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« La communauté internationale va-t-elle enfin répondre aux appels à l’aide en République Démocratique du Congo ? »

En
amont de la Conférence nationale humanitaire qui se tiendra
le 22 mars et rassemblera les acteurs humanitaires français et
internationaux à l’invitation du ministère de l’Europe et des Affaires
étrangères, Coordination SUD et ses membres tirent la sonnette d’alarme sur des
terrains de crises oubliées.

Pays exsangue, la RDC figure parmi les crises oubliées.

À
six ans, Charlie a déjà connu le pire. En République démocratique du Congo
(RDC), au cœur de la province du Kasaï, il a dû fuir les violences extrêmes
pour se réfugier dans la forêt deux mois durant. Il est maintenant gravement
malade. À quelques kilomètres de là, Jeanne, la vingtaine, raconte que des
hommes armés violent des femmes sur leur passage. Pays exsangue, théâtre de
violences continues depuis vingt ans, la RDC figure parmi les crises oubliées. Comme
Charlie ou Jeanne, la jeunesse de millions d’enfants en RDC est sacrifiée.

Au Kasaï, au Kivu mais aussi au
Tanganyika, l’année 2017 a marqué un tournant particulièrement
dramatique.
Entre 2017 et 2018, le nombre de personnes nécessitant
une aide humanitaire d’urgence a doublé en RDC, pour atteindre plus
de 13 millions selon l’ONU. En moins d’un an, 2 millions de
personnes en plus se sont retrouvées en situation de crise ou d’urgence
alimentaire, soit un chiffre record de 7,7 millions.

La RDC est le pays d’Afrique au
plus grand nombre de personnes déplacées, avec 4 millions de
Congolais et de Congolaises contraints de quitter leur foyer. De très nombreux
blessés ne bénéficient pas de soins adaptés. S’ajoutent un accès très limité à
l’eau potable, la pire épidémie de choléra que le pays ait connu depuis quinze
ans et plus de 42 000 cas de
rougeole.         

La RDC réunit tous les ingrédients d’une crise complexe qui s’éternise aux conséquences humaines dévastatrices. Classée en 2017 par les Nations unies dans la catégorie des crises les plus graves, on aurait donc pu – légitimement – s’attendre à ce que la communauté internationale réagisse vigoureusement et fasse preuve de solidarité. La RDC n’a pas réussi à attirer l’attention. L’appel de fonds lancé en 2017 par les Nations unies n’a été honoré qu’à moitié.

« Le principal obstacle à la réponse humanitaire en RDC est le manque de financement »

Pour le secrétaire général
adjoint des Nations unies aux affaires humanitaires Mark Lowcock, « le
principal obstacle à la réponse humanitaire en RDC est le manque de
financement ».
Fin janvier, les Nations unies ont lancé un plan de réponse
humanitaire avec pour objectif de mobiliser près de 1,7 milliard de dollars
afin de venir en aide à 10,5 millions de personnes en 2018, un niveau jamais
atteint pour la RDC. Ce plan humanitaire se limite aux besoins immédiats des
populations affectées en termes alimentaire, sanitaire et psycho-social.

Pourtant, il est également nécessaire de s’attaquer aux racines de ces crises
et au relèvement des populations au-delà de l’urgence, en particulier l’accès
aux services de base comme la santé. La conférence des bailleurs de fonds au
printemps doit donner lieu à des engagements concrets à court et moyen terme.
La France devra y montrer l’exemple.

Consacrant moins de 2 %
de son aide publique au développement (APD) à l’action humanitaire alors que la
moyenne de l’OCDE est de 13 %, elle figure parmi les plus mauvais
élèves. De 2011 à 2016, la France n’était que le huitième bailleur
humanitaire de l’Union européenne, loin derrière l’Allemagne qui investit près
de dix fois plus et le Royaume-Uni, sept fois plus.
Alors que le président de
la République s’est engagé à dédier 0,55 % du revenu national brut à l’APD
d’ici à 2022, il est vital qu’un effort spécifique soit fait pour que la part
de l’aide humanitaire représente au moins 10 % de l’APD française.
La
Conférence nationale humanitaire du 22 mars prochain est une occasion
à ne pas rater pour la France de démontrer sa volonté politique en la matière.
Comme Charlie et Jeanne, les 13 millions de Congolais nécessitant une
aide d’urgence ne doivent pas rester dans l’oubli.

Les signataires

Action
contre la faim, Alima, Care France, Handicap international, Medair France,
Médecins du monde, Première Urgence internationale, Secours islamique France,
Solidarités international.

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