Dix associations dont CARE France et deux
syndicats interpellent le gouvernement français sur la question du harcèlement et des
violences au travail.
Six mois après le mouvement
#Metoo et la libération de la parole sur le harcèlement et les
violences subies par les femmes, ce 1er mai doit résonner différemment. Journée
internationale du travail dans de nombreux pays, cette journée historique de
revendications doit, cette année tout particulièrement, faire entendre la voix
des femmes.
Les violences et le harcèlement au travail font malheureusement partie du
quotidien de nombreuses personnes, dont une majorité de femmes. Au-delà des
frontières, quel que soit le secteur d’activité, il est temps de prendre la
mesure de l’ampleur du phénomène. En Europe, 40 à 50 % des femmes ont subi une
forme de harcèlement sexuel sur leur lieu de travail. En Inde, 70% des
travailleuses victimes de harcèlement sexuel n’osent pas le dénoncer. A l’heure
actuelle plus d’un pays sur trois n’a pas de loi pour interdire le harcèlement
sexuel au travail, ce qui représente des millions de personnes qui n’ont aucun
moyen de recours face au harcèlement au travail. Quant aux pays ayant déjà une
législation en place, l’indifférence et l’impunité sont trop souvent dans la
norme. Pour l’instant, il n’existe aucune législation internationale pour
prévenir, condamner et lutter contre ces abus et le tabou qui les entoure. Ce
vide juridique constitue un enjeu de droits humains et doit être comblé au plus
vite.
Le risque de subir ces violences est plus élevé parmi certaines catégories
de travailleurs et de travailleuses précaires comme les travailleuses
domestiques, ou les ouvrières des usines textiles. En Amérique latine, de
nombreuses travailleuses domestiques sont abusées sexuellement dans le secret
du domicile de leur employeur.se. Ces cas sont loin d’être des exceptions, ils
ne doivent pas rester impunis. Il est primordial que les gouvernements se
mobilisent pour lutter efficacement contre ces violences. La France et les 161
autres pays ne l’ayant pas encore fait, doivent ratifier au plus vite la
convention 189 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) pour protéger
les travailleurs et les travailleuses domestiques.
Mais ce n’est qu’une première étape. Nous avons une vraie opportunité de
pouvoir changer les choses : le 28 mai prochain, au siège de l’OIT à Genève,
gouvernements, entreprises et syndicats se réuniront pour décider de la
nécessité d’adopter ou pas une convention internationale contre les violences
et le harcèlement au travail. Cette convention permettrait de garantir une
protection accrue des travailleurs et travailleuses du monde entier, quels que
soient leurs conditions de travail ou leur secteur d’activité et d’apporter une
réponse uniforme à ces abus et de les condamner. Nous appelons la France à
soutenir pleinement l’adoption de cette nouvelle convention et à user de son
pouvoir diplomatique auprès d’autres États afin qu’ils se mobilisent également.
Le gouvernement a déclaré l’égalité femmes-hommes comme la grande cause
nationale du quinquennat. Le Ministère de l’Europe et des Affaires Étrangères
entend mener une diplomatie féministe. Il est temps de concrétiser ces
engagements en actes, nous attendons donc un soutien actif de la France en
faveur de la lutte contre les violences et le harcèlement au travail sur son
territoire et au-delà. Les prochaines grandes échéances internationales,
notamment les G7 sous présidence canadienne en 2018 et française en 2019,
constituent de réelles opportunités pour la communauté internationale de
répondre aux mobilisations citoyennes dénonçant violences et harcèlement et de
leur fournir une réponse appropriée.
En cette journée internationale du travail, nous comptons sur une
mobilisation globale de l’ensemble du monde du travail, syndicats et
entreprises, et sur les gouvernements pour agir vite en montrant un large
soutien à cette future convention, pour que pour toutes et tous, au boulot ce
soit violence zéro !
Les signataires
Birthe Pedersen – Présidente
d’ActionAid France – Peuples Solidaires, Yveline Nicolas – Coordinatrice
d’Adéquations, Philippe Lévêque – Directeur général de CARE France, Patricia
Blancard – Secrétaire nationale de la CFDT Cadres, Sophie BINET – Dirigeante de
la CGT en charge de l’égalité F/H, Aurélie Gal-Régniez – Directrice exécutive
d’Équilibres & Populations, Sabine Salmon – Présidente nationale de Femmes
solidaires, Jocelyne Gendrin-Guinebault – Co-Présidente de Genre en Action,
Gilles Finchelstein – Directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, Marie
Allibert – Coordinatrice générale de JUMP pour l’égalité, Raphaëlle Rémy-Leleu
– Porte-parole d’Osez le Féminisme !, Véronique Séhier – Co-Présidente du
Planning Familial