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Côte d’Ivoire. Une journée avec Awa qui soutient l’autonomisation économique des femmes

Awa
est agente de terrain pour CARE. Elle nous raconte comme elle soutient
l’autonomisation économique des femmes en Côte d’Ivoire, et partage avec nous
sa détermination.

5h30 : J’ai
pour habitude de me réveiller assez tôt quand je pars sur le terrain. Avant de
me préparer, je m’occupe de ma fille. On se fait des câlins et je l’aide à être
prête pour partir à l’école. Ensuite, je m’habille très simplement et je
rejoins nos partenaires locaux pour nous rendre dans les villes et villages que
nous soutenons.

9h30 :
A notre arrivée, nous saluons d’abord le chef du village et les leaders
communautaires puis nous rencontrons les femmes et les quelques hommes qui
participent aux associations d’épargne et de crédit (AVEC) créées et soutenues
par CARE.

La crise socio
politique que connait la Côte d’Ivoire depuis 2002 a fortement perturbé
l’économie et a entrainé une forte paupérisation de la population ivoirienne. Les
femmes et les filles en sont les premières victimes. Peu ont un travail et elles
n’ont souvent pas la possibilité de posséder des comptes bancaires.
Pour lutter
contre ces inégalités, CARE encourage des groupes de femmes à épargner des
petites sommes qu’elles mettent en commun pour se faire de petits prêts. Elles
peuvent alors lancer des petites activités économiques et convertir leurs
talents en entreprises, au même titre que les hommes.

Je me souviens d’une
femme, membre d’une AVEC, qui m’a dit lors d’une réunion : « Je sais
maintenant qu’il n’y a aucune différence entre l’homme et la femme. Quand il
lance la machette dans les champs pour préparer les cultures, elle la lance aussi.
Quand il grimpe sur le palmier pour couper la graine, elle aussi. Quand il tape
les briques pour construire, elle aussi. Quand il a des champs de cacao, elle
aussi.
 »

Des membres d’une AVEC ont osé dire « non » à l’excision. Comme beaucoup de femmes de mon pays, j’ai subi cette mutilation. J’avais honte. Mais je me suis dit que si elles avaient réussi à surmonter ça, alors moi aussi, je pouvais le faire !

10h : Après les
mots de bienvenus et les salutations, nous passons à l’ordre du jour. Chaque visite
a un objectif bien précis. Nous aidons les groupes dans leur fonctionnement et
à améliorer leurs pratiques et à vaincre les difficultés qui se présentent.
Parfois, nous visitons l’une des activités lancées par une femme : petit
commerce, restaurant…

On aide
aussi les femmes à faire valoir leurs droits. À cause des coutumes patriarcales, la plupart des
femmes ne peuvent pas posséder de biens ou en hériter. Je me rappelle de cette dame dont
l’héritage avait été confisqué par ses frères. Grâce aux conseils de son
groupe, elle a touché ce qui lui revenait. Aujourd’hui, elle dit à toutes les
autres femmes que c’est possible.

11h30 : Nous essayons
d’apporter des réponses aux questions des membres du groupe. Nous donnons
beaucoup d’exemples de bonnes pratiques mises en place dans d’autres régions ou
dans d’autres pays où CARE est présent. Cela galvanise les membres à développer
de nouvelles activités économiques mais aussi à s’affirmer au sein de leur
communauté.

Je me rappelle des membres
d’une AVEC d’un quartier populaire d’Abidjan qui se sont rendus à la mairie
pour réclamer un accès à l’eau potable et ont obtenu gain de cause.

14h : Nous
organisons aussi des formations pour les responsables du groupe et tous les membres
qui le veulent. Bien sûr, l’objectif premier est l’autonomisation et l’inclusion
financière des femmes mais nous organisons aussi des sensibilisations sur
d’autres sujets, notamment sur la santé : information sur le planning
familial, sur l’importance des consultations prénatales, le dépistage du cancer
du col de l’utérus, sur la prévention du VIH SIDA…

Suite à ces
sensibilisations, les membres d’une AVEC ont osé dire « non » à
l’excision. Comme beaucoup de femmes de mon pays, j’ai subi cette mutilation
mais la détermination de ces femmes m’a redonné confiance.
J’ai compris que je
pouvais avoir une vie de couple épanouie malgré cette partie de moi perdue à
jamais. Avant, je n’avais pas l’impression d’être une vraie femme. J’avais
honte. Mais je me suis dit que si elles avaient réussi à surmonter ça, alors moi
aussi, je pouvais le faire !

16h : Nous rendons
visite à certains membres des AVEC pour mieux connaitre les communautés avec
lesquelles nous travaillons. Nous rencontrons aussi d’autres villageois pour les
inviter à intégrer nos projets.

Je me rappelle
d’Hortense, cette jeune mère qui avait tout perdu suite au décès de son mari. Dépouillée
par sa belle-famille, elle s’était réfugiée dans sa famille mais avait perdu le
respect de ses frères et sœurs et de toute la communauté. Notre projet était une lueur d’espoir. Aujourd’hui,
Hortense est présidente de son groupe. Elle est aussi promotrice de groupe,
c’est-à-dire qu’elle aide d’autres associations à se créer.
Elle est propriétaire
d’un moulin, d’un champ de cacao et a construit sa propre maison. Elle est
épanouie et a regagné le respect de sa famille. Elle est devenue un exemple
pour sa communauté. Récemment, elle m’a dit : « Je vais très bien car
désormais je prends mon destin en main.
 »

J’ai tant de choses à raconter… les AVEC, c’est toute une histoire. Je repense aux visages tristes, désorientés que je voyais au début du projet. Aujourd’hui, ces femmes sont joyeuses et tellement belles. C’est extraordinaire !

17h : Quand je
rentre à la maison, ma fille est déjà là. Nous nous nous racontons notre
journée. Pendant qu’elle prend son bain, je réchauffe le repas préparé pendant
le week-end. Nous mangeons ensemble.

Parfois, je dors
dans les villages que nous visitons. J’aime alors discuter avec la famille qui
me reçoit. J’apprends énormément de ces personnes merveilleuses. Et mieux nous
connaitre est important pour tisser une relation de confiance.

21h : Après
avoir aidé ma fille à faire ses devoirs, il est l’heure pour elle d’aller se
coucher. Comme tous les enfants du monde, elle essaie parfois de négocier pour aller
au lit un peu plus tard. Mais à 21h30, elle m’embrasse très fort, reçois ma
bénédiction et va au lit.

Je prends alors le
temps de faire mon rapport sur ma journée. Je lis aussi les mails reçus lorsque
j’étais sur le terrain. Mes journées sont longues mais je suis contente car j’ai
toujours rêvé de travailler dans l’humanitaire. J’ai l’opportunité de
contribuer à l’autonomisation d’autres femmes, de me rendre utile et de faire
changer les choses pour ma génération.

J’ai tant de choses à
raconter… les AVEC, c’est toute une histoire. Je repense à ces visages tristes,
désorientés que je voyais au début du projet. La plupart des femmes que je
rencontrais n’avaient pas confiance en elles et n’osaient pas prendre la parole
en public. Beaucoup élevaient leurs enfants seules et sans source de revenus.
Aujourd’hui, les membres des AVEC donnent des conseils aux autres femmes, et
même aux hommes. Elles ont appris à lire et à écrire. Elles ont leurs propres
activités, contrôlent leurs revenus et participent aux prises de décisions au
sein de leur famille et de leur communauté. Je vois aujourd’hui ces mêmes
visages joyeux, beaux. C’est extraordinaire ! 

Les AVEC, outils d’autonomisation financière.

L’épargne
est un outil efficace dans la lutte contre la pauvreté, trop souvent ignoré au
profit du crédit. La constitution de leurs propres actifs est cependant essentielle
pour les populations les plus pauvres. C’est pourquoi, CARE a développé une approche
alternative à la microfinance, fortement décentralisée, basée sur l’épargne
non-institutionnalisée.

Plus de 142 330 personnes sont membres d’AVEC créées par CARE en Côte d’Ivoire, dont 81% de
femmes.

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