Pour cinq ONG – dont CARE – l’ensemble de la communauté internationale porte la responsabilité de la situation au Yémen. Les ONG dénoncent la duplicité des Etats qui combinent ventes d’armes et atonie politique au détriment des civils pris au piège.

19 millions de personnes ont besoin d’aide humanitaire au Yémen.
Imaginez les 19
millions d’habitants de l’Etat de New-York ou l’ensemble de la population des Pays-Bas,
sous des bombardements incessants, privés d’une aide indispensable à leur
survie, dans l’impossibilité de fuir, délaissés par la communauté
internationale. Depuis 2 ans, ce n’est pas une fiction mais bien le quotidien des
19
millions de personnes qui ont besoin d’aide humanitaire au
Yémen. Demain
s’ouvrira à Genève une conférence des donateurs présidée par le Secrétaire
Général des Nations unies, Antonio Guterres.
A
cette occasion, nos cinq organisations expriment leur révolte face à ces vies en
sursis, ces millions de femmes, d’hommes et d’enfants, otages de l’inertie
diplomatique et de la barbarie des belligérants qui bafouent chaque jour le droit international humanitaire.
Notre accès aux populations vulnérables et l’acheminement d’aide vitale sont limités par les parties au conflit.
Au quotidien, nos organisations
tentent d’apporter une aide vitale au plus près des populations vulnérables, mais
nous sommes trop souvent dans l’incapacité de mettre en œuvre notre mandat
humanitaire. Notre accès aux populations vulnérables et
l’acheminement d’aide vitale sont limités par les parties au conflit.
A l’insécurité subie par nos personnels, et aux freins
administratifs qui empêchent l’accès aux populations s’ajoute, de facto, un quasi
blocus des biens humanitaires, qu’il s’agisse du matériel médical ou de la
nourriture, conséquence perverse de la résolution 2216 du Conseil de sécurité
des Nations unies visant pourtant à protéger les civils.
462 000 enfants de moins de cinq ans en danger de mort immédiate due à la malnutrition
Dans un pays qui importait 90% de ses aliments, les produits de première nécessité n’arrivent plus en quantité suffisante. La famine n’est pas déclarée officiellement car nous ne pouvons pas accéder à certaines zones pour recenser avec précision les besoins. Les estimations font état de 462 000 enfants de moins de cinq ans en danger de mort immédiate due à la malnutrition. Ce chiffre est probablement sous-estimé.
La fermeture potentielle du port d’Hodeida ajoute encore aux risques d’aggravation de la situation humanitaire. Ce port est le point d’entrée desservant tout le nord du pays en produits de première nécessité : il doit rester ouvert.
Le personnel de santé n’est plus payé depuis de nombreux mois et plus de la moitié des installations sanitaires du pays ne sont plus en état de fonctionner. C’est l’ensemble du système de santé qui menace de s’effondrer sous nos yeux.
Un usage intensif et répété d’armes explosives en zones peuplées, au mépris des principes fondamentaux de protection des civils.
Enfin, nous constatons un usage
intensif et répété d’armes explosives en zones peuplées, au mépris des
principes fondamentaux de protection des civils. En plus des morts et des blessés,
nos équipes sont confrontées à une population traumatisée, en détresse physique
et psychique, où l’anxiété et les syndromes de stress post-traumatiques sont
légions.
Ne nous y trompons pas, c’est
bien l’ensemble de la communauté internationale qui porte une
lourde responsabilité dans cette situation. La duplicité des Etats qui combinent
des ventes d’armes aux belligérants et une atonie politique s’effectuent au
détriment des civils pris au piège. Demain, la communauté internationale doit
donner un signal fort en se mobilisant financièrement pour répondre aux
besoins. Mais sans une levée du blocus de fait, en particulier sur le port
principal du pays, à Hodeida, sans un arrêt immédiat des bombardements en
zones peuplées et une priorité réaffirmée quant à l’accès aux populations, l’engagement
financier de la communauté internationale restera sans effet. Ce qui se joue
demain n’est pas qu’une réponse financière, c’est surtout la façon dont nos
décideurs vont remettre au cœur de leur action la protection des civils et le
respect du droit international humanitaire. A moins qu’ils ne préfèrent
enterrer les fondements de l’action humanitaire aux côtés d’une partie de
la population qu’ils n’auront pas permis de sauver.
Signataires
- Médecins du Monde : Docteur Jean-François Corty, Directeur
des Opérations Internationales - Action Contre la Faim : Isabelle Moussard-Carlsen, Directrice des Opérations
- Première Urgence Internationale : Hélène Quéau, Directrice des Opérations
- Handicap International : Jean-Pierre Delomier,
Directeur de l’Action Humanitaire - CARE : Wael
Ibrahim, Directeur du bureau Yemen
Cette tribune a été publiée sur le site du Monde