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COP21. Analyse par nos expertes des premières discussions entre les ministres (jour 7)

Les expertes de l’ONG CARE France commentent le début des négociations entre ministres. Au programme aujourd’hui : nuits blanches en perspective pour les ministres ? Les droits humains passés sous silence, la limitation du réchauffement climatique ne se fera pas par magie, les pertes et dommages : tout se joue dans l’ombre.

Nuits blanches en perspective pour les ministres ?

Par Louise Bonnet, chargée de mission COP21.

Les
ministres n’ont plus que 48 h pour proposer une nouvelle version du texte qui
soit juste et à la hauteur des enjeux. Ce soir, bon nombre d’entre eux ont déjà
regretté le manque de transparence et de visibilité des discussions. Nous
rappelons qu’il est essentiel que tous les Etats soient impliqués dans un
processus collaboratif de négociations. Il faut limiter les discussions
bilatérales au profit de réunions élargies. Ce processus inclusif permettra aux
Etats de s’approprier l’accord pour lutter efficacement contre le changement
climatique.

Il est aussi grand temps de passer à la vitesse supérieure pour éviter de créer
un climat d’anxiété en fin de semaine. Il faut renoncer aux langues de bois et
confronter les points de vue de manière constructive et ambitieuse.

Les droits humains passés sous silence.

Par Fanny Petitbon, responsable Plaidoyer.

Les
débats sur la responsabilité commune mais différenciée ont éclipsé,
aujourd’hui, la question des droits humains et de l’égalité de genre. Tout
l’enjeu des deux prochains jours est de retirer les parenthèses autour de ces
éléments fondamentaux dans l’article 2 définissant l’objectif de l’accord.

Un
noyau dur mais encore trop limité d’Etats, tels que le Mexique, les Philippines,
soutient aujourd’hui le maintien des droits humains dans le texte. Un nouvel
élan est absolument nécessaire pour garantir que toute action climatique se
fasse dans le respect des droits humains.

Rien
ne peut justifier les réticences des Etats car il ne s’agit pas de créer de
nouvelles obligations mais d’assurer une cohérence entre politiques de
développement, de lutte contre le changement climatique et normes
internationales relatives aux droits humains.

L’Union
européenne, alliée de longue date sur ces enjeux, est restée extrêmement
frileuse sur cette question depuis le début de la COP. Alors qu’il est prévu de
finaliser le texte ce mercredi (la veille de l’anniversaire de la signature de
la Déclaration des droits de l’Homme), la présidence française doit user de son
poids politique afin de créer un espace de débat. Une discussion franche et
constructive doit avoir lieu sur ce sujet.

Point presse

« Réaction de la société civile française et francophone sur la nécessité d’intégrer les droits humains dans l’accord de la COP21 ».

Le mardi 08/12 à 15h45 à la mezzanine du media
center, par tous les acteurs de la société civile française et francophone :
ONG, syndicats, représentants des peuples autochtones.

La limitation du réchauffement climatique ne se fera
pas par magie.

Par Aurélie Ceinos, responsable Climat.

La liste des pays soutenant l’adoption d’un objectif de limitation
du réchauffement climatique à 1,5°C ne fait que s’allonger : le Canada et
l’Australie ont ainsi rejoint la centaine de pays (dont la plupart des pays en
développement) qui plaide dans ce sens. Mais cela ne doit pas rester un vœu
pieux !

L’inclusion d’une référence à 1,5°C ne suffira pas si aucun
mécanisme ne donne les moyens de concrétiser cet objectif. Or,
aujourd’hui le texte de l’accord ne prévoit aucune revue à la hausse des
contributions nationales d’ici 2018. Aujourd’hui, seul un petit groupe de pays
(dont Grenade, Kiribati et à moindre échelle l’Union européenne) soutient ce
dispositif pourtant nécessaire. Faut-il rappeler à nos ministres que les
contributions nationales actuellement sur la table nous placent sur une
trajectoire alarmante d’un réchauffement de 3°C ?

De même, certains pays, tels que les Etats-Unis, Tuvalu ou les
îles Marshall, ont défendu hier la décarbonisation de l’économie mais ces
discours sont restés très imprécis sur un objectif de réduction des émissions
de gaz à effet de serre. Beaucoup attendent le dernier moment pour jouer leur
va-tout. Or, nous n’avons plus le temps d’attendre. Les Etats doivent prendre
conscience que la fenêtre d’action est courte !

Les pertes et dommages : tout se joue dans l’ombre.

Par Aurélie Ceinos, responsable Climat.

Déjà la semaine dernière, les ONG s’inquiétaient du manque
d’ouverture des discussions liées aux pertes et dommages. Tout s’était déroulé
lors de réunions bilatérales. Cette semaine ne s’engage pas sous de meilleurs
auspices en termes de transparence. Hier, lors de l’annonce des groupes de
travail par L.Fabius, la question des pertes et dommages ne se retrouvait nulle
part. Il a fallu attendre ce soir pour avoir la confirmation que le sujet sera
traité à partir de demain dans le même groupe informel que l’adaptation. Nous
rappelons qu’il s’agit de deux sujets distincts et que la reconnaissance des
pertes et dommages est un pilier indispensable d’un accord équitable pour les
populations les plus vulnérables.

Nous nous réjouissons, la semaine dernière, de l’abandon de
l’option « pas d’option » proposée notamment par les Etats-Unis qui aurait
conduit à l’exclusion de toute référence aux pertes et dommages dans
l’accord. Les lignes commencent à bouger et c’est nécessaire. Car il faut
être réaliste sur les impacts déjà concrets des dérèglements climatiques. Il
est urgent que les Etats reconnaissent qu’il est aujourd’hui impossible de
s’adapter à tous les impacts climatiques. Parmi les plus extrêmes, on peut citer
: la montée des eaux, la salinisation des terres ou une trop grande variabilité
des pluies. L’adaptation a des limites face à l’emballement climatique.

Contact médias :

Nos
équipes (francophones et anglophones venant notamment de France, d’Allemagne,
des Etats-Unis, du Niger ou Vietnam), présentes au Bourget, sont disponibles
pour toute demande d’interview. 

Contactez
Laury-Anne Bellessa (également au Bourget), chargée des relations medias : 06 24 61 85 37, bellessa@carefrance.org

Pour
suivre les réactions de nos experts :

A propos de CARE :

CARE
est un réseau humanitaire international crée il y 70 ans. CARE s’attaque aux
causes profondes de l’extrême pauvreté et aux conséquences du changement
climatique, dans des situations d’urgence ou de développement à long terme. En
2014, CARE était présent dans 90 pays.

  • CARE soutient les populations affectées par des chocs climatiques ponctuels (tempêtes, inondations) ou de long terme (variabilité des saisons et des précipitations).
  • CARE met également en place des programmes d’adaptation : soutien agricole aux communautés péruviennes qui souffrent de la disparition des glaciers ; mise en place de réseaux d’accès à l’eau en Inde ; projets de plantation de mangroves et de restauration de systèmes de défense côtiers dans certaines régions d’Indonésie, de Thaïlande et du Vietnam.
  • CARE participe aux négociations internationales sur le climat.

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