21 février 2005

Aceh Besar, INDONÉSIE  -- Marlina pleure et repousse la tasse de lait chaud; son petit visage crispé, elle s'agrippe nerveusement au chemisier de sa mère. Quelques secondes plus tard, elle cherche à reprendre la tasse.

« C'est bien; elle a conservé son appétit », commente le Dr Endang Widyastuti en souriant et en encourageant la petite fille à boire le lait.

« Lorsque les enfants sont gravement sous-alimentés, ils n'ont même plus faim. »

Marlina a deux ans et ne pèse que 7,3 kg - presque cinq kilos de moins qu'un enfant moyen de son âge. Son ventre, gonflé et arrondi, présente un contraste alarmant avec la minceur anormale de ses bras et de ses jambes. Comme sa mère était incapable de se procurer suffisamment de légumes et de protéines pour la nourrir, la petite Marlina s'est mise à perdre du poids.

« C'est difficile, dans les camps. J'ai fait tout ce que je pouvais, mais elle est quand même tombée malade », explique Nuraisyah, la mère de Marlina.

« Elle refusait de manger. J'étais très inquiète. »

La semaine dernière, l'Organisation mondiale de la santé a révélé que 12,7 pour cent des enfants ayant survécu aux tsunamis qui vivent dans des camps sont sous-alimentés. Selon le Dr Endang, responsable de l'équipe de santé de CARE à Aceh, il est alarmant de constater un pourcentage de malnutrition aussi élevé si peu de temps après une catastrophe.

La combinaison du choc, de pères maintenant veufs peu habitués à préparer des repas pour leurs enfants, du surpeuplement des camps et de la difficulté à obtenir des fruits et des légumes a rapidement fait que les enfants de cinq ans et moins sont maintenant menacés de malnutrition.

« Si nous ne les traitons pas très bientôt, il sera trop tard. Les enfants vont tomber malade, ne seront plus capables de manger et mourront ", dit le Dr Endang.

« Mais ici, nous sommes arrivés à temps. Elle se sentira mieux très bientôt. »

Lorsqu'elle est décelée dès le début, comme dans le cas de Marlina, la malnutrition est facile à traiter. Le Dr Endang explique à la mère de la petite fille comment préparer une solution de lait à haute teneur énergétique, qu'elle doit lui faire boire aux deux heures, en plus de suppléments de vitamine A et de biscuits enrichis de protéines et de vitamines. Ce lait, éprouvé sur le terrain, consiste en un mélange de lait en poudre, d'huile végétale et de sucre - des articles auxquels nous sommes habitués au Canada, mais qui peuvent ici sauver la vie d'un enfant.

D'ici quelques jours, Marlina commencera à reprendre du poids et à manger des aliments réguliers.

Le coût du traitement? Seulement 7,5 euros.

Pour empêcher que d'autres enfants souffrent à leur tour de malnutrition, CARE distribue à 175 000 familles d'Aceh, y compris 32 000 enfants de moins de cinq ans et des femmes enceintes ou qui allaitent, des polyvitamines et des suppléments de vitamine A et de fer. Cette distribution se poursuivra pendant six mois.

Cinquante et un travailleurs de santé communautaire de CARE vivent et travaillent à plein temps dans 44 différents camps de survivants à Banda Aceh et à Aceh Jaya. Chaque jour, les travailleurs visitent les tentes pour évaluer la santé des enfants de cinq ans et moins et des femmes enceintes. Ces travailleurs expliquent également aux mères comment servir à leurs familles des repas équilibrés.

Dès qu'un enfant présente des signes de malnutrition -- ventre gonflé, peau flasque, diarrhée -- l'équipe de santé de CARE intervient immédiatement à l'aide de lait à haute teneur énergétique et de biscuits enrichis de protéines.

Sachant qu'il est à la fois possible de prévenir et de traiter la malnutrition, chaque nouveau décès d'enfant est difficile à accepter, et nous rappelle de façon tragique que ces survivants demeurent toujours à risque, même plus d'un mois après la catastrophe.

Ce matin, une petite fille de quatre ans est morte à l'hôpital, après y avoir été admise en présentant des symptômes de malnutrition grave; les médecins ne savaient pas comment traiter une enfant gravement sous-alimentée. Mais grâce à une prévention adéquate, les enfants qui se trouvent ici pourront grandir en santé.

Un sourire illumine le visage de Nuraisyah alors que Marlina, après avoir fait la difficile pendant une demi-heure, saisit la bouteille de lait à haute teneur énergétique. Refusant l'aide de sa mère, elle boit le reste du lait, puis tend la main vers le biscuit enrichi de protéines.

Mélanie Brooks, Février 2005.