergie (4).
Le paradoxe climatique : tout le monde est concerné, mais pas de la même façon
Les politiques climatiques se construisent trop souvent sur l’idée d’un impact identique pour toute et tous. La réalité est différente : le changement climatique aggrave les inégalités existantes, notamment entre les femmes et les hommes.
- Les violences sexistes et conjugales augmentent à chaque degré de réchauffement moyen (5). Si les mariages précoces et forcés reculent dans le monde (18 % des filles contre 22 % en 2015), chaque sécheresse défait ces progrès (6).
- Les inégalités s’aggravent également : en cas de sécheresse, ce sont les femmes et les filles qui marchent pour trouver de l’eau. Autant d’heures hors de l’école ou qui ne sont pas passés à travailler. En cas d’inondations, il y a plus de victimes chez les femmes (voir article). En cas de crise alimentaires, les femmes mangent moins et en dernier.
Pourquoi écarter les femmes est une erreur politique : on se prive de solutions
Ignorer les femmes n’est pas seulement injuste, c’est inefficace. Les femmes jouent un rôle majeur dans les réponses locales. Et les données le montrent :
- En Amazonie brésilienne, les communes dirigées par des femmes émettent 58 % de gaz à effet de serre en moins et déboisent 31 % de moins que celles dirigées par des hommes, sans pénaliser l’économie locale (7).
- Si les agricultrices avaient le même accès aux ressources que les hommes, 45 millions de personnes sortiraient de l’insécurité alimentaire, et l’économie mondiale gagnerait 1 000 milliards de dollars (8).
COP31 à Antalya : les priorités
Face à l’emballement climatique, il n’y a pas de temps à perdre. Présentée comme la « COP de la mise en œuvre », la COP31 devra transformer les engagements en actions concrètes, financées et mesurables. Trois dossiers sont sur la table :
- Réduire les émissions et réussir une transition énergétique juste : avancer sur la sortie des énergies fossiles, décidée à la COP28, de façon ordonnée et équitable.
- Soutenir la finance climat et l’adaptation pour donner les moyens aux populations de s’adapter et se protéger.
- Compenser les pertes et dommages, c’est-à-dire les conséquences déjà irréversibles du changement climatique : le fonds créé pour y répondre, il y a trois ans, reste cruellement sous-doté face à des besoins estimés à environ 400 milliards de dollars par an (9).
L’égalité de genre devrait irriguer chacun de ces dossiers. Elle est pourtant trop souvent traitée à part, voire reléguée en bas de l’agenda.
Quelle place pour les femmes à la COP ?
Qui décide des politiques climatiques ? La question est loin d’être secondaire puisque l‘intégration des femmes rend les politiques climat plus efficaces et ambitieuses.
Or, à la COP30, les femmes ne représentaient que 34 % des chefs de délégation (10). Et même quand elles sont dans la salle, elles ne sont pas écoutées au même titre que les négociateurs et politiques masculins.
Et en termes d’action climatiques ?
L’année dernière, les gouvernements ont adopté le Plan d’action genre de Belém avec des avancées symboliques : prise en compte des femmes autochtones et des femmes en situation de handicap, mise à l’agenda des violences de genre, de la santé et du travail de soin, protection des défenseuses de l’environnement. Mais il y a de fortes limites. Ce plan reste symbolique tant qu’il n’est pas financé ni appliqué. Or, les chiffres montrent l’ampleur du fossé :
- La moitié des financements climat ignore la dimension de genre, et à peine 3 à 4 % en font un objectif principal (11).
- Les financements destinés aux organisations de défense des droits des femmes ont chuté de 28 % (12).
Et la France dans tout ça ? Elle est loin du compte
L’Union européenne s’est engagée à ce que 85 % de ses financements climat intègrent significativement l’égalité de genre d’ici fin 2027 (13). À un an de l’échéance, seuls 37 % des financements climatiques français le font (14).
Cette promesse non tenue s’ajoute à des coupes brutales : l’aide publique au développement française a chuté de 23,1 % en 2025, la plus forte baisse annuelle jamais enregistrée, et le fonds féministe de l’AFD, le bailleur solidarité de la France, pourrait perdre jusqu’à 90 % de ses moyens.
Les décisions qui peuvent encore changer la donne
Face à l’emballement climatique, il faut garantir des politiques climatiques les plus efficaces possibles. Pour cela, CARE appelle les gouvernements à garantir aux femmes les droits, les ressources, les financements et le pouvoir de décision dont elles ont besoin.
"Le changement climatique est sexiste" : une exposition et sensibilisation menée par CARE
- Découvrez une exposition gratuite de 32 photographies, en accès libre et gratuit du 3 au 27 novembre. Lieu : sur les berges de Seine (rive droite), en contrebas de la rampe Châtelet, entre le Pont-Neuf et Pont au Change. Voie Georges Pompidou, Paris 4e
- RDV aussi sur ce site et nos réseaux pour découvrir quatre femmes engagées : Rahima au Bangladesh, Josselyn en Équateur, Memory au Malawi et Huda au Liban.
Sources : (1) Organisation Météorologique Mondiale, 2026 ; (2) Programme des Nations Unies pour l'Environnement, 2026 ; (3) Haut Conseil pour le Climat, 2026 ; (4) Ministère de la Transition écologique, 2026 ; (5) CARE, 2026 ; (6) UNICEF, 2022 ; (7) Journal of Development Economics, 2026 ; (8) Organisation des Nations Unies pour l'Alimentation et l'Agriculture, 2023 ; (9) CARE, 2026 ; (10) Convention Cadre des Nations Unies sur les Changements Climatiques, 2026 ; (11) Oxfam & CARE, 2026 ; (12) Organisation de coopération et de développement économiques, 2026 ; (13) Parlement européen, 2026 ; (14) Organisation de coopération et de développement économiques, 2026