01 avril 2014

Pérou : une communauté menacée par le changement climatique

América Castillo Cunyas participe à un programme d'adaptation au changement climatique mené par CARE au Pérou. Elle est venue à Paris pour témoigner des impacts du changement climatique sur sa communauté. Ce voyage a été l'occasion de rencontrer des représentants du gouvernement français.

Quels sont les effets du changement climatique constatés par votre communauté ?

l'association humanitaire CARE mène des programmes contre le changement climatique
2014 / CARE

Je viens de Chamisería, un village de la région de Junín, dans les Andes centrales du Pérou.

A environ 30 kilomètres, se trouve le glacier Huaytapallana, qui aujourd'hui approvisionne en eau plus de 500 000 personnes. Mais ces ressources ont commencé à se raréfier et les scientifiques prévoient la disparition du glacier d'ici à 2030. Cela a un impact important sur l'élevage et l'agriculture dont nous dépendons pour vivre.

Cela accentue également la désertification de notre région. Les pâturages pour nos animaux, de même que certaines plantes, sont en train de disparaitre.

Le climat aussi a changé. Les périodes de sécheresse sont plus longues. Des épisodes de gels durant la nuit et des pics de chaleur dans la journée détruisent également les récoltes. Ce sont de nouveaux défis auxquels nous devons faire face au quotidien.

Comment vous adaptez-vous ?

Nous avons commencé à cultiver des pommes de terre indigènes oubliées qui sont plus résistantes aux gelées et consomment moins d'eau. Ces pommes de terre se vendent aussi plus cher et sont plus nutritives. C'est important pour la santé de nos enfants.

Nous n'utilisons plus aucun engrais chimique mais du compost à base de fumier et de déchets organiques. Nous avons aussi reboisé dix hectares de terre avec une variété de pin qui permet de retenir l'eau dans les sols. C'est un début mais il faudrait en faire plus.

Comment voyez-vous le futur ?

Aujourd'hui, les habitants de Chamiseria sont conscients des phénomènes liés au changement climatique, mais ils n'en connaissent pas les causes. Le premier défi est donc d'expliquer la situation aux populations pour qu'on puisse réfléchir aux mesures à mettre en place aujourd'hui et demain.

Beaucoup se demandent ce qu'il adviendra de nos communautés et de cette région. Quelques jeunes et des hommes sont déjà partis pour trouver du travail. Les femmes, elles, restent pour s'occuper des terres et des enfants. Ce sont elles qui souffrent le plus du changement climatique.

Moi, je veux rester ici et vivre de mes terres. Mais je sais que pour cela, nous devons encore mieux gérer les sols afin de réduire leur érosion et devons utiliser l'eau plus efficacement en investissant dans des systèmes d'irrigation. Le problème, c'est que nous n'avons pas assez d'argent pour investir. Nous ne savons pas qui pourrait nous soutenir et nous aider à développer nos propres capacités d'investissement. Nous faisons beaucoup de choses au sein de notre communauté, mais nous avons besoin d'être soutenus par les autorités locales et le gouvernement. En tant que présidente de l'association des agriculteurs locaux, j'ai demandé un appui aux autorités. Mais nous avons peu de retours pour l'instant.

Quels sont les messages que vous souhaitez faire passer à la communauté internationale ?

Les États doivent prendre le changement climatique au sérieux, car nos communautés en souffrent déjà. Ils doivent nous écouter.

Il faut aussi prendre conscience que ce ne sont pas des phénomènes locaux isolés. Il faut avoir une vision plus globale. Nous savons que la disparition du glacier est liée aux émissions de gaz à effet de serre de toute la planète.

Ce voyage m'a permis de rencontrer des étudiants, journalistes, scientifiques et politiques français. Les gens nous ont écoutés. J'espère qu'ils ont entendu mon message et que les comportements vont rapidement évolués. Si nous ne diminuons pas nos émissions et que le glacier de Huaytapallana disparait, nous ne pourrons plus rien faire pour nous adapter.