Un silence autour des règles qui freine la scolarité des filles
Dans la cour du collège de Vohidahy Centre, rien ne laisse deviner ce qui, pendant des années, a pesé sur la scolarité de nombreuses jeunes filles. Et pourtant, chaque mois, certaines élèves disparaissaient des salles de classe. D’autres restaient, mais en retrait, moins concentrées, moins confiantes. Progressivement, leurs résultats scolaires en pâtissaient.
La raison ? Les règles.
À Madagascar, comme dans de nombreux contextes, les menstruations restent un sujet tabou, souvent entouré de silence et de gêne.
Les conséquences pour les filles sont concrètes et multiples :
- Harcèlement, notamment liés à la méconnaissance des garçons qui se moquaient.
- Dangers pour leur santé et risques d’infections : les protections menstruelles sont cachées dans des endroits insalubres pour éviter d’être vues.
- Absentéisme scolaire, notamment lors des activités sportives, et désengagement en classe.
Ce tabou a un impact direct sur l’éducation : aujourd’hui, dans la région d’Amoron’i Mania à Madagascar, une fille sur deux ne passe pas au niveau supérieur(1).
Écoles et associations unies contre ces discriminations
Pour Nirina Rasoanandrasana, professeure de français au collège de Vohidahy Centre, cette situation ne pouvait plus durer. Lorsque le projet KILONGA, porté par CARE et ses partenaires, arrive dans l’établissement, elle s’engage immédiatement, aux côtés du corps enseignant et des équipes associatives.
Peu à peu, les lignes bougent. Les premières discussions sont timides. Les mots hésitent. Mais progressivement, le silence se fissure. Les tabous commencent à tomber, grâce à une approche globale combinant :
- sensibilisation des élèves et des enseignants
- formation de jeunes filles leaders
- distribution de protections menstruelles réutilisables
Une méthode qui a fait ses preuves depuis 2021. Après une première phase réussie dans 105 écoles, le projet, pensé par CARE grâce à 80 ans d’expertise dans la lutte contre la pauvreté et les inégalités, a été étendu à autant d’autres établissements dans le pays.
La parole circule. Entre filles, d’abord. Puis avec les enseignants. Et, fait plus inattendu, avec les garçons.
Faire tomber les idées reçues sur les menstruations, ensemble
Dans les salles de classe, les croyances évoluent :
- non, le sport n’est pas interdit pendant les règles
- non, ce n’est pas une maladie
- oui, c’est un phénomène naturel
Les discussions dépassent même le cadre scolaire. Dans les familles, pères et frères commencent à s’informer, à comprendre. « En tant qu’homme, accompagner ce changement est à la fois une responsabilité et une fierté », témoigne Césaire.
Et les impacts sont là : « La menstruation est devenue une discussion ouverte. Ce n’est plus un motif d’absence des filles à l’école », témoigne Madame Rasoanandrasana.
Des gestes simples, des impacts durables pour les filles
Le changement se voit au quotidien.
- Là où régnaient les moqueries, le respect s’installe.
- Là où les protections étaient cachées, elles sont désormais séchées au soleil, sans honte. Un geste simple, mais essentiel pour la santé.
- Peu à peu, l’école change d’atmosphère. La parole se libère. Les menstruations ne sont plus un sujet tabou. La confiance des filles revient, s’affirme.
Derrière ces évolutions, un enjeu majeur : l’éducation des filles. Aujourd’hui, au collège de Vohidahy Centre et dans une centaine d’autres établissements scolaires :
- les filles restent en classe
- elles participent davantage
- elles s’expriment plus librement
Et cela change tout. Sur la phase 1 du projet, une étude menée par un centre de recherche indépendant à démontrer que les résultats scolaires des filles avaient nettement augmenté ! La probabilité pour les filles de réussir leurs examens de fin d’année est passée d’1 chance sur 2 à 60% avec l’implémentation du projet.
Briser le tabou des règles, un enjeu global
Ce qui se joue ici dépasse largement les murs de quelques établissements scolaires. À Madagascar, comme dans de nombreux pays, le tabou des menstruations reste un frein à l’éducation des filles.
Aujourd’hui, ce projet à Madagascar bénéficie à près de 28 000 personnes, élèves, corps enseignant et parents. Une révolution silencieuse, portée par le corps enseignant, des associations de terrain, et surtout par les jeunes eux-mêmes. Et tout a commencé par une chose simple : oser en parler.
Soutenez l’éducation des filles avec CARE
Depuis 80 ans, CARE agit contre les injustices. Pour cela, nous menons des projets de soutien à l’éducation des filles et de lutte contre les discriminations sexistes, notamment liées au tabou des règles, dans plus de 100 pays. Pour un impact global. Engagez-vous avec nous !