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Sahel. Protection des civils et lutte contre l’impunité doivent être la priorité des gouvernements

Face à la rapide dégradation de la situation dans la région
du Sahel, 26 organisations de la société civile sahélienne et internationale membres
de la Coalition citoyenne pour le Sahel, dont CARE, rappellent aux
gouvernements des pays de la sous-région la nécessité d’honorer leurs
engagements en matière de protection des civils et de lutte contre l’impunité.

Déclaration de la Coalition citoyenne pour le Sahel – 24 juin 2021

La Coalition citoyenne pour le Sahel, représentée par les 26 organisations de la société civile
sahélienne et internationale soussignées, est profondément préoccupée par la rapide dégradation de
la situation dans la région du Sahel, marquée par une recrudescence des actes de violence contre les
civils et par deux changements de pouvoir non constitutionnels en l’espace de quelques semaines au
Tchad et au Mali.

Nous condamnons avec la plus grande fermeté la multiplication des attaques de groupes armés, dont
ceux dits de « djihadistes », contre les populations civiles dans la région des trois frontières entre le
Mali, le Burkina Faso et le Niger, qui ont fait plus de 500 morts depuis le début de l’année 2021. Nous
nous inclinons devant la mémoire des 140 victimes des massacres de Solhan et de Tadaryat survenus
les 4 et 5 juin 2021 au Burkina Faso. Nous rendons également hommage, notamment, aux plus des
300 civils, dont de nombreux enfants, femmes et personnes âgées, tués dans des attaques
indiscriminées de grande ampleur contre leurs villages en janvier et en mars dans les régions de
Tillabéri et de Tahoua, au Niger.

Ces tragiques événements démontrent une nouvelle fois que les gouvernements du Burkina Faso, du
Mali et du Niger, notamment, éprouvent de réelles difficultés à assumer leur responsabilité de
protéger leurs populations. L’annonce d’un « sursaut civil et politique » par les chefs d’État du G5
Sahel et leurs partenaires internationaux lors d’un sommet à N’Djamena en février 2021 avait
pourtant suscité une lueur d’espoir. Nous avions salué des engagements nouveaux des dirigeants de
la région en matière de protection des civils, de respect des droits humains, de lutte contre l’impunité
et de respect de l’État de droit. Depuis, nous avons malheureusement observé d’inquiétants reculs.

Deux des cinq pays du G5 Sahel ont connu, à quelques semaines d’écart, des coups d’État
institutionnels, le Tchad en avril et le Mali en mai (le deuxième en neuf mois). L’indulgence dont ont
fait preuve à cet égard l’Union africaine (au sujet du Tchad) et la CEDEAO (à propos de Mali), au mépris
non seulement de leurs pratiques habituelles, mais surtout du respect des dispositions et des
sanctions prévues par leurs textes et mécanismes, nous préoccupe profondément. Nous appelons les
institutions africaines à faire preuve d’un leadership fondé sur le strict respect de l’État de droit et des
principes de gouvernance démocratique.

Dans ce contexte, la décision du président français Emmanuel Macron de mettre fin à l’Opération
Barkhane au Sahel, bien que son contenu reste à préciser, pourrait représenter une étape importante
vers le changement d’approche que réclame la Coalition citoyenne pour le Sahel. C’est en effet pour
nous la reconnaissance du constat établi dans notre rapport « Sahel : Ce qui doit changer » : la réponse
principalement militaire, notamment l’approche contre-terroriste, ne permet pas de répondre de
manière efficace à la crise multidimensionnelle que traverse le Sahel.

Nous demandons aux gouvernements des pays sahéliens de saisir cette occasion pour placer la
protection des civils au cœur d’une approche renouvelée, en suivant les recommandations
spécifiques
, basées sur les indicateurs mesurables que nous avons présentés en avril 2021. Cela passe
notamment par une tolérance zéro à l’égard des violations graves des droits humains commises dans
la région, quels qu’en soient les auteurs.

A ce sujet, nous sommes profondément préoccupés par une disposition spécifique du statut des
« Forces spéciales » nouvellement créées au Burkina Faso, qui prévoit qu’elles « ne peuvent être
poursuivies pour des actes commis dans l’exercice de leurs fonctions ». Cette mesure contredit les propres engagements des chefs d’État de la région en matière de lutte contre l’impunité au sein de
leurs forces armées. Aucune des forces de défense et de sécurité présentes au Sahel ne doit faire
l’objet d’un statut spécifique qui les exonèrerait de leurs responsabilités en cas d’exaction. Pour nos
organisations, la lutte contre l’impunité est un élément crucial pour stabiliser la région et restaurer la
confiance des populations en l’État.

Enfin, l’annonce d’un reformatage de la présence française au Sahel présente une double opportunité
pour les partenaires internationaux, d’une part celle de revisiter l’esprit qui sous-tend les relations de
partenariat pour privilégier les attentes et priorités exprimées par les populations sahéliennes et,
d’autre part, celle de procéder à une courageuse révision en profondeur de leurs interventions en
réponse à la crise. Si cela devait simplement se traduire par le renforcement de la Task force
européenne Takuba (à laquelle très peu d’États européens ont encore contribué) ou par l’extension
du mandat de la mission de formation de l’Union européenne EUTM (dont les résultats sont limités à
ce jour), avec pour seule priorité la conduite d’opérations contre-terroristes, ce serait une occasion
manquée, aux dépens des communautés sahéliennes qui continuent à faire face à une insécurité
croissante.

Les acteurs internationaux, dont la France, l’Union européenne et les États-Unis, doivent soutenir et
accompagner les efforts en faveur d’une meilleure protection des civils et d’une lutte effective contre
l’impunité afin de rendre justice aux innombrables victimes de ces violences. Ils doivent également
user de leur influence auprès des gouvernements du Sahel pour garantir le
respect de l’État de droit et des principes de gouvernance transparente et démocratique.

Organisations signataires

Organisations ouest-africaines

  • African Security Sector Network (ASSN)
  • AfrikaJom Center
  • Association des Femmes Africaines pour la Recherche et le
    Développement (AFARD) – Mali
  • Association des Juristes Maliennes – Mali
  • Association Malienne des Droits de l’Homme
  • Association Nigérienne pour la Défense des Droits de l’Homme
    (ANDDH)
  • Association pour la Protection Féminine de Gaoua (APFG)
  • Collectif contre l’impunité et la stigmatisation des communautés
    (CISC) – Burkina Faso
  • Institut Malien de Recherche Action pour la Paix (IMPRAP) – Mali
  • Mouvement Burkinabè des Droits de l’Homme et des Peuples
    (MBDHP) – Burkina Faso
  • Observatoire Kisal
  • Organisation pour de Nouvelles Initiatives en Développement et
    Santé (ONIDS) – Burkina Faso
  • Réseau de Réflexion Stratégique sur la Sécurité au Sahel (2r3s)
  • Réseau Nigérien pour la gestion non violente des conflits (Réseau
    GENOVICO) – Niger
  • Réseau Panafricain pour la Paix, la Démocratie, et le
    Développement (REPPAD) – Niger
  • WATHI
  • West Africa Network for Peacebuilding (WANEP) – Burkina Faso

Organisations internationales

  • CARE International
  • CCFD-Terre Solidaire (Comité Catholique
    contre la Faim et pour le Développement)
  • Fédération internationale pour les droits
    humains (FIDH)
  • Global Centre for the Responsibility to
    Protect (GCR2P) 
  • Médecins du Monde
  • Oxfam International
  • Plan International
  • Saferworld
  • Search for Common Ground

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