De fausses croyances sur l’excision qui se transforment en réalité dans 30 pays

« Les filles sont excisées trois fois. Pour la première fois entre huit et dix ans, on recoud les plaies ensuite en laissant un petit trou ouvert pour uriner et avoir leurs règles. »

explique Saeda, animatrice chez CARE en Éthiopie.

C’est dans 30 pays – principalement en Afrique de l’Ouest, au Moyen-Orient et en Asie – que les mutilations génitales féminines sont le plus souvent pratiquées sur les bébés, les enfants et les jeunes filles de moins de 15 ans (2).

Les excisions entraînent des conséquences physiques et psychologiques à vie.

Dans le monde, tous les ans, ce sont 4 millions de petites filles, dont 2 millions qui sont excisées avant l’âge de 5 ans (3). Un chiffre qui risque d’augmenter d’ici 2030, alertent les Nations Unies.

Les principales raisons ? (4)

  1. Rester vierge et fidèle à son mari : l’excision retire tout le plaisir féminin, c’est une pratique qui, dans les imaginaires, empêcherait les femmes de tromper leur mari.
  2. Préserver les traditions culturelles et respecter des préceptes religieux, bien qu’aucun texte sacré n’encourage cette pratique.
  3. Par pression sociale : se conformer aux normes de sa communauté pour ne pas être marginalisée. Les filles non excisées risquent de ne pas trouver de maris.
  4. Par raisons esthétiques : volonté de rendre les organes génitaux beaux et propres car ils sont considérés comme impurs et inesthétiques.
  5. La croyance non fondée que cette pratique favorise la fécondité.

Les mutilations génitales féminines sont fortement liées à des normes sexistes et à une volonté de contrôler le corps des femmes dès le plus jeune âge.

Saeda explique comment les excisions se passent :

« À quatorze ou quinze ans, quand les filles sont mariées, on les ouvre à nouveau avec des ciseaux pour le mari. Après le premier rapport sexuel, il ne reste qu'une grande blessure. »

Et à quel point cette pratique est violente et traumatisante : 

« Une exciseuse serre fermement les deux jambes ensemble et fait basculer la fille sur le côté. Ses jambes sont ensuite écartées. Une autre femme pose une main sur la bouche de la fille pour calmer les cris. Les coupes se font aussi vite que possible, puis sont recousues avec une aiguille et du fil. Pour arrêter les saignements, elles utilisent de la poudre. »

L’excision transforme le corps des femmes en outil de domination

Les conséquences des mutilations génitales peuvent être irréversibles et aller jusqu’au décès :

  • Douleurs
  • Saignements, voire hémorragies
  • Infections
  • Infertilité
  • Complications lors des grossesses et de l’accouchement.

Les conséquences psychologiques, elles aussi, sont présentes : dépression, anxiété, état de stress post-traumatique…

0 femmes sur 3

ont subi une ablation partielle ou totale du clitoris (2)

Source : UNFPA, 2022
« Lorsque la fille accouche, ils doivent la réouvrir, car la plaie colle la peau restante. Ce n'est qu’après qu'elle peut accoucher. »

explique Saeda

En Éthiopie, le constat est là : 74% des femmes entre 15 et 49 ans ont été mutilées. (6)

Saeda, alerte sur ces pratiques : 

« C’était un sujet tabou. J’ai été aussi excisée et j'essaie d'encourager les filles à discuter de ce sujet entre elles pour briser la stigmatisation. Il est important de montrer à la prochaine génération à quel point cette pratique est nuisible. »

Transformer sa voix en outil de sensibilisation contre les mutilations génitales

Depuis 80 ans, CARE est une ONG qui lutte contre les injustices et les violences dans le monde et défend les droits des femmes. Parmi nos actions, la lutte contre les excisions passe par l’information des communautés, des leaders locaux (responsables d’école, religieux) et sensibilise les jeunes filles pour qu’elles soient conscientes de leurs droits et les défendent.

Seada collabore avec des membres des groupes de jeunes de 16 à 25 ans créés par CARE en sensibilisant les communautés sur ces fausses croyances et en les encourageant à ne pas céder aux pressions sociales.

Safo est une de ces membres, 22 ans et mère d’un enfant de 2 ans, elle raconte :

« Après avoir accouché de mon fils, ils ont dû me recoudre, car je saignais trop. »

Safo poursuit :

« Dans notre groupe, nous avons régulièrement des formations et des discussions sur le sujet, et nous sensibilisons notre communauté. »

La parole se libère en Éthiopie. Depuis 2017, les mutilations génitales féminines sont interdites dans l’ensemble du pays et leur pratique a diminué, passant de 80% en 2000 à 65% en 2016.

CARE utilise la parole via les groupes d’épargne jeunesse pour libérer la parole, faire reculer les fausses croyances et sensibiliser les communautés en Ethiopie.

« Nous essayons activement d’empêcher que les filles soient mutilées en parlant aux filles et à leurs familles. », conclut Safo.

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