En Bref
- Le Laos est le troisième producteur de café d’Asie du Sud-Est.
- Pour sortir de la pauvreté et lutter contre le changement climatique, 400 familles productrices ont décidé de travailler collectivement de la culture à la commercialisation.
- L’ONG internationale CARE, qui agit contre la pauvreté depuis 80 ans, leur apporte une expertise technique via des écoles d’agroécologie.
Le Laos, un géant méconnu du café en Asie du Sud-Est
Chaque année, 20 000 tonnes sont récoltées dans les vallées fertiles et les forêts tropicales de Dak Cheung, une province isolée du sud du pays, où des communautés ethniques — Katu, Talieng, Yae — cultivent leurs caféiers selon des méthodes transmises de génération en génération. Pour ces familles, le café n’est pas qu’une culture parmi d’autres : c’est le principal levier économique, celui dont dépendent les revenus du foyer, la scolarisation des enfants, la sécurité alimentaire.
Pourtant, malgré ce potentiel, les familles peinent à en tirer des revenus stables. Le café part à bas prixsans organisation collective, sans transformation valorisante, sans accès aux marchés qui paieraient le juste prix.
Café de spécialité : une opportunité de marché pour sortir de la pauvreté
À l’échelle mondiale, la demande en café de spécialité, ces cafés tracés, de haute qualité, issus de terroirs identifiés, croît de 25 % par an. Pour des régions comme Dak Cheung, dotées d’un terroir riche et d’un savoir-faire ancestral, ce marché représente une opportunité concrète et accessible : améliorer la qualité et la productivité peut transformer durablement les revenus des familles et positionner la région sur la scène internationale du café haut de gamme.
Encore faut-il franchir plusieurs obstacles : améliorer les techniques de culture et de transformation, structurer la commercialisation, former les producteurs et productrices, et créer les conditions d’une coopération durable au sein des communautés.
Du café local, au café de spécialité : une filière valorisée, des communautés transformées
C’est ce pari qu’ont fait 400 familles productrices de Dak Cheung, avec l’appui de CARE. En travaillant collectivement sur l’ensemble de la chaîne de valeur, de la culture à la commercialisation, elles ont adopté de nouvelles pratiques, créé des structures coopératives et partagé leurs savoirs.
Tout a commencé par des formations pratiques, directement menées dans les champs lors des saisons de récolte. Plutôt que des sessions théoriques déconnectées du terrain, les familles expérimentent ensemble, sur des parcelles collectives, de nouvelles techniques agroécologiques. Elles observent les résultats, les comparent, puis les adoptent sur leurs propres exploitations. Cette pédagogie par la pratique, développée par les écoles d’agroécologie de CARE, permet une montée en compétences rapide des agricultrices et agriculteurs, ancrée dans les réalités locales.
Parmi les innovations adoptées, on retrouve :
- des machines à laver mécaniques qui réduisent le temps de main-d’œuvre et la consommation d’eau,
- des séchoirs qui accélèrent et homogénéisent le séchage pour garantir la qualité du grain,
- et la plantation d’arbres d’ombrage pour protéger les sols et limiter l’évaporation.
Des pratiques encore rares au Laos, qui changent concrètement le quotidien des producteurs et productrices, mais aussi la valeur de leur récolte.
Ces pratiques agroécologiques répondent également à un enjeu qui dépasse la seule productivité : celui du changement climatique. Dans une région isolée comme Dak Cheung, les communautés rurales sont particulièrement exposées aux aléas climatiques – sécheresses, variations des précipitations, dégradation des sols. En adoptant des techniques qui préservent les ressources naturelles et renforcent la biodiversité, les familles productrices construisent aussi leur résilience face à ces risques.
Des coopératives pour accéder aux marchés nationaux et internationaux
Produire mieux ne suffit pas si l’on vend toujours dans les mêmes conditions. À Dak Cheung, la structuration en coopératives a été une étape clé pour sortir durablement les familles de la pauvreté. Elle leur permet de négocier collectivement, de sécuriser leurs débouchés et d’accéder à des marchés qui valorisent un café de qualité. Les coopératives participent désormais à des foires nationales et travaillent à la certification de leur café de spécialité, un gage de traçabilité et de valeur ajoutée qui ouvre les portes des marchés nationaux et internationaux.
Le café de Dak Cheung se positionne ainsi dorénavant comme un produit de haute valeur : traçable, durable, respectueux de l’environnement et des communautés qui le produisent.
Un impact qui dépasse la filière
Les résultats de cette transformation collective sont tangibles : 15 tonnes de café de spécialité vendues au Laos et à l’international, et une augmentation moyenne des revenus de 60 % pour les producteurs et productrices impliqués dans le projet.
Mais au-delà des chiffres, c’est toute une dynamique communautaire qui s’est enclenchée. Les familles sont plus autonomes, mieux organisées, plus résilientes face aux aléas économiques et climatiques. Elles ont gagné en confiance, en compétences, et en capacité à se projeter.
À Dak Cheung, derrière chaque grain de café se cache désormais une double histoire : celle d’un produit d’exception prêt pour les marchés de spécialité, et celle d’une communauté qui a choisi de prendre son destin en main.