Une large coalition d’ONG yéménites et
internationales, humanitaires et de défense des droits humains, a appelé aujourd’hui
la France à jouer un rôle plus actif pour mettre fin à la guerre au Yémen.
Ces quatre années de guerre ont conduit à la pire crise humanitaire au monde
Le 26 mars 2019 marque quatre années depuis l’intervention
menée par l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis au Yémen. Ces quatre
années de guerre et de bombardements indiscriminés visant les populations
civiles ont conduit à la pire crise humanitaire au monde. Aujourd’hui, un
nombre record de 24 millions de Yéménites – soit 80 % de la population totale –
ont besoin d’aide humanitaire et un Yéménite sur deux souffre d’une grave
insécurité alimentaire.
Les pourparlers de paix de Stockholm conclus
il y a 3 mois, qui avaient donné une lueur d’espoir aux populations civiles, ne
se sont pas encore traduits en améliorations tangibles. Dans certaines zones du
pays, les combats se sont même intensifiés. La communauté internationale doit
tout faire pour que cette quatrième année de guerre soit la dernière.
Les ONG présentes
ont souligné la responsabilité particulière de la France, qui assume depuis le 1er mars la
présidence du Conseil de sécurité de l’ONU et pour 2019 celle du G7.
Elles ont appelé le gouvernement français à suivre
les recommandations du Groupe d’éminents experts de l’ONU sur le Yémen qui,
dans son rapport
d’août 2018, a demandé à la
communauté internationale de « s’abstenir de fournir des armes qui
pourraient être utilisées dans le conflit au Yémen. » Compte tenu du
risque d’utilisation de matériel militaire français contre des populations
civiles au Yémen, les ONG ont une nouvelle fois appelé la France à suspendre ses exportations d’armement à
l’Arabie saoudite et aux Émirats arabes unis, à l’instar de l’Allemagne qui a
décidé d’un moratoire sur les ventes d’armes à l’Arabie saoudite en raison de
la guerre au Yémen.
Citations d’ONG
Radhya Almutawakel, présidente de Mwatana for Human
Rights (Yémen)
« La paix est possible au Yémen, encore
faut-il une volonté politique pour y parvenir. Les pourparlers de Stockholm, qui représentent
le plus important espoir de paix depuis le début du conflit, n’ont été
possibles que grâce à la pression exercée sur les acteurs du conflit par la communauté
internationale, notamment de la France. Mwatana a documenté de graves
violations des droits humains par toutes les parties au conflit. Mettre fin à
l’impunité n’est pas un luxe, ce doit être une priorité. Le Yémen ne peut pas
attendre quatre ans de plus. »
Dr.
Philippe de Botton, Président de
Médecins du Monde
«
Ce conflit qui perdure depuis 4 ans n’a fait que fragiliser le système de santé
au Yémen. L’accès aux soins pour les populations reste très entravé et le
travail des organisations humanitaires sur place est extrêmement difficile. Il
est urgent pour les décideurs politiques de prendre leurs responsabilités pour
faire pression sur les membres de la coalition et il est impératif que la
France remette en cause ses ventes d’armes à l’Arabie Saoudite et aux Émirats
Arabes Unis afin de mettre un terme à cette crise humanitaire inacceptable ».
Valentina
Ferrante, Chef de mission Yémen pour Action Contre la Faim
« Alors que la guerre au Yémen
entre dans sa cinquième année, sans issue en vue, il est temps pour tous les
acteurs impliqués dans ce terrible conflit de se regarder en face et de réfléchir
à l’impact dévastateur que la guerre a eu sur le peuple yéménite. Le nombre de
civils tués et blessés, bien que tragique, ne raconte qu’une partie de ce qui
se passe. Obsédées par leurs objectifs de guerre à court terme, toutes les
parties au conflit ont semble-t-il délibérément fermé les yeux sur des faits
essentiels : le risque de famine et les violations des droits de humains. Plus
que jamais, il est temps pour elles de comprendre que le coût humain de la
guerre est dévastateur. Des mesures constructives, fondées sur le processus de
Stockholm, doivent être prises par tous pour mettre un terme à ce bain de sang. »
Jon
Cerezo, responsable de campagne
humanitaire chez Oxfam France
« Après 4 années de conflit la population
yéménite subit une crise humanitaire qui la pousse au bord de la famine et qui
s’acharne particulièrement sur les femmes et les enfants. La solution ne sera
pas seulement humanitaire, elle sera politique, et doit être poussée partout
dans le monde. La communauté internationale ne peut pas continuer à fermer les
yeux sur les souffrances du Yémen et doit cesser de nourrir le conflit en
vendant des armes. La France ne peut pas continuer à approvisionner les pays de
la coalition en armes, notamment quand il est prouvé que ces pays commettent
des violations du droit international humanitaire. »
Thomas
Hugonnier, Directeur Moyen-Orient de
Handicap International
« En
2018, parmi les victimes du conflit que nous avons soignées, 15% des blessés
ont été victimes d’une mine et 35% d’un bombardement. Nous sommes face à un
conflit asymétrique que les civils
paient au prix fort ! D’un côté, une armée régulière qui mène des bombardements
massifs et indiscriminés en zones urbaines. De l’autre, un groupe armé qui a
recours aux mines, l’arme du pauvre. 18 000 raids aériens dont 75 % des
victimes sont des civils, 600 infrastructures civiles détruites ou endommagées
chaque mois et des milliers de mines posées pour protéger les lignes de front.
Il est urgent que la communauté internationale réagisse pour stopper ce
décompte macabre. »
Fanny
Petitbon, Responsable plaidoyer à CARE
France
« Trois
mois après la signature des accords de Stockholm, l’optimisme qu’ils avaient
suscité n’est plus au rendez-vous. Le processus de paix est le dernier espoir
auquel s’accroche la population yéménite. En tant qu’actuelle présidente du
Conseil de Sécurité des Nations unies et du G7, la France doit soutenir
pleinement les efforts de paix, rappeler fermement qu’il est inacceptable de
cibler les civils, et stopper ses ventes d’armes aux pays impliqués dans le
conflit. »
Mohamed
Abdi, Directeur du Conseil Norvégien pour les Réfugiés (NRC, Norwegian Refugee Council) au Yémen
« Quatre ans après le début de cette guerre,
alors que les organisations humanitaires tentent d’aider des millions de
femmes, d’enfants et de familles à survivre aux combats, à la famine, au
choléra et à la pauvreté abjecte, les belligérants et les principaux donateurs
qui financent l’aide sont aussi les parties au conflit responsables de cette
catastrophe. Leurs promesses de milliards de dollars faites il y a quelques
semaines à Genève semblent vaines alors que, dans le même temps, ils aident à
tuer et à déplacer les Yéménites. Nous exhortons la coalition dirigée par l’Arabie
Saoudite, ses soutiens internationaux, ainsi que Ansar Allah, à cesser les
attaques contre les civils. Au lieu de cela, ils devraient consacrer tous leurs
efforts à la mise en œuvre du cessez-le-feu de Hodeidah et de l’Accord de
Stockholm. Ils doivent retourner à la table des négociations, étendre le
cessez-le-feu à l’ensemble du Yémen et mettre fin aux souffrances des civils
yéménites. »
Aymeric
Elluin, Chargé de plaidoyer armes à Amnesty
International France
«
Depuis le début du conflit au Yémen, plus de 17 640 civils ont déjà été tués ou
blessés, principalement lors de frappes aériennes, et la situation humanitaire
déjà catastrophique s’en est trouvée exacerbée. Le gouvernement français n’a
pourtant pas eu de cesse de minimiser ses ventes d’armes à l’Arabie saoudite et
aux Émirats arabes unis. De son côté le Parlement a renoncé depuis trop
longtemps à toute forme de contrôle, entretenant un silence pesant sur les
ventes d’armes du gouvernement. Alors que le Yémen entre dans sa 5ème année de
conflit, Amnesty International appelle la France à rendre compte de façon
exhaustive et détaillée de ses exportations d’armes au Parlement et à la
société civile française. Le silence des parlementaires face à la tragédie du
Yémen doit cesser. Ils doivent enfin contrôler les exportations d’armes
autorisées par le gouvernement. »
Tony Fortin, Chargé d’études à l’Observatoire
des armements
« Neuf organisations, dont l’Observatoire
des armements, se prononcent pour la mise en place d’une commission
parlementaire permanente de contrôle des ventes d’armes en France. C’est un
franc signal envoyé aux rapporteurs de la mission
d’information sur le contrôle des exportations d’armements de l’Assemblée
nationale, les députés Jacques Maire et Michèle Tabarot, et à
l’ensemble des parlementaires. Ils ont une occasion unique de doter le
Parlement d’un vrai pouvoir de contrôle comme en Allemagne, aux États-Unis et
au Royaume-Uni. Aux députés de discuter publiquement nos recommandations et de
construire – enfin ! – la démocratie parlementaire dans ce domaine. »
Elias Geoffroy,
Responsable plaidoyer Afrique du Nord & Moyen-Orient à ACAT-France
« La crise du
Yémen et le rôle joué par la France via l’exportation d’armements à l’Arabie saoudite et aux Emirats arabes unies est un
rappel accablant du manque de transparence et de l’absence totale de contrôle
démocratique en matière de ventes d’armes en France. »
Antoine
Madelin, Directeur du plaidoyer
international à la FIDH
« Quatre années après s’être lancée dans
un conflit épouvantable pour les populations civiles, la coalition menée par
l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis continue de bénéficier d’une
mansuétude inouïe de la part de la France et d’autres pays occidentaux, pour la
simple raison qu’ils leur achètent des armes. »
Nabil
Berbour, Responsable de campagnes chez SumOfUs
« Près de 3 Français sur 4 (72%) souhaitent
un contrôle renforcé du parlement en ce qui concerne les ventes d’armes, selon
un nouveau sondage
YouGov pour SumOfUs, à l’instar de ce qui se pratique par exemple au
Royaume-Uni, en Suède ou d’autres démocraties. Nous espérons que les député-es membres
de la mission d’information sur le contrôle des exportations d’armements de
l’Assemblée nationale sauront entendre ce message fort et demanderont la fin de
l’exception française et du non-contrôle démocratique des ventes d’armes. »
Contacts presse
- Action contre la Faim : Maryna Chebat, mchebat@actioncontrelafaim.org, 07 89 31 55 58
- CARE France : Camille Nozières, nozieres@carefrance.org, 07 86 00 42
75 - FIDH : Samuel Hanryon, shanryon@fidh.org, 06 72 28 42 94
- MDM : Fanny Mantaux, fanny.mantaux@medecinsdumonde.net,
06 09 17 35 59 - Oxfam : Michael Luze, luzemichael@yahoo.fr, 06 63 63 40
08 - Handicap
International : Nathalie Blin, n.blin@hi.org, 06 98 65 63 94.