En amont des 5 ans du début de la crise syrienne (15 mars), les équipes de l’ONG CARE ont recueilli les témoignages de réfugiés syriens sur les horreurs qu’ils ont vécus en Syrie, les difficultés de l’exil et pour certains les dangers de la route vers l’Europe. Découvrez également comment CARE les aide.
« Mon fils a été tué. Je dois élever ses quatre enfants. »
Rafirka, 60 ans, originaire de Homs en Syrie, vit dans la ville d’Azraq, à l’est de la Jordanie.
« Mon fils est mort dans les
violences en Syrie. Maintenant, j’élève ses quatre enfants avec
mon mari. Mais je suis vieille et mon mari est encore plus âgé,
nous nous inquiétons de savoir qui s’occupera d’eux dans le
futur.
A l’heure actuelle, notre plus grand
problème est de trouver assez d’argent pour prendre soin d’eux.
Je ne sais pas comment leur offrir une éducation.
Je vais au centre pour les réfugiés
géré par CARE pour apprendre de nouvelles choses, comme la
fabrication de savon. J’ai aussi appris à lire l’arabe.
Maintenant, je peux lire les noms des rues et les arrêts de bus.
Avec tout ce qu’il s’est passé, j’ai le sentiment que nous ne
sommes plus syriens. Trop de mauvaises choses se sont passées, je
préférerais être jordanienne. »

« En Syrie, les gens se battaient pour avoir de quoi manger. »
Faiza, 37 ans, réfugiée syrienne, vit avec sa mère, son mari et ses trois enfants à Amman, Jordanie.
« Avant d’arriver ici, nous
nous sommes déplacés plusieurs fois à l’intérieur de la Syrie.
On dormait dans des écoles et mosquées, on changeait souvent
d’endroit. Mais tout est devenu trop difficile. Les gens ont
commencé à se battre pour de la nourriture ou un endroit où
dormir.
On a fui vers la Jordanie. Quand nous
sommes arrivés ici, je pleurais et je ne savais pas comment faire
vivre ma famille. Mon mari travaillait en Syrie mais il a été
blessé durant le conflit. Il est comme un enfant maintenant. On doit
le nourrir. Il fait des gestes quand il a besoin de quelque chose et
il aime regarder des programmes pour enfants à la télévision.
Maintenant je suis seule responsable de tout.
Parce que je suis une femme éduquée,
je me suis dit que je pouvais surmonter les difficultés et garder ma
famille en vie. Mais parfois, je suis tellement désespérée que je
pense à renvoyer mes enfants chez nous, en Syrie. Je travaille comme
femme de ménage chez mes voisins. Tout ce à quoi je pense, jour et
nuit, c’est comment payer le loyer, acheter de la nourriture et
garder mes enfants en vie. »
Faiza a reçu une aide financière
d’urgence de 170 euros par mois de l’ONG CARE. Les équipes de
CARE l’ont également accompagnée vers d’autres organisations.

« En Syrie, il était très dangereux de sortir à cause des bombardements. »
Nahed, 25 ans, originaire de Daraa en Syrie
« Je vis dans le camp de réfugiés
d’Azraq et j’y travaille comme volontaire rémunérée par l’ONG
CARE.
En Syrie, je ne travaillais pas mais
j’avais décidé de finir mes études. Avant que nous partions, je
venais de finir le lycée. J’étudiais à la maison parce qu’il
était trop dangereux de sortir à cause des bombardements. Des
femmes se faisaient aussi arrêtées. Je n’allais à l’école que
pour passer les examens.
Ici, en Jordanie, je continue à
étudier par moi-même. Mais il y a beaucoup de choses à faire,
comme aller chercher de l’eau ou m’occuper de mes cinq enfants.
Le soir, il n’y a pas de lumière pour lire. Mais même si ça me
prend 100 ans, je veux terminer mes études. Je rêve d’aller à
l’université. Je veux être capable d’aider les autres. »
« J'ai commencé à oublier ma vie en Syrie. Ca me rend triste. »
Amjad, réfugié de 10 ans (à gauche) et son meilleur ami – Omar, 8 ans, jordanien.
« Je suis allé à une des sessions de soutien au centre
pour les réfugiés géré par CARE et c’était très intéressant. J’ai parlé de mon
expérience, de comment j’ai quitté la Syrie et de ce que j’aimais dans mon
ancienne maison. Ça m’a fait me sentir mieux. Cela m’a aidé à me souvenir de ma
maison.
Après 3 ans et demi en Jordanie je commence à oublier la Syrie. J’ai
oublié le nom de mon école et le nom de la rue où je vivais. Lors de la
session, j’ai mis 15 minutes à m’en rappeler, mais je suis très heureux de
m’être souvenu des détails. Je me suis fait plein d’amis ici. Omar est devenu
mon meilleur ami. »

« Mon fils est mort devant moi, dans l'ambulance qui nous menait en Jordanie. »
Ena’am, 55 ans, est une réfugiée palestinienne qui vivait dans le camp de Yarmouk en Syrie avant d’être forcée à fuir vers la Jordanie.
« Mon fils a été tué en Syrie. On lui a tiré dessus.
Des gens étaient en train de manifester, il était juste là à regarder et
quelqu’un l’a tué. J’étais avec lui dans l’ambulance qui nous a menés en
Jordanie mais il est mort sur le trajet. Il était mon fils unique et maintenant
il est parti.
Je suis séparée de mon mari donc je suis toute seule ici en
Jordanie. C’est très dur. Parce que je suis palestinienne et non syrienne, j’ai
beaucoup de difficultés à obtenir une aide. Le centre pour les réfugiés géré
par CARE est l’un des seuls lieux où je peux venir et participer à des
activités. J’ai l’impression d’être avec ma famille. Quand je viens ici je me
sens chez moi et moins seule. »

Le commentaire de Violaine Gagnet, responsable des urgences de CARE France
« Cela fait 5 ans que la Syrie est déchirée par les violences. Il est important de rappeler la situation catastrophique que vivent les populations syriennes. Les parties au conflit continuent de violer les résolutions du Conseil de sécurité de l’ONU et le droit international humanitaire en attaquant de manière délibérée des personnes et infrastructures civiles. L’intensité des violences est telle que, depuis 2011, en moyenne 50 familles par heure ont été contraintes de fuir leur maison.
6,6 millions de personnes ont été déplacées en Syrie par les violences. Près de 4,3 millions ont fui vers les pays voisins. Les réfugiés y sont confrontés à de nombreux défis : il est de plus en plus difficile d’obtenir un statut légal et de trouver un emploi. Un nombre croissant de réfugiés sombrent dans des situations d’endettement, forçant adultes et enfants à accepter des conditions de travail abusives. Au péril de leur vie, des familles retournent en Syrie ou tentent de rejoindre l’Europe. »