Les femmes souffrent plus de la faim à cause de normes sociales sexistes

« Nous sommes face à la pire crise alimentaire et humanitaire depuis la Seconde Guerre mondiale », a déclaré le mois dernier David Beasley, directeur du Programme alimentaire mondial. Des centaines de millions de personnes sont menacées par la famine dans le monde.

Et dans de nombreuses régions du monde, quand la nourriture vient à manquer, les femmes sont les premières à en être privées. Les hommes et les garçons sont privilégiés car ils sont vus comme les chefs de famille, ceux qui apportent un revenu. Car souvent posséder des terres, des commerces est un fait réservé aux hommes.

Les femmes travaillent pourtant tout autant : à la maison, elles cumulent la majeure partie du travail non rémunéré (travaux ménagers tels que la collecte de l’eau, la cuisine, et les soins aux personnes les plus faibles de la famille). Et à l’extérieur, elles constituent souvent une main d’œuvre gratuite dans l’économie informelle ou ont des emplois moins rémunérateurs.

La Somalie aux portes de la famine : l'association CARE apporte une aide d'urgence

Des populations menacées par la famine. Centre de santé géré par CARE en Somalie © CARE

Les violences faites aux femmes augmentent lors des crises alimentaires

En Somalie, par exemple, pays au bord de la famine, les violences sexistes ont augmenté de 200%, en particulier des violences domestiques et des viols (1). « Partout dans le monde, lorsque la nourriture et l’eau sont rares, les tensions au sein des couples augmentent. Les femmes et les filles doivent aussi parcourir de plus longues distances pour trouver de quoi manger. C’est une surcharge de travail et ça accroît les risques d’être agressées. Parfois, dans le désespoir, elles sont aussi contraintes d’échanger des rapports sexuels contre de la nourriture », explique Amira Taha, responsable des actions de CARE contre les violences faites aux femmes dans les situations d’urgence. 

Lors des crises alimentaires, on observe également une augmentation des mariages précoces. Et les conséquences néfastes sont nombreuses : les filles mariées avant l’âge de 15 ans sont plus susceptibles de subir des violences physiques ou sexuelles que les autres femmes mariées (2). Ces mariages précoces entrainent également la déscolarisation des filles et le risque de grossesses précoces.

C’est un cercle vicieux qui se met en place : ces inégalités à l’encontre des femmes contribuent à maintenir les communautés dans la pauvreté et à aggraver l’insécurité alimentaire (3). En effet, les filles et les femmes sont une force majeure pour contribuer à leur famille et à l’économie d’un pays.

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La solution : l’indépendance économique des femmes pour lutter contre la faim

L’ONG CARE mène une double action : le soutien de l’agriculture locale pour lutter contre la faim et la défense des droits des femmes pour se battre contre les inégalités. Et ça fonctionne !

  • Au Rwanda, par exemple, l’engagement des couples dans nos sessions de sensibilisation sur l’égalité a permis de réduire de 55 % le risque de violences domestiques. Et pour des couples comme Alphonsine et Augustin, ce fut un changement majeur : Alphonsine n’est plus confinée à la maison, elle ne se dispute plus avec son mari au sujet de l’argent et des défis auxquels ils font face, comme la sécheresse qui sévit dans le pays. « Mon mari est maintenant d’accord pour que je sorte et travaille. Il a réalisé la contribution que je peux apporter. Les revenus de notre famille ont augmenté d’environ 40 % ». La situation reste difficile à cause de la hausse des coûts alimentaires mais désormais ils arrivent à nourrir leur famille de quatre enfants.
  • En Syrie, on a longtemps dit à Amal* que sa place était à la maison. Dans un pays en guerre où les prix de la nourriture ont fortement augmenté, Amal contribue à nourrir les familles de sa région. Son exploitation agricole emploie également 15 femmes, dont la plupart élèvent leurs enfants seules. Amal avait environ 11 ans quand ses parents l’ont fait quitter l’école. Mais il y a 6 ans, elle a reçu un soutien financier et des formations techniques de CARE pour créer son entreprise. À 44 ans, elle contribue au même titre que son mari à faire vivre leurs cinq enfants.
*Le prénom a été changé

Sources : (1) CARE, novembre 2022 ; (2) Girls not bride ; (3) USAID, 2021 ; (4) Trading economics, novembre 2022

Une agricultrice soutenue par l'association CARE en Syrie
Amal en Syrie © CARE
Séance de sensibilisation contre malnutrition : l'ONG CARE lutte contre la faim
Sensibilisation contre la malnutrition au Rwanda © Peter Caton / CARE

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