En Bref
- En Ethiopie, les règles sont encore un tabou fort. Les produits menstruels sont souvent inaccessibles et les écoles n’offrent pas aux filles les infrastructures sanitaires dont elles ont besoin.
- CARE mène des actions de sensibilisation, aménage des toilettes dans les écoles et met à disposition des serviettes réutilisables avec des partenaires commerciaux dans la région d’Oromia. Une approche holistique dont le succès inspire le gouvernement éthiopien pour répliquer ce projet sur l’ensemble du territoire.
- Ce projet est innovant par son mode de financement et la démonstration des impacts : Un contrat à impact de développement, inédit en France qui rassemble acteurs associatifs locaux et publics (AFD), un acteur privé s’engage (BNP Paribas) en tant qu’investisseur à impact tous rassemblés par un contrat à impact de développement. L’atteinte d’impacts définis à la signature projet a supposé l’évaluation rigoureuse de ces derniers et a permis de tirer des leçons utiles pour l’ensemble de la communauté de l’hygiène menstruelle.
Dans les écoles de la ville d’Adama, dans la région d’Oromia, avoir ses règles est synonyme d’inconfort, de discrimination voire de danger pour la santé. Les produits menstruels viennent souvent à manquer, ou sont inaccessibles pour les familles car trop onéreuses. Les solutions de replis de faible qualité mettent la santé des filles en danger.
Rendre les écoles adaptées et accueillantes aux filles pendant les règles
Une enquête menée au début du projet sur un échantillon d’écoles a révélé que seules 7% disposaient d’une porte de toilettes verrouillable, 20% offraient suffisamment d’intimité, et 42% disposait de toilettes en état de marche.
Résultat ? 43% des écolières interrogées quittaient l’école plus tôt pour changer leurs produits menstruels chez elles.
Pour améliorer la vie des filles à l’école, le projet a entrepris de construire des WC fermés par des verrous, avec un accès à l’eau courante, afin de permettre aux filles de rester à l’école durant leurs règles. En 3 ans, 114 toilettes ont été construites, 446 autres ont été rénovées pour y mettre des verrous aux portes, et assurer un accès à l’eau.
Le pari des produits réutilisables : une solution pérenne et écologique
À Adama, acheter des serviettes est un poids financier important pour de nombreuses familles, qui doivent épargner spécifiquement pour cette dépense. Les serviettes, jetables et de faibles qualités, nuisent à l’environnement et viennent souvent à manquer. Les filles se retrouvent donc dépendantes des distributions effectuées par les associations.
Pour rompre cette dépendance et offrir aux filles une solution pérenne, l’ONG CARE a fait le choix de fournir aux filles des serviettes réutilisables.
Pour populariser ce type de produit, CARE a mis en place des actions de sensibilisation en milieu scolaire, auprès des familles, puis distribué 30 000 kits menstruels contenant chacun :
- 4 serviettes réutilisables
- 1 sac de rangement
- 1 pochette
- 1 mode d’emploi
En parallèle, une tarification solidaire des protections réutilisables disponibles dans le commerce est mise en place, pour permettre aux familles d’y accéder à long terme. Dans les écoles, les centres de santé ou les petits commerces, des bons sont distribués aux femmes et aux filles pour acheter ces protections à prix réduit voire gratuitement pour les personnes les plus démunies. Cette tarification solidaire a été rendue possible grâce au consortium public-privé à l’origine du projet.
Faire évoluer les mentalités pour mettre un terme au tabou des règles
La santé menstruelle ne concerne pas que les filles et les femmes. C’est la vision que défend CARE : briser le tabou des règles nécessite de sensibiliser l’ensemble de la population aux menstruations. Pour augmenter les connaissances, libérer la parole et faire changer le comportement, les actions de sensibilisation de CARE à Adama ont touché autant les écolières que les écoliers, enseignants et enseignantes, personnel soignant, chefs religieux, parents et ouvriers et ouvrières d’usine.
Ainsi, des moyens aussi variés qu’une émission de radio, des spectacles donnés par des artistes amateurs dans des écoles, des usines et lors d’événements publics ou la formation des professionnels de santé ont été mis en place.
Des résultats probants en peu de temps
Mener conjointement des actions de sensibilisation, d’amélioration dans les écoles et de mise à disposition des protections réutilisables a considérablement changé le quotidien des filles à Adama :
- Aujourd’hui, on parle des menstruations à l’école, le corps enseignant est sensibilisé et les infrastructures adaptées
- Près de 400 000 personnes ont été touchées par les actions de sensibilisation menées par CARE
- Grâce au tarif solidaire des serviettes réutilisables, les familles y ont accès plus facilement
- Le succès du projet incite le gouvernement éthiopien, impliqué depuis le lancement du projet, à le répliquer dans l’ensemble du pays.
Mobiliser des financement publics et privés pour la santé menstruelle et les impacts : un projet inédit
Ce projet a été rendu possible par l’expérimentation d’un nouveau mode de financement : le Contrat à Impact de Développement (ou Development Impact Bond -DIB). Il s’agit d’un financement axé sur les résultats le remboursement de l’investissement privé (effectuée par la BNP Paribas) qui le déploiement opérationnel du projet est conditionné à la réalisation d’objectifs sociaux convenus au préalable avec les acteurs publics (AFD) et associatifs (CARE), vérifiés de manière indépendante par un évaluateur externe. Ce projet est soutenu et suivi par les acteurs publics locaux.
Cela a notamment permis de mener un projet global sur la santé menstruelle, et pour la première fois, d’apporter des réponses concrètes aux trois enjeux que rencontrent les filles et les femmes : l’accès à des protections de qualité, l’adaptation des infrastructures scolaires aux filles pendant leur période de règles, et la lutte contre les discriminations. Les impacts suivis, mesurés et évalués de façon indépendante et rigoureuse ont permis de démontrer l’efficacité des opérations sur le terrain, de tirer des leçons utiles à tous les professionnels de ce secteur et, pour les autorités éthiopiennes, d’envisager une extension du mécanisme avec l’appui de l’AFD.
Cela crée un précédent important qui montre que cette mobilisation est efficace et pertinente pour mener des projets sur le terrain. Ce nouveau modèle de financement est d’autant plus pertinent, dans une période où les crises se multiplient et les financements humanitaires internationaux font défaut pour y répondre.
Foire aux questions
Est-ce que tout le monde a accès à des produits menstruels ?
500 millions le nombre de femmes et de jeunes filles qui n’ont pas accès aux produits, à l’eau et aux installations nécessaires pour gérer leurs règles en toute sécurité, selon la Banque mondiale.
L’ONG CARE est engagé pour assurer la santé menstruelle des filles et des femmes dans plus de 100 pays, notamment dans les zones touchées par des crises (catastrophe naturelle, guerre)
Quelle est la situation de l’Éthiopie ?
Pays parmi les plus pauvres du monde, l’Ethiopie est en proie à des conflits armés depuis plusieurs années. En septembre 2026, plusieurs groupes armés se sont fédérés pour tenter de renverser le gouvernement en place.
Le pays traverse une grave crise humanitaire : en 2024, 20 millions de personnes dépendaient de l’aide humanitaire pour vivre1.