Idée reçue n°1 : « C'est juste un été exceptionnel »
Non. Les scientifiques observent une accélération du changement climatique.
Selon Météo-France, juin 2026 est le mois de juin le plus chaud jamais enregistré en France, avec une anomalie de +3,8 °C par rapport à la normale 1991-2020 (1). Depuis 1947, la France a connu 52 vagues de chaleur, dont la moitié depuis 2010.
Cette évolution s’explique par le réchauffement climatique. L’Europe est aujourd’hui le continent qui se réchauffe le plus rapidement, ce qui favorise des vagues de chaleur plus fréquentes, plus longues et plus intenses. Mais à l’échelle mondiale, ce sont souvent les pays les plus pauvres qui paient le prix le plus lourd. Alors qu’ils sont les moins responsables du dérèglement climatique. À l’inverse, les pays européens figurent parmi les principaux émetteurs historiques de gaz à effet de serre.
Il ne s’agit donc plus d’une succession d’étés exceptionnels, mais d’un changement durable de notre climat lié aux actions humaines.
Idée reçue n°2 : « La canicule est seulement un problème de santé »
La chaleur extrême tue, mais ses conséquences vont bien au-delà.
Elle accentue également les inégalités :
- En Europe, près de 75 % des bâtiments sont énergétiquement inefficaces et la plupart n’ont pas été conçus pour faire face à des vagues de chaleur, exposant davantage les populations les plus vulnérables. (2)
- En 2025, la chaleur a été 31 % plus meurtrière dans les 10 départements les plus pauvres de l’Hexagone et de Corse, que dans les 10 départements les plus riches. (3)
- La chaleur favorise également les risques de féminicides, selon une étude menée en Espagne.
Les impacts sont aussi économiques, énergétiques et en termes de sécurité alimentaire :
- des pertes agricoles importantes, avec une baisse des rendements des cultures et des impacts sur l’élevage ;
- une pression croissante sur les réseaux électriques et la production d’énergie : au moment où les besoins en électricité explosent pour se protéger de la chaleur, certaines centrales doivent réduire leur production faute de pouvoir être suffisamment refroidies ;
- un coût économique déjà considérable. En Europe, les événements climatiques extrêmes – sécheresses et inondations – ont causés des pertes économiques estimées à 43 milliards d’euros de pertes en 2025. (4)
L’inaction climatique coûte donc déjà très cher, humainement comme économiquement.
Idée reçue n°3 : « Il suffit de s'adapter »
Ventilateurs, volets fermés, blanc de meudon sur les fenêtres… Les conseils pour mieux supporter la chaleur se multiplient. Mais ces mesures restent des réponses individuelles face à un problème systémique.
Il faut adapter nos immeubles, écoles et infrastructures. Des pays comme l’Espagne, la Belgique et la Hongrie, ont fixé des températures maximales de travail et/ou instauré des congés climatiques.
L’adaptation est indispensable, mais elle ne suffira pas.
Le troisième Plan national d’adaptation au changement climatique comprend un scénario d’une France à +4 °C d’ici 2100 (5).
+4 °C alors que toutes les canicules actuelles interviennent à un réchauffement moyen de moins de 1,5°C ! Les scientifiques alertent que, comme le corps humain, nos infrastructures ont des limites. Au-delà de 2°C, l’adaptation totale sera impossible. Comment faire quand les ressources en eau se raréfient, les rendements agricoles chutent, les écosystèmes dont nous dépendons se dégradent et les infrastructures deviennent plus vulnérables ?
Réduire les émissions reste donc indispensable. Or les politiques publiques restent insuffisantes. Quelques exemples :
- les émissions françaises n’ont baissé que de 3 % en 2024, puis d’environ 2,1 % en 2025 (6), une baisse est largement due au ralentissement économique plutôt qu’à des politiques climatiques structurelles et loin du rythme d’environ 5 % par an nécessaire pour respecter les objectifs climatiques (7) ;
- les énergies fossiles représentent encore près de 60 % (75% selon les Nations-Unies) de la consommation d’énergie française alors qu’elles sont les responsables des dérèglements climatiques (8) ;
- au niveau européen, on dénote plus de 50 reculs susceptibles d’affaiblir les politiques climatiques et environnementales, dont 20 déjà adoptés (9). La France doit soutenir l’objectif européen de -90 % d’émissions de gaz à effet de serre d’ici 2040 (le strict minimum selon le Conseil scientifique consultatif européen sur le changement climatique – ESABCC – pour viser la neutralité climatique en 2050). Mais la Commission ouvre des brèches dangereuses et Emmanuel Macron a même été plus loin en appelant à la suppression, entre autres, de la directive sur le devoir de vigilance des multinationales qui sont plus largement responsables des émissions de gaz à effet de serre que les citoyennes et citoyens.
Les scientifiques sont unanimes : l’adaptation doit aller de pair avec une réduction rapide des émissions de gaz à effet de serre.
Idée reçue n°4 : « Nous n'avons pas les moyens d'agir »
Les politiques essaient souvent de protéger des intérêts à court terme sans prendre en compte ce qui se passera dans 1 an, 5 ou 10 ans.
Plusieurs décisions politiques récentes interrogent : l’arrêt du financement de programmes de recherche sur l’adaptation des logements et des territoires aux fortes chaleurs ou encore des projets de loi agricole susceptibles d’affaiblir la protection de la biodiversité et donc leur résilience face aux canicules.
Le coût de la transition est aussi souvent présenté comme un obstacle. Cette question aussi est celle d’un choix politique.
Les énergies fossiles restent la principale cause du changement climatique.
Pourtant, les six principales compagnies pétrolières européennes (Shell, BP, TotalEnergies, Eni, Equinor et Repsol) ont réalisé 22 milliards de dollars de bénéfices au premier trimestre 2026 (10). Leur meilleur résultat trimestriel depuis 2022, porté notamment par la guerre avec l’Iran.
Pour CARE et de nombreuses organisations, dont l’ONU, les plus gros pollueurs doivent contribuer de manière équitable au financement de l’adaptation climatique, de la protection des populations les plus vulnérables et de la transition énergétique. Ils doivent être taxés fiscalement selon le principe du « pollueur-payeur » (11).
Idée reçue n°5 : « Il est déjà trop tard »
Les effets du changement climatique sont déjà visibles, mais chaque dixième de degré évité compte.
Limiter les émissions aujourd’hui permet de réduire l’intensité des canicules de demain, de préserver les ressources en eau, de protéger les systèmes agricoles et de limiter les impacts sur les populations les plus vulnérables.
Les scientifiques sont unanimes : il faut agir simultanément sur deux fronts. Adapter nos sociétés aux impacts déjà inévitables, tout en réduisant rapidement les émissions de gaz à effet de serre pour éviter que les crises climatiques ne deviennent ingérables.
Car la véritable question n’est plus de savoir si les canicules vont revenir. Elles sont déjà là. La question est désormais de savoir jusqu’où nous accepterons qu’elles s’aggravent.
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En 2023, l’Europe (UE, Royaume-Uni et Russie) représentait environ 14,3 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre (12).
Sources : (1) ; Météo-France, juin 2026 (2) Commission européenne, 2026 ; (3) Oxfam, 2026 ; (4) Université de Mannheim, 2026 ; (5) Ministère de la Transition écologique, 2025 ; (6) Ministère de la Transition Ecologique, 2026 ; (7) Haut Conseil pour le climat ; (8) Nations-Unies et Gouvernement français, 2026 ; (9) Réseau Action Climat, 2026; (10) Greenpeace, 2026 ; (11) CARE, 2023 ; (12) SDES, 2025