En avril et mai 2015, deux puissants séismes ont affecté 8
millions de personnes au Népal. Les équipes locales de CARE sont intervenues en
urgence. Un an après, Margaux Saillard, de l’équipe CARE France, s’est rendue
sur place pour évaluer la situation. Il reste encore beaucoup à faire pour
reconstruire l’ensemble des zones affectées.

Un après les séismes,
quelle est la situation ?
Les deux
séismes, et les 350 répliques qui ont suivi, ont dévasté des régions entières. Plus
d’un million d’habitations ont été endommagées ou détruites.
4 millions de personnes vivent toujours dans des abris de fortune. Dans de
nombreux endroits, les maisons détruites n’ont pas encore été démontées. C’est
une étape importante car beaucoup de matériaux seront réutilisés par les
familles les plus pauvres.
Des dizaines
de milliers de personnes vivent encore sans accès à des installations
sanitaires ou à de l’eau potable. Certaines sources d’eau ont été complètement
taries par les tremblements de terre. Cela pose un vrai défi en termes de
reconstruction et impacte directement les femmes et les filles qui sont
traditionnellement responsables de la collecte d’eau. Elles doivent aujourd’hui
marcher de longues distances dans des régions montagneuses.
Quels sont les besoins principaux ?
Un an après les séismes, il reste énormément à faire dans tous les
domaines. La reconstruction vient à peine de débuter. Certains villages doivent
encore repenser à réaménager leur organisation car certaines zones sont vulnérables
aux glissements de terrain.
Cela va
prendre du temps. On sait qu’après une catastrophe de cette ampleur, il faut
compter entre 3 et 7 ans pour reconstruire un pays, que ce soit en termes
d’infrastructures (habitations, accès à l’eau, installations sanitaires) ou
pour relancer l’économie et les moyens de subsistance des populations.

Comment travaillent CARE et les ONG sur place ?
Il est
essentiel que les actions des ONG en réponse à ce type de catastrophe soient supervisées par le
gouvernement local. Depuis janvier 2016, une agence nationale népalaise, la Nepal Reconstruction Agency (NRA), décide
des orientations stratégiques de la reconstruction et supervise l’action des ONG. La coordination entre les
ONG fonctionne bien, notamment en termes de répartition des actions et des zones
affectées.
Mais la
reconstruction est un processus qui prend du temps. Sur le volet des abris par
exemple, le gouvernement vient de débuter l’enregistrement des familles dont la
maison a été sévèrement endommagée par les séismes afin de leur apporter une
aide financière. De nombreuses familles attendent cette somme de 2 000 dollars
pour commencer à reconstruire leur habitation. C’est une aide essentielle même
si nous savons que cela ne suffira pas. Les familles rencontrées, lors de ma
mission, m’ont confiée qu’elles avaient besoin de 5 à 10 000 dollars pour
rebâtir leur maison.
Actualisation du 27/04
Le gouvernement népalais vient de donner son accord pour que les ONG sur place apportent un complément matériel et financier à l’aide de 2 000 dollars qui sera distribuée par leurs agents.
Quels sont les principaux défis ?
Les principaux défis sont logistiques. Ces six derniers mois, l’action
des humanitaires a été limitée par les tensions politiques internes et la crise
du fuel qui a compliqué le transport de matériels.
La situation s’est apaisée mais l’acheminement de l’aide est toujours
difficile. Le Népal est un pays montagneux. Ces douze derniers mois, nous avons
organisé 2 187 convois d’aide en camions, mais aussi utilisé 172 mules et
22 porteurs afin d’acheminer de l’aide dans les villages les plus reculés et
non accessibles par la route.
L’autre défi
est lié aux conditions métrologiques. La période favorable pour la
reconstruction des habitations et des infrastructures est très courte. Elle se
concentre sur seulement cinq mois : entre mars et mai puis en septembre et
octobre. En effet, il est quasiment impossible d’effectuer des travaux
importants durant la mousson (la saison des pluies) et l’hiver qui est très
rigoureux.
Quelle est l’action de CARE sur le terrain ?
CARE a
soutenu plus de 122 650 personnes dans quatre des régions les plus affectées : Gorkha, Dhading, Sindhupalchowk et Lamjung.
Nous avons mis en place une réponse d’urgence juste après les séismes :
- distributions alimentaires,
- distributions d’abris d’urgence et de biens de première nécessité tels que des couvertures et des ustensiles de cuisine,
- distributions de kits d’hygiène pour éviter l’apparition de maladies,
- mise en place de cliniques temporaires et/ou mobiles, soutien à des centres de santé pour faciliter un accès aux soins materno-infantiles. Après le séisme, 126 000 femmes enceintes avaient besoin d’un suivi médical.
Nous participons désormais à la reconstruction du pays :
- Nous formons des artisans et les familles à des méthodes de reconstruction plus sûres afin de réduire l’impact d’éventuelles catastrophes. Une récente étude vient de mettre en avant que la grande faille sismique qui a rompu en avril 2015 est encore soumise à une forte pression. Le Népal pourrait être frappé par un nouveau séisme, dans les prochaines années ou décennies.
- En termes de santé, nous participons à la reconstruction de latrines plus solides. Nos équipes mènent également des campagnes de promotion des bonnes pratiques d’hygiène.
- Nos équipes apportent également un soutien agricole. De nombreuses récoltes ont été détruites, 36% des familles ont perdu leurs volailles et 16% leur bétail. Nous distribuons semences et petits animaux d’élevage. Nos équipes assurent également des formations pour les agriculteurs.
